Tout comme leurs homologues des Affaires étrangères lundi (voir autre nouvelle), les ministres de la Défense se pencheront, mardi 17 mai, sur la situation en Ukraine. Ils débattront aussi des missions et opérations de politique de sécurité et de défense commune (PSDC).
Ukraine. Les ministres s’entretiendront par visioconférence avec leur homologue ukrainien, Oleksii Reznikov, et avec le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg. La discussion permettra d’évaluer la situation sur le terrain et les besoins de Kiev en termes d’équipements, et de faire un point sur le soutien apporté par l’UE. « L’UE va adapter son soutien à un probable long conflit », a estimé un haut responsable européen vendredi 13 mai.
Le Conseil pourrait discuter de la nouvelle proposition du Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, de fournir une nouvelle tranche de 500 millions d'euros supplémentaires via la Facilité européenne pour la Paix. « Ces 500 millions d'euros seront alloués aux armes lourdes », a-t-il expliqué à son arrivée au G7 en Allemagne, rappelant que les États membres fournissaient déjà des véhicules blindés, des chars, de l'artillerie lourde et des munitions, soit « tout ce qui est nécessaire pour ce type de guerre ».
Un haut responsable européen a précisé que, si les trois paquets précédents étaient composés de 450 millions d’euros pour le létal et 50 millions pour le non létal, celui-ci sera composé de 490 millions pour du matériel létal et 10 millions pour du non létal. Si ce nouveau soutien est approuvé – ce qui pourrait intervenir dans les prochains jours selon les procédures nationales –, depuis le début de la guerre, 2 milliards d’euros de la Facilité auront été consacrés à l’Ukraine.
PSDC. Les ministres discuteront ensuite de la mise en place de la 'Boussole stratégique', plus particulièrement de l’aspect opérationnel avec l’efficacité des opérations et missions de PSDC et la future capacité de déploiement rapide.
L’UE a actuellement 18 missions : 7 militaires et 11 civiles. Selon un haut responsable de l’UE, il est nécessaire d’adapter le modèle actuel des missions militaires. « Cela implique de voir comment redonner énergie au modèle et être beaucoup plus pertinent sur le terrain », a expliqué un diplomate, estimant qu’il fallait être plus souple, plus simple et plus réactif.
Plusieurs sources ont expliqué que les missions devraient être plus flexibles afin de mieux répondre aux besoins des partenaires. « Il y a une palette d’options qui peut être offerte aux partenaires afin de faire plus de sur-mesure (tailor-made) », a précisé le haut responsable.
Par exemple, selon lui, les partenaires « ne demandent pas seulement des formations, mais aussi des équipements ». La Facilité européenne pour la Paix peut financer de tels équipements. Les Européens pourraient aussi soutenir des pays en termes de formation avant qu’un conflit ne s’y installe, notamment dans les pays du golfe de Guinée.
Ils pourraient en outre, au-delà de la formation, accompagner sur les terrains de combat les unités qu’ils ont formées. Cette tâche exécutive pourrait être réalisée par les États membres volontaires. L’article 44 du TUE sur les groupes d’avant-garde permettrait cela.
Mali. Le Haut Représentant de l’UE devrait en outre revenir rapidement sur la situation au Mali, qui se dégrade et alors que l’UE a suspendu les formations opérationnelles menées par ses missions EUTM Mali et EUCAP Sahel Mali (EUROPE 12930/8). L’Union a également renoncé à mettre en œuvre une mesure d’assistance de 24 millions d’euros approuvée par le Conseil du 2 décembre et qui visait à renforcer les capacités des forces armées maliennes (EUROPE 12845/20).
Selon un haut responsable européen, M. Borrell et les ministres devraient discuter de la réduction des effectifs de ces missions en raison de la diminution de leurs activités. EUTM Mali compte actuellement 900 militaires. La Capacité militaire de planification et de conduite devrait présenter un plan de réduction des effectifs lors de la conférence de génération de forces du 19 mai.
Un examen stratégique des deux missions est attendu pour la fin du mois.
Agence européenne de défense. Une réunion du Comité directeur au niveau ministériel de l’Agence européenne de défense se tiendra en marge du Conseil.
Elle sera l’occasion d’approuver l’établissement du Hub pour l’innovation de défense européenne (HEDI). Selon le Conseil, trois étapes ont été définies pour que le Hub se développe progressivement et remplisse son rôle de catalyseur et d'amplificateur de l'innovation de défense de l'UE : « de la promotion de l'innovation au niveau européen et de la coordination de l'innovation entre les États membres et les institutions de l'UE au fait de devenir une plateforme d'innovation à l'échelle de l'UE pour la conception et l'expérimentation coopératives ».
Les ministres discuteront également de l'analyse des lacunes en matière de défense réalisée par l’Agence, document qui contribuera à l’analyse sur les lacunes en matière d’investissement de défense que la Commission européenne doit présenter le 18 mai. (Camille-Cerise Gessant)