Le commissaire européen à l'Agriculture, Janusz Wojciechowski, a jugé nécessaire, mardi 30 mai, après le Conseil 'Agriculture', de prolonger « au moins » jusqu'à fin octobre les restrictions imposées par cinq États de l'UE sur les importations de céréales ukrainiennes, et ce en dépit de l'opposition de Kiev et des résistances d'une partie des autres pays de l’UE.
Alors que la levée des droits de douane, en mai 2022, a fait bondir l'afflux de produits agricoles ukrainiens dans l'UE, plusieurs pays riverains (la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie et la Bulgarie) ont unilatéralement interdit, mi-avril, l'importation de céréales d'Ukraine face à la saturation des silos sur leur territoire et à l'effondrement des prix locaux.
Fin avril, la Commission a conclu avec ces quatre pays de l'UE et la Roumanie un accord prévoyant jusqu'au 5 juin des mesures de sauvegarde pour leur permettre d’interdire sur leur sol la commercialisation de blé, de maïs, de colza et de tournesol ukrainiens, à condition qu'ils n'empêchent pas leur transit vers d'autres pays. Seule la Hongrie a maintenu des mesures unilatérales d'interdiction.
« Il est nécessaire de prolonger (ces restrictions) au minimum jusqu'à fin octobre et, idéalement, jusqu'à la fin de l'année, après les récoltes, sans quoi nous aurons un énorme problème », a indiqué M. Wojciechowski. Il a cependant précisé que la Commission n'avait pas encore arrêté sa position.
« Le problème est qu'il y a désormais davantage de céréales dans les réserves des États riverains qu'en Ukraine. Nous devons prolonger les restrictions temporaires d'importation pour améliorer la situation », a ajouté le commissaire, appelant à muscler les moyens logistiques pour désengorger les stocks de céréales.
Ces restrictions ont été dénoncées par le ministre ukrainien de l'Agriculture, Mykola Solsky, présent à Bruxelles mardi : « Nous pensons que leur prolongation n'est pas la bonne marche à suivre, nous nous y opposons », a-t-il indiqué, estimant que cela ferait le jeu de Moscou (EUROPE 13190/16).
Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, avait déjà fustigé des « mesures protectionnistes sévères, voire cruelles ».
Les restrictions sont également contestées par 13 pays de l’UE, dont la France et l'Allemagne, qui avaient exprimé à la mi-mai leurs « sérieuses inquiétudes » sur ce « traitement différencié au sein du marché intérieur » et réclamé « des discussions supplémentaires » sur l'aide de 100 millions d'euros proposée par la Commission pour les agriculteurs des cinq pays affectés.
M. Wojciechowski a dit espérer que cette aide de 100 millions d’euros (mobilisée en utilisant la réserve de crise) sera rapidement débloquée. Il a confirmé qu'il souhaitait mobiliser le restant de la réserve de crise (250 millions d’euros) pour les 22 autres pays de l’UE en raison de crises sectorielles (lait dans les pays baltes, pommes en Belgique…) et des effets de la sécheresse et des inondations dans les pays du sud de l'Europe (Portugal, Espagne, Italie, France...) (EUROPE 13190/5).
« J'espère avoir convaincu les États membres que (cette aide de 100 millions d'euros) est juste, que les critères choisis sont équitables, j'espère qu'il n'y a plus d'obstacles au vote de cette aide, et qu'elle sera transférée aussi vite que possible aux agriculteurs », a souligné Janusz Wojciechowski. (Lionel Changeur)