L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) n'a identifié aucun sujet de préoccupation critique lors de son examen collégial de l'évaluation des risques de la substance active glyphosate, s'agissant des risques qu'elle présente pour la santé humaine et animale ou pour l'environnement, a annoncé l'EFSA jeudi 6 juillet par voie de communiqué, provoquant un tollé chez les ONG.
L'examen de l'EFSA portait sur l'évaluation réalisée par les 4 États membres rapporteurs (la France, la Hongrie, les Pays-Bas et la Suède) pour la procédure de renouvellement d'autorisation du glyphosate dans l'UE.
Un sujet de préoccupation est critique lorsqu'il affecte toutes les utilisations proposées de la substance active en cours d'évaluation (par exemple, les utilisations avant les semis, les utilisations après la récolte) précise l'EFSA.
Pour parvenir à cette principale conclusion, qui était attendue il y a un an, l'EFSA s'est appuyée sur les classes de danger de l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) qui, en mai 2022, n'avait rien changé à la classification de la substance active glyphosate, considérant qu'elle n'est toujours pas un cancérogène probable (EUROPE 12962/12).
L'EFSA reconnaît toutefois un certain manque de données concernant, entre autres, « l'évaluation de l'une des impuretés du glyphosate, l'évaluation du risque alimentaire pour les consommateurs et l'évaluation des risques pour les plantes aquatiques » ainsi que les risques pour la biodiversité.
Selon l'EFSA, ces éléments sont à prendre en compte par la Commission et les États membres - les gestionnaires des risques-, auxquels elle a transmis ses conclusions, non encore publiques. Elles étaient initialement attendues en 2022 et le retard pris a conduit à renouveler l'autorisation pendant un an (EUROPE 13077/6).
Un scandale, selon les ONG. Pour une large coalition d'ONG, dont Corporate observatory Europe et PAN Europe, à l'origine de l'Initiative citoyenne européenne 'Stop Glyphosate', les conclusions de l'EFSA sont « choquantes », « une gifle» à la nature et aux citoyens, « un camouflet pour de nombreux scientifiques indépendants », compte tenu des nouvelles données disponibles depuis le renouvellement controversé de 2017 et les législations du 'Pacte vert européen' actuellement à l'examen au titre de la stratégie 'de la ferme à la table' et de la stratégie de l'UE pour la biodiversité à l'horizon 2030.
Elles appellent la Commission à proposer une interdiction du glyphosate et les États membres à la soutenir.
« Le scandale du glyphosate continue. L'avis de l'EFSA dépasse toute logique. De nombreuses nouvelles études indépendantes montrent les impacts négatifs du glyphosate sur la santé et l'environnement. L'EFSA agit comme si rien ne s'était passé au cours de la dernière décennie : pas de CIRC, pas de Monsanto Papers, pas de victoires juridiques aux États-Unis par les victimes du glyphosate, pas de nombreuses autres découvertes scientifiques depuis lors », résume Angeliki Lysimachou, chercheuse chez PAN Europe.
Et de rappeler que le Parlement européen avait créé la commission spéciale PEST pour faire toute la lumière sur les défaillances de la procédure d'autorisation des pesticides dans l'UE et tenter d'y remédier par des recommandations (EUROPE 13174/12). (Aminata Niang)