Pour ce 28e sommet UE-Japon, la réponse à la pandémie de Covid-19 n'est plus à l'honneur de la déclaration commune, comme ce fut le cas en 2021. Le besoin de freiner la Russie dans sa guerre en Ukraine a pris la première place des discussions, jeudi 12 mai, entre le président du Conseil européen, Charles Michel, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le Premier ministre japonais, Fumio Kishida.
« Nous promouvons tous deux un système multilatéral basé sur des règles et qui profite à tous. C'est précisément parce que cette vision est si souvent remise en cause aujourd'hui que l'UE souhaite renforcer des relations avec des partenaires qui partagent ces valeurs, comme le Japon », a déclaré Ursula von der Leyen.
L'UE a salué la solidarité japonaise envers l'Ukraine et abordé les manières d'éviter à l'avenir le contournement des sanctions par la Russie. Depuis le 24 février, le Japon a également pris des sanctions à l'encontre de la Russie. Cette dernière a réagi en sortant des négociations autour d'un traité de paix entre Moscou et Tokyo, qui n'a jamais été signé depuis la Deuxième Guerre mondiale.
« Le Japon travaille avec le G7 et l'UE pour appliquer des sanctions fortes envers la Russie. Le Japon et l'UE continueront de travailler ensemble étroitement », a indiqué Fumio Kishida à l'issue du sommet. L'UE et le Japon demandent à la Russie de stopper immédiatement son agression militaire en Ukraine, de retirer ses troupes et de respecter l'intégrité territoriale et l'indépendance de l'Ukraine.
Deux partenaires forts sur la scène internationale
En matière de sécurité et de défense, l'UE et le Japon veulent se consulter et coopérer sur des questions telles que la cybersécurité, la lutte contre la désinformation, la sécurité maritime ou la gestion de crise. Ils comptent, par exemple, étendre leur dialogue sur la manipulation de l'information et les interférences de la part d'acteurs étatiques et non étatiques.
Ils s'arrêtent, dans leur déclaration, sur le cas de la Corée du Nord, qui représente une menace militaire dans la région indopacifique. L'UE et le Japon ont réitéré leur condamnation des essais de missiles balistiques par Pyongyang (EUROPE 12919/20) et rappelé que le pays ne pouvait en aucun cas avoir le statut d'État doté d'armes nucléaires, selon le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.
Les tensions en mer de Chine orientale ont également été abordées. Les deux partenaires ont exprimé leur inquiétude quant à l'escalade de tensions dans la région et aux intimidations.
Les trois dirigeants se sont d'ailleurs intéressés à la Chine, sur laquelle ils souhaitent renforcer les échanges. Ils veulent garder un œil sur les développements à Pékin, notamment sur la situation des droits de l'Homme dans le pays. Face aux tentatives de coercition économique chinoises, l'UE et le Japon se disent déterminés à travailler ensemble pour promouvoir la sécurité économique, en renforçant notamment la résilience de leur économie.
Globalement, l'UE a rappelé son souhait de renforcer sa présence dans la région indopacifique. « Nous allons accroître notre coopération pour un Indopacifique libre et ouvert, inclusif et basé sur l'État de droit et les valeurs démocratiques, non contraint à la coercition », indiquent les deux partenaires dans la déclaration conjointe.
Ensemble, l'UE et le Japon pourraient établir des synergies entre leur deux stratégies pour cette région.
Relations bilatérales
Les trois dirigeants ont annoncé lors du sommet le lancement d'un partenariat sur le numérique. Celui-ci devrait permettre une coopération renforcée sur : - la libre circulation des données respectant la vie privée ; - un usage sécurisé et éthique de l'intelligence artificielle ; - la résilience des chaînes d'approvisionnement dans l'industrie des semi-conducteurs ; - la 5G et la 6G ; - les infrastructures vertes ; - la réglementation numérique ; - le développement de standards. Les travaux de ce partenariat doivent commencer sans délai et feront l'objet de rapports annuels sur les progrès réalisés.
Au-delà du sujet du numérique, ce sont tous les échanges commerciaux qui peuvent encore être amplifiés, d'après l'UE et le Japon. Les deux parties souhaitent, par exemple, accélérer les travaux pour une application complète des engagements sur les normes sanitaires et phytosanitaires. Il s'agit notamment de limiter les barrières à l'entrée sur le marché en raison de ces normes sanitaires. Pour ce faire, des discussions doivent se poursuivre sur la reconnaissance mutuelle de décisions locales en matière de santé animale.
Les trois dirigeants ont également poursuivi le dialogue sur la connectivité entre le Japon et l'UE. Ils ont salué l'accord horizontal entre les deux parties sur les services aériens et ont appelé à une signature rapide.
L'initiative 'Global Gateway' (EUROPE 12844/7) devrait permettre de continuer sur la lancée du 'Partenariat sur la connectivité durable et les infrastructures de qualité'. « Je souhaiterais travailler avec le Japon sur l'identification de bons projets dans ce contexte, en nous basant sur deux initiatives pionnières : le Partenariat sur la connectivité et l'Alliance verte », a souligné Ursula von der Leyen.
Les deux parties se sont d'ailleurs engagées à poursuivre les travaux sur cette Alliance verte lancée en 2021 (EUROPE 12728/13). Elle a déjà mené à une coopération significative sur la transition énergétique, la protection environnementale, le commerce, la recherche et la finance, d'après la déclaration commune.
Les travaux devraient se poursuivre dans le secteur de l'énergie. Plus tard cette année, les deux parties souhaitent avoir ensemble un mémorandum de coopération sur l'hydrogène. Par ailleurs, l'UE a exprimé sa gratitude envers le Japon, qui a fourni du gaz naturel liquéfié (GNL) à l'UE. « Au vu des sanctions envers la Russie, nous allons coopérer pour maintenir les marchés de l'énergie stables et aider à assurer une sécurité d'approvisionnement l'un pour l'autre, en particulier pour la fourniture de GNL ».
Enfin, l'UE et le Japon ont ouvert les discussions pour une association de Tokyo au programme de recherche européen 'Horizon Europe'.
Voir la déclaration commune : https://aeur.eu/f/1lp (Léa Marchal)