Un haut responsable (senior official) du Département américain du Trésor a estimé, mercredi 30 mars, que les prochaines sanctions internationales à l’encontre de la Russie pourraient toucher le secteur militaro-industriel et ses chaînes d’approvisionnement.
« Il faut s'intéresser à certains secteurs de l'économie, à ce qui est lié au complexe militaro-industriel, en s'attaquant aux entreprises, mais aussi à leurs principaux fournisseurs. Nous nous intéressons donc à leurs chaînes d'approvisionnement », a annoncé ce responsable à quelques journalistes, dont EUROPE, à l’occasion d’une visite à Bruxelles du secrétaire adjoint américain au Trésor, Wally Adeyemo (EUROPE 12921/7).
Selon ce responsable, l’objectif est de frustrer les Russes et de les empêcher d'être en mesure non seulement de mener la guerre en Ukraine, mais aussi de projeter leur puissance à l'avenir.
Selon le Wall Street Journal, l’UE envisage de son côté de prendre des mesures à l’encontre des quatre banques non sanctionnées qui ont été retirées de Swift.
Le responsable du Trésor américain a expliqué que les sanctions ont « forcé le Kremlin à faire un choix entre le soutien de son économie nationale et le financement de l'effort de guerre ». « Et ce que nous voulons faire, c'est rendre ce choix plus difficile chaque jour », a-t-il prévenu, ajoutant que l’objectif est de faire en sorte que les Russes dépensent leurs ressources et les réduisent afin d'en avoir moins à dépenser pour la guerre.
Interrogée sur la levée des sanctions, cette source a précisé que toute décision à ce sujet - une fois que l’attaque russe aura pris fin et que les troupes russes se seront retirées de façon vérifiable - serait prise de la même manière que celle de les mettre en place, c’est-à-dire en concertation avec les partenaires et les Ukrainiens.
Au-delà de l'adoption de nouvelles mesures, les membres du G7 veulent travailler pour éviter le contournement des mesures déjà adoptées. « Nous travaillons ensemble pour étudier les moyens par lesquels l'État russe tentera d'échapper à nos sanctions en utilisant des moyens traditionnels, comme les institutions financières et les intermédiaires, mais aussi des moyens non traditionnels comme les cryptomonnaies, etc. », a annoncé cette source américaine, qui a prévenu que, si une personne, une entreprise ou une institution financière cherchait à aider la Russie ou un oligarque sanctionné, des mesures seraient prises à son encontre pour la tenir pour responsable.
Interrogé sur le comportement de la Chine, ce responsable américain a expliqué que, bien qu'elle puisse fournir certains produits à la Russie, l’idée qu’elle puisse compenser ce que les partenaires et alliés ne fournissent plus à Moscou n’était pas réaliste. « Les Russes le savent et les Chinois le savent », a-t-il précisé. Il a rappelé, par exemple, que la Chine n’avait pas réussi a construire des semi-conducteurs plus sophistiqués malgré les milliards de dollars dépensés.
De plus, selon cette source américaine, les entreprises chinoises, qu’elles soient ou non publiques, ne sont pas intéressées par la violation des sanctions, car « elles font des affaires dans l'espace mondial et elles veulent s'assurer qu'elles sont en mesure de continuer à le faire sans violer les règles ».
Ce responsable est également revenu sur l’entretien entre M. Adeyemo et la commissaire Mairead McGuinness, la veille, expliquant qu’avant même l’invasion russe, l’UE et les États-Unis avaient la volonté de dialoguer sur les sanctions. « Agir de manière multilatérale rend nos sanctions beaucoup plus efficaces, à la fois sur le plan économique et sur le plan politique », a-t-il expliqué. « Il était important d'avoir un dialogue où nous discutons de la façon dont nous pouvons mieux harmoniser nos règlements existants pour appliquer des sanctions et parler de la façon dont nous pouvons aller de l'avant », a-t-il ajouté. (Camille-Cerise Gessant)