Les ministres des Finances de la zone euro sont conscients que la flambée des prix énergétiques provoquée par l'invasion russe de l'Ukraine a un impact négatif sur les revenus des citoyens. Cependant, « les mesures budgétaires compensatoires » ne constituent pas une réponse durable à une telle situation, ont-ils estimé dans une déclaration adoptée lundi 11 juillet privilégiant les incitations en faveur des investissements dans la transition énergétique à des aides transversales agissant sur le niveau des prix énergétiques.
Dans l'optique de la préparation des projets de budget nationaux pour 2023, l'Eurogroupe recommande donc de cibler toute aide « temporaire » visant à affronter la situation énergétique, telle que « des déductions fiscales et d'accises », sur les catégories de population les plus vulnérables.
À son arrivée à l'Eurogroupe, le commissaire européen à l'Économie, Paolo Gentiloni, avait souligné qu'« aucune proposition » visant à plafonner les prix énergétiques n'était en préparation au sein de la Commission.
Prônant l'agilité budgétaire face à l'incertitude macroéconomique, les ministres considèrent qu'en 2023, un soutien budgétaire généralisé à la demande « n'est pas justifié », sans aller jusqu'à affirmer que l'orientation budgétaire au niveau de l'Eurozone devrait être restrictive, contrairement au Comité budgétaire européen (EUROPE 12978/29). Ils insistent, au contraire, sur l'importance de préserver la soutenabilité des dettes publiques alors que les coûts de refinancement sur les marchés augmenteront au fur et à mesure que la BCE normalisera sa politique monétaire, avec une première remontée de ses taux directeurs annoncée pour jeudi 21 juillet.
Et l'Eurogroupe de prôner les réformes structurelles pour stimuler la transition climatique, en mettant à profit le Plan de relance européen Next Generation EU.
Les prévisions de croissance bientôt révisées à la baisse
À son arrivée à l'Eurogroupe, le vice-président de la Commission européenne, Valdis Dombrovskis, avait estimé que la croissance économique dans l'Union européenne demeurerait « plutôt résiliente cette année », même si « on peut s'attendre à une révision à la baisse » des prévisions pour 2022 et « davantage encore pour l'année prochaine ».
Pour M. Gentiloni, l'UE n'est pas entrée dans le scénario adverse imaginé au printemps selon lequel la croissance flirterait avec le territoire négatif en cas de rupture importante des livraisons de gaz russe (EUROPE 12953/20). « Mais les risques d'emprunter cette voie augmentent », avait-il reconnu, jugeant « utile » le gel du Pacte de stabilité et de croissance aussi en 2023.
La Commission présentera ses prévisions économiques d'été jeudi 14 juillet. Elles devraient aussi faire état d'une révision à la hausse des prévisions en matière d'inflation.
Voir la déclaration de l'Eurogroupe : https://aeur.eu/f/2l2 (Mathieu Bion)