Les dirigeants des pays membres de l'OTAN se retrouveront mardi 28 juin à Madrid pour un sommet de trois jours, qualifié de « transformateur » par le secrétaire général de l’organisation, Jens Stoltenberg.
Concept stratégique. Lors du sommet, les dirigeants devraient adopter le nouveau concept stratégique de l’Alliance, 12 ans après le précédent. « Notre nouveau concept nous guidera dans une ère de concurrence stratégique », a souligné M. Stoltenberg devant les médias, lundi 27 juin. Selon lui, le document montrera « clairement que les Alliés considèrent la Russie comme la menace la plus importante et la plus directe pour notre sécurité » ; il abordera aussi pour la première fois la Chine et les défis qu'elle représente. Le concept couvrira aussi l'évolution de l’approche de l’OTAN face à un certain nombre d'autres menaces et défis, notamment le terrorisme, la cybernétique et la guerre hybride.
Selon un diplomate, les négociations sur le concept se poursuivaient lundi, certains Alliés souhaitant que le rôle de l'UE soit reconnu dans ce document, comme le rôle de l'OTAN est reconnu dans la 'Boussole stratégique' de l'UE (EUROPE 12975/32).
Renforcement du flanc est. Les dirigeants devraient également renforcer les défenses avancées avec le « plus grand remaniement de notre dissuasion et de notre défense collectives depuis la guerre froide », selon M. Stoltenberg.
Selon lui, certains groupements tactiques dans la partie orientale de l'Alliance seront élevés jusqu'au niveau de brigade. « Nous allons transformer la Force de réaction de l'OTAN et nous augmenterons le nombre de nos forces à haut niveau de préparation pour dépasser largement les 300 000 hommes », a ajouté le secrétaire général.
De plus, selon lui, l’Alliance devrait décider de renforcer sa capacité à se renforcer en cas de crise ou de conflit, notamment avec davantage d'équipements prépositionnés et de stocks de fournitures militaires, plus de capacités déployées à l'avant, comme la défense aérienne, un commandement et un contrôle renforcés et des plans de défense améliorés, avec des forces préaffectées à la défense de certains alliés. « Ces troupes s'exerceront ensemble avec les forces de défense nationales. Elles se familiariseront avec le terrain local, les installations et nos nouveaux stocks prépositionnés, de sorte qu'elles puissent répondre sans heurts et rapidement à toute situation d'urgence », a précisé M. Stoltenberg.
Le sommet devrait aussi être l’occasion de créer un nouveau fonds d'innovation de l'OTAN, doté d'un milliard d'euros, pour investir dans les technologies émergentes à double usage. Les Alliés devraient également décider de réduire les émissions de gaz à effet de serre pour l'OTAN en tant qu'organisation (EUROPE 12651/23).
Dépenses de défense. Comme traditionnellement lors des sommets, les Alliés devraient revenir sur leurs dépenses de défense.
Selon des chiffres publiés le 27 juin, pour la 8e année consécutive, en 2022, les Alliés européens et les Canadiens vont augmenter leurs dépenses de défense. « À la fin de l'année, ils auront investi bien plus de 350 milliards de dollars américains supplémentaires depuis que nous sommes convenus de notre promesse d'investissement dans la défense en 2014 », s’est félicité M. Stoltenberg.
Les dépenses pour les Européens et le Canada devraient augmenter de 1,2% cette année. Au total, pour 2022, les Alliés devraient dépenser 1 051 milliards de dollars (dont 723 milliards pour les États-Unis).
Neuf Alliés atteignent - ou dépassent - l'objectif plancher de 2% : la Grèce, les États-Unis, la Pologne, la Lituanie, l'Estonie, le Royaume-Uni, la Lettonie, la Croatie et la Slovaquie. « Dix-neuf Alliés ont des plans clairs pour l'atteindre d'ici à 2024 et cinq autres ont pris des engagements concrets pour l'atteindre par la suite », a précisé M. Stoltenberg.
En Espagne, qui accueille le sommet, les dépenses de défense ne devraient représenter en 2022 que 1,01% du PIB et seulement 0,58% pour le Luxembourg.
Voir le détail des dépenses : https://aeur.eu/f/2cb
Partenariats. Mercredi, les Alliés tiendront une session avec leurs homologues suédois, finlandais, de l’UE (les présidents de la Commission européenne et du Conseil européen seront au sommet), de la Géorgie, mais également d’Australie, de Nouvelle-Zélande, du Japon et de la Corée du Sud.
Les dirigeants, qui s’entretiendront avec leur homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky, devraient également convenir d’un programme global d'assistance renforcé à l'Ukraine. Ce programme « comprendra des livraisons substantielles de soutien dans des domaines tels que les communications sécurisées, les systèmes anti-drones et le carburant », a annoncé le secrétaire général. « À plus long terme, nous aiderons l'Ukraine à passer des équipements militaires de l'ère soviétique aux équipements modernes de l'OTAN et nous renforcerons encore ses institutions de défense et de sécurité », a-t-il prévenu.
Les dirigeants aborderont aussi la crise alimentaire provoquée par l'invasion de l'Ukraine par la Russie. De nombreux Alliés cherchent des solutions pour pouvoir sortir les graines d’Ukraine.
Les Alliés pourraient également revenir sur la situation à Kaliningrad.
Les dirigeants devraient aussi adopter de nouvelles mesures de soutien à la Géorgie, la Bosnie-Herzégovine, la Moldavie, la Mauritanie et la Tunisie.
Enfin, les Alliés discuteront des menaces et des défis venant du sud, s’engageront de nouveau dans la lutte contre le terrorisme et examineront leur réponse à l'influence croissante de la Russie et de la Chine dans le voisinage méridional.
Adhésion de la Finlande et de la Suède. Le sommet sera aussi l’occasion de discuter de la demande d’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’OTAN, bloquée par la Turquie (EUROPE 12955/3). Après des discussions entre responsables de haut niveau des trois pays au siège de l’Alliance à Bruxelles, lundi, les présidents turc et finlandais et la Première ministre suédoise s’entretiendront à Madrid, mardi, pour tenter de faire avancer le dossier. « Le sommet n’a jamais été une date limite, mais les dirigeants seront là ; donc, c’est une occasion à saisir pour voir combien de progrès nous pouvons faire », a souligné M. Stoltenberg. (Camille-Cerise Gessant)