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Bulletin Quotidien Europe N° 13141
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ACTION EXTÉRIEURE / Proche-orient

Les Palestiniens dénoncent la différence de réponse internationale à la guerre en Ukraine et à leur situation

Alors que le monde a les yeux tournés vers la guerre en Ukraine, les Palestiniens dénoncent le 'deux poids, deux mesures' de la communauté internationale, rappelant l’occupation israélienne qu’ils subissent.

« Nous sommes horrifiés et en colère par le fait que le monde traite de l'Ukraine et de la Palestine avec deux poids, deux mesures. La Palestine est sous occupation. Il y a des meurtres, des destructions, des blessés. Les réfugiés palestiniens se comptent par millions. Et si l'Ukraine le subit depuis un an, la catastrophe palestinienne a eu lieu il y a 74 ans et se poursuit encore », a résumé le 8 mars le Premier ministre palestinien, Mohammad Shtayyeh, lors d’une rencontre avec des journalistes européens, dont EUROPE.

Pour Moustafa Barghouti, homme politique et président de la Palestinian Medical Relief Society (PMRS), « le droit international stipule que les peuples sous occupation ont le droit de se défendre ». « Ce droit s'applique-t-il uniquement à l'Ukraine ? », s’est-il interrogé le 6 mars. « Une occupation est une occupation, le droit international est le droit international », a-t-il rappelé, ajoutant que, dans le cas contraire, on vivrait dans « une jungle ».

De même, M. Shtayyeh a estimé que les Palestiniens résistaient à l’occupation israélienne et n’étaient pas des terroristes. « Lorsque les Ukrainiens se battent, vous les considérez comme des héros dont le droit international doit être respecté. Le droit international est indivisible et, partout où il s'applique, nous devons nous battre pour lui », a-t-il ajouté. 

La société civile palestinienne, elle aussi, est étonnée de cette « élasticité » dans les valeurs des Européens, selon les termes d’Abdelfattah Abusrour, directeur général du centre culturel Alrowwad dans le camp de réfugiés d'Aida, à Bethléem, rencontré le 7 mars.

« Nous ne pouvons pas comparer les victimes entre elles, mais nous devons nous demander pourquoi il faut être sélectif dans la mise en œuvre du droit international », a rappelé la directrice d'Addameer, Prisoner Support and Human Rights Association, Sahar Francis, le 6 mars.

Pour Khaled Quzmar, de l’organisation Defense for Children Palestine, les doubles standards appliqués par l’UE envers Israël et la Palestine, comparativement à son soutien à l’Ukraine, font d’elle une complice d’Israël.

Deux poids, deux mesures dans les mots

Les Palestiniens reprochent aux Européens leur manque d’action, mais aussi les mots qu’ils utilisent pour décrire les violences et leurs auteurs, selon qu’ils soient Israéliens ou Palestiniens.

Pour l’UE et ses États membres, « si vous êtes Palestinien, c’est du terrorisme, si vous êtes un colon, c’est de la violence », a dénoncé le 6 mars Issam Aruri, directeur du bureau de Ramallah du Jerusalem Legal Aid and Human Rights Center. « Brûler une famille dans sa maison (comme à Huwara, le 26 février, NDLR), c’est de la violence ? », s’est-il interrogé. Et de mettre en garde : « L'absence de politique pour nommer les choses encourage la poursuite de ces crimes ». M. Aruri a demandé que les groupes de colons responsables des attaques contre des Palestiniens soient qualifiés de groupes terroristes.

Mettre fin à l'impunité

Face à la poursuite de la colonisation, illégale au regard du droit international, et aux violations des droits de l’homme envers les Palestiniens, ces derniers appellent à la fin de l’impunité pour Israël.

« La communauté internationale permet à Israël de ne pas être puni, d'être au-dessus du droit international et de ne pas avoir à rendre de comptes », a dénoncé M. Barghouti.

« L'un des principaux problèmes est l'impunité », a confirmé le 6 mars Shawan Jabarin, directeur général d’Al Haq, organisation des droits de l’homme, déclarée en octobre 2021 organisation terroriste par les Israéliens (EUROPE 12819/28, 12822/20). Selon lui, si les personnes ne sont pas poursuivies pour les crimes, elles recommencent.

Pour le Premier ministre palestinien, la communauté internationale devrait aider son gouvernement à faire pression sur Israël pour que l’État hébreu respecte les accords signés avec les Palestiniens. « Entre nous et Israël, la relation est contractuelle, mais aussi coloniale. Israël ne respecte aucun des accords signés ni sur le plan économique ni sur le plan financier ni sur le plan de la sécurité ni sur le plan politique », a-t-il dénoncé.

Sanctionner les colonies

De nombreux Palestiniens rencontrés appellent à des mesures européennes en représailles à l’expansion des colonies, y compris au boycott des produits issus de ces colonies. L’UE a des lignes directrices pour labéliser ces produits.

« C'est un système d'apartheid. Les Européens devraient au moins boycotter les produits provenant des colonies. Il ne suffit pas de les étiqueter » , a estimé M. Barghouti. « C'est ridicule. Si vous labélisez, vous devez interdire. C'est comme si on autorisait la vente de matériel volé », a comparé Issam Aruri. 

Les Palestiniens s’étonnent aussi du peu de protestation engendrée par les Européens quand une structure qu’ils ont financée est détruite par Israël, ce qui, selon M. Aruri, fait partie de l'impunité dont jouit Israël.

En 2022, 918 structures ont été détruites, dont 140 financées par des donneurs internationaux, et 922 personnes déplacées. Depuis le début de l’année, les Israéliens ont démoli 250 structures, dont 39 financés par des donateurs internationaux.

Pour Khaled Quzmar, « le silence de la communauté internationale n'est pas un feu vert pour la poursuite du crime, mais un partenariat dans le crime ».

M. Jabarin a demandé que l’UE déduise les fonds perdus dans les destructions de son soutien à Israël, notamment celui au programme Horizon Europe. « Cela doit affecter leurs relations avec Israël, les Européens doivent exercer une pression politique sur eux s'ils sont sérieux », a-t-il précisé, estimant qu’alors que les destructions se poursuivent, les Européens ont de nouveau réuni le Conseil d’association le 3 octobre, le premier depuis 10 ans (EUROPE 13034/12).

Des oppressions qui se poursuivent

Petit à petit, les colonies israéliennes grignotent les terres palestiniennes qui se retrouvent de plus en plus fragmentées. La Cisjordanie est entourée d’un mur de plus de 700 km, censé protéger les Israéliens, y compris les colons. Selon le Premier ministre palestinien, 751 000 colons vivent dans les territoires palestiniens occupés, soit environ 25% de la population totale de la Cisjordanie. L’ONU, quant à elle, avance le chiffre de 600 000 colons installés dans plus de 150 colonies et 100 avant-postes.

« Cela vaut bien l'Afrique du Sud. Là bas, ils ont permis à leurs habitants de rester sur leurs terres, alors qu'ici, ils ne veulent pas que les Palestiniens occupent leur propre territoire », a rappelé M. Quzmar.

Les Palestiniens ne bénéficient pas non plus d’une liberté de mouvement totale. Ces derniers sont limités par plus de 590 obstacles, dont 71 check-points, et les Cisjordaniens doivent obtenir un permis – délivré au bon vouloir d’Israël – pour pouvoir se rendre en Israël et à Jérusalem-Est.

Au-delà des restrictions de mouvements, les Palestiniens dénoncent aussi les injustices auxquelles ils sont confrontés, telles que leur accès à l’eau, contrôlé par Israël, même si cette eau provient de la Palestine. Ils n’ont pas d’eau courante tous les jours et doivent utiliser des réserves qu’ils stockent sur leur toit. À Ramallah, capitale de la Palestine, la population bénéficie d’eau courante deux fois par semaine, quelques fois par mois dans le camp de réfugiés d’Aida, à Bethléem. Le prix de l’eau est également plus élevé qu’en Israël. Les Israéliens, y compris les colons, utilisent 430 litres d’eau par jour et par personne, quand les Palestiniens en consomment 72 et que la recommandation de l’OMS est de 120 litres par jour. 

L’UE reste un partenaire important

Malgré les critiques auxquelles elle fait face, l’UE reste le principal partenaire des Palestiniens, qui subissent une situation économique « difficile », selon leur Premier ministre.

« La situation économique dans laquelle nous nous trouvons est difficile. L'aide internationale diminue. Les États-Unis ont coupé toute aide. Israël déduit notre argent (l'État hébreu prend des frais administratifs pour la collecte des taxes palestiniennes, NDLR) et l'aide arabe est nulle, à l'exception de l'argent qui vient d'Algérie. Le seul argent disponible pour la Palestine est votre argent, l'argent qui vient de l'UE », a reconnu M. Shtayyeh.

Selon lui, l'année dernière, l'Europe a débloqué 300 millions d'euros pour soutenir la Palestine. (Camille-Cerise Gessant)

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