Le Président finlandais, Sauli Niinistö, et la Première ministre, Sanna Marin, ont annoncé, jeudi 12 mai, leur soutien à une adhésion de leur pays à l’OTAN (EUROPE 12931/9).
« La Finlande doit demander sans délai son adhésion à l'OTAN », ont-ils souligné dans une déclaration commune. Selon eux, « l'adhésion à l'OTAN renforcerait la sécurité de la Finlande. En tant que membre de l'OTAN, la Finlande renforcerait l'ensemble de l'Alliance de défense ». Ils ont espéré que les mesures nationales encore nécessaires pour prendre la décision de demander à adhérer à l’Alliance atlantique « seront prises rapidement dans les prochains jours ».
Une telle adhésion recueille désormais un fort soutien de la population finlandaise : environ 70% y serait favorable, un soutien qui a fortement augmenté ces derniers mois. Il était de 20 à 30% avant l'invasion russe de l'Ukraine. La majorité des parlementaires finlandais seraient également en faveur de ce rapprochement avec l'OTAN.
Ce processus est fait en étroite coopération avec la Suède, qui pourrait également déposer une demande d'adhésion à l'Alliance dans les prochains jours ou semaines.
Pas de menace militaire imminente
Jeudi matin, lors d’une audition au Parlement européen, le ministre des Affaires étrangères finlandais, Pekka Haavisto, a expliqué que l’invasion russe avait modifié l’environnement de sécurité européen et finlandais.
« Cependant, nous ne sommes pas confrontés à une menace militaire imminente », a-t-il précisé. Le ministre a ajouté que, face à certaines menaces, notamment non conventionnelles, la protection qu’apporte l’adhésion à l’UE ne suffisait pas. C’est la raison pour laquelle la Finlande envisage d’autres types d’adhésion.
M. Haavisto estime que son pays est prêt à rejoindre l’Alliance. « La Finlande a un passé démocratique solide qui répond aux objectifs d'adhésion à l'OTAN et a une défense crédible et forte, interopérable avec l'OTAN », a-t-il détaillé, estimant que son pays représenterait « une valeur ajoutée pour l’OTAN ». La Finlande compte 280 000 soldats et 900 000 réservistes.
De plus, selon une source occidentale, cette année, Helsinki va respecter l’objectif de dépenses de défense représentant 2% du PIB national. « Après l’invasion (russe), le gouvernement a décidé d’augmenter les dépenses militaires », a-t-elle expliqué.
Interrogé par les eurodéputés sur la période de transition entre la candidature à l’OTAN et l’adhésion effective en termes sécurité, M. Haavisto a précisé avoir parlé avec les membres de l’UE du soutien que la Finlande pourrait recevoir. « Par exemple, l’article 42.7 (TUE) pourrait être évoqué » en cas de problème, a-t-il expliqué. Cet article porte sur la clause de défense mutuelle.
Mercredi 11 mai, la Finlande et le Royaume-Uni se sont engagés, dans un accord, à une assistance mutuelle.
Le ministre, cependant, s'est montré rassurant. « Nous n'attendons rien, mais nous sommes prêts à tout », a-t-il expliqué, précisant que son pays était prêt, que ce soit sur le terrestre, les airs, le maritime et le cyber. Il a appelé au plein soutien de l’UE et des États membres concernant ces menaces. « Quel que soit le type de surprise, on doit être prêt », a-t-il ajouté.
D'après une source occidentale, la Finlande n’a jusqu’à présent été témoin d'aucune action visant à contrer une possible adhésion, ajoutant qu’il n’y avait pas de menace militaire active contre Helsinki. Selon elle, la plupart des unités militaires russes qui étaient à la frontière russo-finlandaise, qui fait plus de 1 300 km, ont été envoyées en Ukraine.
« Même si la Russie voulait faire quelque chose de ‘dramatique’ (dramatic), elle n’a pas les ressources pour le faire », a estimé cette source. Elle a cependant reconnu que, ces dernières semaines, la Finlande avait fait face à des cyberattaques et à deux violations de son intégrité territoriale par des avions russes.
Bien que non-membre, Helsinki a déjà un partenariat étroit avec l’OTAN. Elle est, depuis 2014, l’un des six 'partenaires nouvelles opportunités', un statut qui offre des occasions de dialogue et de coopération avec les Alliés. Au lendemain du début de la guerre en Ukraine, la Finlande, la Suède et l’OTAN ont également declenché un arrangement rendant possible des échanges d’informations plus approfondis et une participation plus régulière des deux pays aux réunions de l’Alliance sur la Russie.
Une annonce saluée
Plusieurs dirigeants politiques occidentaux, dont le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, et le président du Conseil européen, Charles Michel, ont salué l’annonce du président et de la Première ministre finlandais.
« Si la Finlande décidait de poser sa candidature, elle serait la bienvenue et le processus d'adhésion se déroulerait sans heurts et rapidement », a expliqué M. Stoltenberg dans une déclaration, estimant que cette adhésion renforcerait à la fois la sécurité de la Finlande et de l’Alliance.
Pour M. Michel, la déclaration des dirigeants finlandais, une fois concrétisée, sera « une étape historique (...) qui contribuera grandement à la sécurité européenne ». « Avec la Russie qui fait la guerre en Ukraine, c'est un signal puissant de dissuasion », a-t-il ajouté.
Voir la page de l'OTAN sur la coopération avec la Finlande : https://aeur.eu/f/1lq (Camille-Cerise Gessant avec Thomas Mangin)