« Nous sommes sur une autoroute vers l’enfer climatique avec le pied toujours sur l’accélérateur », s’est alarmé le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, lundi 7 novembre, à l'ouverture de la 27e conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP27) organisée à Charm El-Cheikh, en Égypte.
Rappelant l’urgence de la situation, M. Guterres a estimé que la génération actuelle était « en train de perdre (…) le combat de (sa) vie ».
« Les émissions de gaz à effet de serre continuent d’augmenter. Les températures mondiales continuent d’augmenter. Et notre planète se rapproche rapidement des points de basculement qui rendront le chaos climatique irréversible », a-t-il notamment déploré.
Alors que l’Accord de Paris sur le climat adopté en 2015 fixe l’objectif de contenir l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2°C d’ici 2100 par rapport aux niveaux préindustriels, en s’efforçant de ne pas dépasser 1,5°C, un récent rapport des Nations Unies a montré que le monde est sur la voie d’un réchauffement de 2,8°C (EUROPE 13053/5).
La Commission européenne entend par conséquent mettre à profit la COP27 pour « faire pression pour la mise en œuvre des engagements existants afin de passer des paroles ambitieuses aux actions concrètes », a assuré l’institution dans un communiqué appelant toutes les parties à prendre des mesures concrètes pour limiter le réchauffement à 1,5°C.
Menée par Frans Timmermans, vice-président exécutif de la Commission chargé du Pacte vert européen, l’équipe de négociation de la Commission espère notamment parvenir à l’adoption d’un programme de travail visant à intensifier la mise en œuvre de l’atténuation du changement climatique au cours de cette décennie.
De son côté, M. Guterres a plaidé pour la mise en place d’un « pacte » dans lequel tous les pays feront un effort supplémentaire pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030.
Ce pacte aurait notamment pour but de mettre fin à la dépendance à l’égard des combustibles fossiles et à la construction de nouvelles centrales au charbon, en supprimant progressivement le charbon dans les pays de l’OCDE d’ici à 2030 et partout ailleurs d’ici à 2040.
L’impact de la guerre en Ukraine
Alors que le secrétaire général des Nations Unies réclame davantage d’ambition, d’aucuns craignent que les deux semaines de négociation entre les parties ne débouchent sur aucune avancée significative à l’issue de la COP27, le 18 novembre, en raison notamment de l’agression armée russe de l’Ukraine.
Conscient de ce risque, M. Guterres a appelé les gouvernements à ne pas détourner leur attention du changement climatique : « Les crises d’aujourd’hui ne peuvent servir d’excuse à un retour en arrière ni au 'greenwashing' ».
Il a notamment été rejoint par le président français, Emmanuel Macron, selon lequel « tout ce qui a été dit à Glasgow (lors de la COP26) reste et doit rester valable », car « le climat ne serait être la variable d’ajustement de la guerre lancée par la Russie sur le sol ukrainien ». Et d’ajouter : « Nous ne sacrifierons pas nos engagements climatiques sous la menace énergétique de la Russie ».
La question des pertes et préjudices inscrite à l’agenda
Au-delà de la nécessité d’atténuer le changement climatique, l’un des grands enjeux de cette COP portera sur la reconnaissance des pertes et préjudices, c’est-à-dire les dégâts causés par le dérèglement climatique qui ne peuvent être évités ni par des actions de réduction des émissions ni par l’adaptation au changement climatique.
Les pays du Sud, particulièrement touchés par les impacts du changement climatique (inondations, sécheresses, feux de forêt…) réclament en particulier la création d’une facilité financière dédiée à ce sujet. Ils ont obtenu une première victoire avec l’inscription de la question des pertes et préjudices à l’agenda de la COP27.
Les discussions sur la création d’un fonds spécifique risquent néanmoins de se révéler particulièrement difficiles, en raison de l’opposition de certaines grandes économies telles que l’UE et les États-Unis.
Sur ce point, M. Guterres souhaite que la conférence onusienne débouche sur « une feuille de route claire et assortie d’un calendrier qui reflète l’ampleur et l’urgence du défi ». À ses yeux, cette feuille de route devrait inclure des dispositions institutionnelles efficaces pour le financement.
Il a également demandé aux gouvernements de taxer les bénéfices exceptionnels des entreprises de combustibles fossiles afin de réorienter une partie de cet argent vers les pays qui subissent des pertes et des dommages causés par la crise climatique. (Damien Genicot)