L’insécurité au Sahel, la résilience des petits États insulaires en développement face au changement climatique et aux catastrophes naturelles et l’impact mondial de la guerre en Ukraine domineront la réunion de l’Assemblée parlementaire paritaire (APP) ACP/UE (1-3 avril à Strasbourg) - la dernière au titre de l’Accord de Cotonou conclu en 2000 et en attente du partenariat post-Cotonou qui prendra la relève. L’eurodéputé portugais Carlos Zorrinho (groupe S&D), coprésident de l’enceinte politique du partenariat entre l’Union européenne et les 79 pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique livre à EUROPE les enjeux de cette 41e session de l’APP. (propos recueillis par Aminata Niang)
Agence EUROPE Quelles sont les priorités de cette réunion de l’Assemblée parlementaire paritaire (APP) ?
D'un point de vue externe, la priorité est d'affirmer une perspective d'approche multilatérale de la situation géopolitique mondiale, fondée sur des causes concrètes et des valeurs partagées.
Cette Assemblée sera la dernière à se tenir dans le cadre de l'Accord de Cotonou. L'Accord post-Cotonou prévoit une dimension parlementaire renforcée en ajoutant à l'APP ACP/UE trois APP régionales (Afrique/UE), (Caraïbes/UE) et (Pacifique/UE).
Cette 41e APP célèbre plus de 21 ans de dimension parlementaire du partenariat et aura pour priorité évidente de préparer son avenir en augmentant la capacité des parlementaires à faire entendre leur voix, à suivre et à être acteurs du développement d'un partenariat entre égaux.
Deuxièmement, il est prioritaire de promouvoir un échange de vues ouvert sur les questions d'actualité ayant un impact sur les pays du partenariat et au-delà, comme les conflits en Ukraine et en Afrique de l'Ouest et au Sahel et les impacts de la Covid-19.
Troisièmement, c'est aussi une occasion de procéder à un échange de vues avec les institutions des pays ACP et de l'UE afin que les parlementaires puissent en savoir plus et donner leur avis sur les instruments qui pourraient être utilisés pour promouvoir le partenariat.
Qu’attendez-vous de l’Assemblée parlementaire paritaire à l’heure de la guerre en Ukraine et du risque d’une crise alimentaire mondiale frappant au premier chef les pays pauvres, déjà les plus vulnérables ?
J'espère qu'elle sera un forum de débat et de promotion de la paix, de la liberté, de la diversité, de la compréhension entre les peuples et du respect de leur autodétermination en vertu du droit international, et qu'elle transmettra un message de soutien au multilatéralisme avec des causes et des valeurs partagées, ce qui est l'essence même d'une APP qui réunit des représentants de 105 pays et qui est la deuxième plus grande assemblée interparlementaire du monde et associe plus de la moitié des pays ayant un siège aux Nations Unies.
Pourquoi des résolutions d’urgence sur le Sahel et sur le changement climatique ?
Cette décision du Bureau de l’APP découle de la perception que la situation de stabilité, de sécurité et de démocratie en Afrique de l'Ouest et au Sahel, en plus d'être complexe pour les territoires concernés, présente un potentiel de contamination qu'il faut comprendre afin de pouvoir le contrer et aider à le résoudre, et que la situation de vulnérabilité des petits États insulaires en développement face au changement climatique et aux catastrophes naturelles doit être mise à l'ordre du jour dans les priorités mondiales d'atténuation des effets du réchauffement climatique et de protection des populations touchées.
Quels sont, à votre avis, la portée et le poids de l’Assemblée parlementaire paritaire ACP/UE à l’heure où le partenariat de l’UE avec l’Afrique semble avoir la primauté (EUROPE 12894/1 12889/7) ?
La dimension parlementaire donne de la profondeur et une légitimité plus démocratique au partenariat stratégique, constitue également un vecteur d'ouverture à la diversité des débats et des opinions et à une plus grande participation de la société civile à sa mise en œuvre. Les forums des femmes et des jeunes, qui feront partie de la future programmation institutionnelle de l'APP, approfondissent cette dimension d'ouverture, de diversité et de participation de la société civile à la mise en œuvre du partenariat.
L’Accord post-Cotonou entre l’UE et l’organisation des États ACP (OEACP) n’a pas encore été signé par la partie européenne (EUROPE 12859/26). Cela ne renforce-t-il pas l’impression d’un effacement des pays ACP dans l’agenda européen ?
La connaissance des circonstances qui ont conduit à reporter l'acte formel de finalisation réduit considérablement cette perception possible. Simultanément, certains des outils qui soutiendront le partenariat du côté européen ont été mis en œuvre, comme l'instrument financier 'Global Europe' du budget de l'UE, ce qui rend le retard de l'acte de finalisation important, mais pas décisif pour le succès futur de l'accord.