Les dirigeants européens ont rappelé, mardi 17 octobre, le droit d'Israël à se défendre, mais dans le respect du droit international et du droit humanitaire international.
« Il s’agit de se tenir debout pour défendre la paix, le droit international et le droit international humanitaire partout, en tout temps », a souligné le président du Conseil européen, Charles Michel, à l’issue de la réunion virtuelle à laquelle tous les chefs d’État ou de gouvernement, mis à part le hongrois Viktor Orbán, ont participé. « Nous devons être très fermes, les civils doivent être protégés », a-t-il ajouté.
Sur X (anciennement Twitter), le Premier ministre néerlandais, Mark Rutte, a expliqué que l’UE soutenait « le droit d'Israël à se défendre contre la terreur du Hamas, exercé de manière proportionnée et dans le respect du droit humanitaire de la guerre ». « La nécessité de protéger les civils innocents est évidente », a-t-il insisté.
Protéger « les plus vulnérables et les plus fragiles »
Rappelant la déclaration adoptée par les Vingt-sept dimanche (EUROPE 13272/1), M. Michel a mis l’accent sur le soutien aux populations « les plus vulnérables et les plus fragiles » et l’importance de l’action humanitaire, soulignant la volonté de coopérer avec les Nations Unies. Il a appelé à un accès humanitaire pour les personnes dans le besoin.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a rappelé que son institution avait triplé son aide humanitaire à Gaza et mis en place un pont aérien pour pouvoir rapidement fournir de l’aide à la population. « Nous sommes en contact avec les autorités égyptiennes pour permettre l’entrée de cette aide dans Gaza » depuis l’Égypte, où du personnel de la Commission européenne est sur place pour préparer cela, a-t-elle expliqué.
« Nous expliquons aussi aux autorités israéliennes que la fourniture d’eau à Gaza est essentielle, c’est un droit de l’homme de base », a prévenu Mme von der Leyen.
Le président du Conseil européen a tenu à exprimer son « émotion » concernant le bombardement d’un hôpital à Gaza, qui aurait fait plus de 500 morts, estimant que cela montrait « la situation dramatique sur le terrain pour la population ». « Une attaque contre une infrastructure civile n’est pas en conformité avec la loi internationale », a rappelé M. Michel, qui a aussi dénoncé le blocus imposé par Israël. « Quand on coupe les infrastructures de base, que l’on n'autorise pas la fourniture de nourriture, ce n’est pas en ligne avec le droit international », a-t-il prévenu.
Pas de contradiction entre la solidarité à Israël et l'aide aux Gazaouis
Critiquée pour ses positions et son voyage sans consultation en Israël, la présidente de la Commission européenne a semblé faire son mea culpa. « Il n’y a pas de contradiction entre la solidarité avec Israël et agir pour les besoins de base des Palestiniens », a-t-elle expliqué, réitérant qu'Israël avait le droit de se défendre, « conformément au droit international et au droit humanitaire international ».
De même, alors que la Commission a été pointée du doigt sur sa communication concernant les fonds à destination des Palestiniens, Mme von der Leyen a précisé qu’elle n’était pas au courant des fonds allant à des organisations terroristes « et cela doit rester ainsi ». Elle a précisé que c’était pour cette raison que la Commission réexaminait les fonds à destination des Palestiniens, en coordination avec les États membres, qui réalisent le réexamen de la distribution de leurs fonds. Selon elle, environ 10% du financement de l’Autorité palestinienne provient de l’UE.
Le Premier ministre tchèque, Petr Fiala, a été plus loin en demandant un « contrôle strict » de l’aide humanitaire, « car nous voulons être sûrs qu’elle ne sera pas détournée par les terroristes du Hamas ».
Les dirigeants européens sont également revenus sur la situation des otages à Gaza. Selon les autorités israéliennes, 199 personnes seraient retenues par le Hamas, dont certaines avec une nationalité européenne.
M. Michel a précisé que les dirigeants avaient souligné l’importance de soutenir « certains dans la région », qui essaient de faire la médiation en vue de leur libération. Le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, a annoncé mardi que son pays avait reçu des demandes de plusieurs pays pour la libération de leurs citoyens et que la Turquie avait donc « commencé à discuter, notamment avec l’aile politique du Hamas ».
M. Michel a une nouvelle fois appelé à la libération sans condition de tous les otages. Il a également expliqué que l’UE travaillait avec l’Égypte sur l’évacuation des étrangers de Gaza.
S'engager activement avec des partenaires régionaux
Par ailleurs, les dirigeants ont « beaucoup discuté », selon le président du Conseil européen, de la nécessité d’un engagement actif avec Israël et l’ensemble des partenaires de la région, et même au-delà, pour éviter une escalade des tensions dans la région, « qui représenterait un danger majeur ». Il s’agit notamment de mesurer la situation pour le Liban, la Jordanie et l’Égypte, pays voisins d’Israël et de Gaza.
Dans ce contexte, les dirigeants européens ont évoqué la question de la migration engendrée par une éventuelle évacuation des civils de la bande de Gaza. Or, l’Égypte a fait savoir de façon « très nette et très forte » qu'elle s’opposait à une ouverture du poste-frontière de Rafah, a rappelé M. Michel. Si le pays estime qu’un exode compromettrait la réalisation d’une solution à deux États, il « accueille déjà un nombre important de réfugiés », a souligné Mme von der Leyen, appelant à soutenir les autorités égyptiennes.
« Il est important de s'engager dans un vaste partenariat avec l'Égypte [...], notamment en matière de migration ainsi qu’en matière de coopération pour faciliter l'accès de l'aide humanitaire à Gaza », a complété M. Michel.
La Jordanie a également annoncé qu'elle n'accueillerait pas de Palestiniens de Gaza.
Les chefs d'État ou de gouvernement ont également rappelé leur engagement envers un processus de paix durable, avec une solution à deux États.
Assurer la sécurité intérieure
Par ailleurs, les dirigeants ont abordé les répercussions de la crise au sein de l’UE. En effet, ils ont entamé leur réunion avec une minute de silence pour « l’ensemble des victimes » en Israël et Palestine, mais également en France et en Belgique, suite aux attaques terroristes des derniers jours.
« Il s'agit d'un conflit qui a une grande résonance dans le monde entier et qui génère une forte polarisation [...] dans nos sociétés », a concédé M. Michel. « La terreur refait surface et les États membres sont très vigilants sur ce sujet », a ajouté Mme von der Leyen.
Il seraient ainsi convenus de la nécessité de « coopérer au niveau de l'UE pour tenter de désamorcer les tensions, prévenir les risques pour la sécurité et renforcer la coopération entre les services de sécurité », a précisé le président du Conseil européen. En parallèle, les dirigeants auraient appelé à lutter contre « toutes les formes de haine », de l’antisémitisme à l’islamophobie.
Ne pas oublier l'Ukraine
Si les yeux de la communauté internationale semblent tournés vers le Proche-Orient, Mme von der Leyen et M. Michel ont tenu à rappeler le soutien de l’UE à l’Ukraine.
« Certains pensent qu'ils peuvent nous détourner du soutien à l'Ukraine et que nous devons choisir qui soutenir. Nous leur prouverons qu'ils ont tort », a promis la première alors que le deuxième a rappelé qu’« il est de notre devoir, de notre responsabilité de rester extrêmement déterminés pour soutenir l’Ukraine aussi longtemps que nécessaire ». L'aide à l’Ukraine, notamment le soutien financier à lui apporter, fera l'objet des discussions des dirigeants européens lors de leur Conseil des 26 et 27 octobre. (Camille-Cerise Gessant et Hélène Seynaeve, avec Isalia Stieffatre)