La conclusion des négociations sur le futur accord de libre-échange (ALE) entre l'UE et la Nouvelle-Zélande, jeudi 30 juin, a fait réagir le secteur agroalimentaire européen. Les fédérations agricoles européennes Copa et Cogeca regrettent les contingents tarifaires accordés sur les exportations néo-zélandaises de bœuf, de mouton et de produits laitiers, qu'elles jugent trop importants. « Cela va creuser le déficit commercial de l'agriculture dans une période où nous peinons à continuer à investir dans la durabilité », indiquent les deux organisations.
L'interprofession française bétail et viande (Interbev) s'inquiète aussi de l'impact de l'accord sur les agriculteurs français : « Pour renforcer l’influence de l’Europe dans la zone Indo-Pacifique, elle (la Commission européenne, NDLR) a une nouvelle fois fait le choix de brader ses filières d’élevage tout en renonçant à ses engagements récents en matière de souveraineté alimentaire et de durabilité. Et ce, sans que la France ne l’arrête ».
L'organisation a indiqué avoir écrit le 28 juin à la Première ministre française, Élisabeth Borne, au sujet de l’accord commercial entre l’Union européenne et la Nouvelle-Zélande. « Ce nouvel accord pourrait en effet faciliter l’ouverture du marché européen à plusieurs milliers de tonnes de viande bovine produite en Nouvelle-Zélande… sans aucune exigence préalable de respect des normes d’élevage européennes », regrette cette organisation. Elle déplore également que la Présidence française du Conseil de l'UE s’achève sans que l’ambition portée par Paris sur la question de la réciprocité des normes de production agricole dans les échanges commerciaux se soit concrétisée dans les textes européens (EUROPE 12970/1).
BusinessEurope, l'organisation représentant notamment les grandes entreprises dans l'UE, s'est dit impatiente d'analyser le contenu de l'accord, en indiquant déjà que la conclusion des négociations marquait « la reprise attendue d'un agenda commercial européen ambitieux ». Le directeur général de l'organisation, Markus J. Beyrer, a souligné que, dans ce contexte géopolitique actuel, « les pays qui partagent les mêmes valeurs et qui tiennent au libre-échange doivent unir leurs forces pour ouvrir les marchés et combattre le changement climatique ».
Ces trois voix majeures des producteurs européens ont salué l'inclusion d'éléments plus contraignants sur l'accord de Paris et le droit du travail dans l'accord.
Les eurodéputés se réjouissent d'avoir un nouvel accord sur la table
« L'accord d'aujourd'hui est un signal fort au bon moment », estime le député européen Daniel Caspary (PPE, allemand). « La Commission du commerce international (INTA) poussera pour recevoir les textes finaux aussi vite que possible pour les analyser. Notre objectif est de ratifier l'accord pendant cette mandature », a-t-il ajouté. Son collègue Geert Bourgeois (CRE, belge) a estimé qu'il faudrait « plus d'accords modernes de ce type ».
La veille de la conclusion des négociations, le groupe des Verts/ALE a listé ses attentes dans une lettre. Elles concernent l'inclusion de chapitres contraignants sur le développement durable, le respect de l'Accord de Paris, le respect des droits des personnes Māori, la libéralisation des services numériques, l'agriculture, les subventions déloyales, etc.
La plupart des demandes semblent être reprises dans l'accord conclu entre la Commission et la Nouvelle-Zélande. « Nous allons analyser le texte final pour surveiller ces différents éléments », a déclaré Sara Matthieu (Verts/ALE, belge). (Léa Marchal et Lionel Changeur)