Les députés européens se sont réunis, mardi 22 novembre, pour une cérémonie célébrant les 70 ans du Parlement européen, en présence des Premiers ministres des trois pays qui accueillent l'institution.
L’anniversaire du Parlement, « institution qui incarne la réconciliation européenne », selon sa présidente Roberta Metsola, et « maison de la démocratie », pour Manfred Weber (PPE, allemand), a été l’occasion de rappeler l’importance de la démocratie et de l’État de droit, qui peuvent à tout moment être remis en cause.
Si, depuis 1952, le parlement a changé, pour Iratxe Garcia Perez (S&D, espagnole), l’objectif est le même : « la démocratie européenne ne (doit) pas se substituer ou affaiblir la démocratie nationale, mais la renforcer. De même que la citoyenneté européenne renforce la citoyenneté nationale. À nous de maintenir vivant cet esprit et de nous adapter aux temps nouveaux ».
Le Premier ministre belge, Alexander De Croo, a salué le « travail fondamental que ce Parlement a accompli pour protéger la démocratie et l'État de droit en Europe ». « Nous ne pouvons pas laisser ce combat pour les droits fondamentaux aux seuls tribunaux. Nous, les hommes politiques, devons aussi faire le gros du travail », a-t-il ajouté, applaudissant la persévérance du Parlement et l’appelant à continuer d’être ce « chien de garde vigilant ».
De son côté, le Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, a abandonné son discours officiel pour une improvisation émouvante, rappelant que les Européens s’étaient rassemblés en Assemblée sept ans seulement après la Seconde Guerre mondiale et qu’ils vivaient désormais « dans un territoire où les citoyens sont libres ». « Je n'aurais pas eu le droit moi-même d'être libre pendant la Seconde Guerre mondiale : je suis libéral, d'origine juive et marié à un homme. Et me voilà aujourd'hui chef de gouvernement. C'est cela le projet européen : vous pouvez être différents, et c'est là que réside notre richesse : dans cette diversité », a-t-il souligné.
Et la diversité des points de vue a pu être constatée aussi dans les discours. Marco Zanni (ID, italien) a estimé qu’il manquait « une chose à cette institution pour qu’elle soit mûre : partager des responsabilités avec une opposition démocratique ». « Quand on respectera la minorité et l’opposition au sein du PE, on pourra dire que la démocratie est représentée de façon pleine et entière au sein de cet hémicycle », a-t-il expliqué alors qu’un cordon sanitaire a été instauré autour d'ID.
De son côté, Ryszard Legutko (CRE, polonais) a été très dur, expliquant que « le PE a fait beaucoup de mal en Europe ». « Le Parlement représente le demos qui n'existe pas, travaille pour le projet qui ignore la réalité et la loi, fuit la responsabilité, tourne le dos à des millions de personnes et sert les intérêts d'une seule orientation politique », la gauche, a-t-il estimé, avant d’être hué par l’hémicycle.
De même, la cérémonie d’anniversaire du Parlement a été l’occasion pour les Premiers ministres de se diviser sur le siège du PE. Si M. De Croo a souhaité que le Parlement maintienne son rôle pour « relier Bruxelles et les citoyens européens », son homologue française, Élisabeth Borne, a insisté sur l’importance du siège strasbourgeois du Parlement. M. Bettel, lui, a mis tout le monde d’accord : l'important est de « rapprocher chaque citoyen de ce projet européen ».
Si le passé du Parlement a été rappelé, les députés se sont aussi tournés vers l’avenir. Lors de leurs prises de parole, plusieurs représentants de groupe - M. Weber (PPE), Stephane Séjourné (Renew Europe) et Manon Aubry (La Gauche) ont demandé que le Parlement bénéficie du droit d’initiative. « Combien de décennies faudra-t-il attendre avant que nous ayons le droit d’initier des propositions de loi, d’avoir un pouvoir décisionnel sur l’ensemble des textes de loi adoptés ? », s’est interrogée cette dernière.
Pour Philippe Lamberts (Verts/ALE, belge), le défi pour l’avenir est triple : l’ambition, le compromis et la préservation de la démocratie et de l’État de droit. (Camille-Cerise Gessant)