La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé, dimanche 6 novembre, lors d’un entretien téléphonique avec le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, que la Commission présenterait cette semaine une enveloppe financière substantielle de l'UE pouvant atteindre 1,5 milliard d'euros par mois, soit un total de 18 milliards d'euros.
Ce montant devrait contribuer « de manière significative à couvrir les besoins de financement de l'Ukraine pour 2023 », a précisé la Commission dans un communiqué, ajoutant que les deux dirigeants avaient reconnu l'importance de garantir un financement prévisible et régulier des fonctions essentielles de l'État.
L'aide, qui prendrait la forme de prêts à long terme hautement concessionnels, avec couverture des coûts d'intérêt, « contribuerait également à soutenir les réformes de l'Ukraine et sa progression vers l'adhésion à l'UE », a estimé la Commission.
Si la manière de constituer une garantie publique (budget de l'UE ou budgets nationaux) doit encore être tranchée (EUROPE 13057/1), le ministre des Affaires étrangères hongrois, Péter Szijjártó, a déjà prévenu que son pays n'accepterait pas que l'UE contracte un crédit pour soutenir financièrement l’Ukraine.
L'enveloppe financière de l'UE devrait être assortie d'un soutien similaire de la part d'autres grands donateurs, selon la Commission.
Depuis le début de l’invasion russe, le 24 février 2022, sur les 9 milliards proposés par la Commission, 1 a été déboursé en août, 2 en octobre et 3 devraient l’être d’ici la fin de l’année. Sur les 3 milliards restants, les travaux sont en cours, selon la Commission (EUROPE 13056/9). Par ailleurs, en plus de ce plan, la Commission avait proposé, le 1er février, 1,2 milliard d'euros d’aide macrofinancière d’urgence (EUROPE 12881/15).
Devant les députés de la commission des affaires étrangères du PE, la directrice adjointe au voisinage oriental de la Commission européenne, Katarina Mathernova, a précisé, lundi 7 novembre, qu’outre l’aide sur le plan militaire, il fallait s’assurer que « l’Ukraine soit en position de survivre économiquement » avec une aide macroéconomique qui permette de sauvegarder la balance des paiements et la réparation des infrastructures critiques.
Michael Siebert, directeur général pour le Partenariat oriental au Service européen pour l’action extérieure, estime que « l’Ukraine a sauvegardé le fonctionnement du pays de façon tout à fait étonnante. La reconstruction, la réparation sont omniprésentes ». « On est déjà en plein milieu des efforts de reconstruction et il faut réfléchir à ce que sera la structure de la reconstruction à bien plus long terme. Il faut avoir l’argent là ou on en a besoin », a-t-il expliqué. M. Siebert a précisé que les réformes du pays étaient un prérequis pour le déboursement des « sommes considérables » qu’il faudra utiliser au fil des années pour la reconstruction.
Si Mick Wallace (La Gauche, irlandais) a estimé qu’octroyer des prêts que l’Ukraine ne sera jamais en mesure de rembourser va la paupériser, Márton Gyöngyösi (NI, hongrois) pense qu'il faudrait un modèle se fondant sur un traité, où la Russie serait responsable et aurait une obligation juridique de solder la facture de la reconstruction, comme ce fut le cas après la Seconde Guerre mondiale avec l’Allemagne nazie.
Tout en apportant leur soutien à l’aide financière à destination de l’Ukraine, plusieurs députés européens se sont interrogés sur le contrôle de ces fonds, s’inquiétant de la corruption touchant le pays. « Étant donné que l’on va dépenser énormément de fonds pour un pays miné par la corruption, est-ce qu’il y a certaines structures (pour contrôler), est-ce qu’avec la guerre, on peut être sûrs que les deniers soient utilisés à bon escient et rassurer nos propres citoyens ? », a demandé, par exemple, le rapporteur sur l’Ukraine, Michael Gahler (PPE, allemand).
Mais Mme Mathernova a voulu se montrer rassurante, estimant que, si elle ne pouvait pas dire qu’il n’y a pas de corruption en Ukraine, il y avait, selon elle, « un effort systématique de la Russie visant a dépeindre un profil de l’Ukraine qui persiste dans notre rhétorique ». « C’est un État qui fonctionne. S’il était si corrompu, il tomberait comme un château de cartes », a-t-elle estimé. La représentante de la Commission a précisé qu’il y avait un contrôle très rigoureux des fonds et que la société civile fonctionnait bien et jouait un rôle de garant « très sérieux ».
Cependant, comme l’a rappelé Dietmar Köster (S&D, allemand), selon un rapport de Transparency international de juin 2022, l’Ukraine est 122e sur 180 pays en matière de perception de la corruption.
Par ailleurs, lors de sa conversation avec M. Zelensky, Mme von der Leyen a promis que l'UE continuerait à fournir une aide humanitaire immédiate à l'Ukraine, notamment pendant l'hiver (voir autre nouvelle).
Les deux dirigeants ont également discuté de l’importance de veiller à ce que les exportations agricoles ukrainiennes puissent quitter le pays. Ils ont notamment parlé de plans visant à étendre les capacités des voies de solidarité UE-Ukraine, qui ont, jusqu'à présent, servi à transporter la grande majorité des exportations agricoles et non agricoles ukrainiennes depuis le début de la guerre avec la Russie.
Enfin, les dirigeants ont discuté du renforcement des sanctions ainsi que du rôle négatif joué par le soutien de l'Iran à l'agression de la Russie et de la manière d'y répondre. L’UE a déjà adopté des sanctions à l’encontre de Téhéran dans ce cadre. (Camille-Cerise Gessant)