En demandant « l’expulsion immédiate de la Fédération de Russie d’un Conseil de l’Europe où elle n’a pas sa place », Denys Chmyhal, le Premier ministre ukrainien, est allé droit au but face à l’assemblée parlementaire de l’organisation, réunie en plénière extraordinaire ces lundi et mardi.
« L’Ukraine est en feu » et « la communauté internationale doit réagir », a-t-il martelé, avant d’appeler, comme l’a fait à maintes reprises le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, à la sécurisation du ciel ukrainien, « également pour préserver la sécurité européenne » .
L’assemblée s’est levée comme un seul homme pour applaudir l’orateur en visioconférence, ce qui, comme l’a souligné son président, Tiny Kox, « n’est pas dans son habitude ».
Cette unanimité rare augure, nul n’en doute plus, de celle qui prévaudra demain soir lors du vote à l’assemblée.
L’enjeu en sera la proposition d’exclure la Russie du Conseil de l’Europe.
L’assemblée va en discuter durant deux jours ; l’avis qu’elle adoptera sera consultatif et non contraignant, car la décision finale revient au seul Comité des 46 ministres des Affaires étrangères du Conseil de l’Europe qui, lui, se réunira le 17 mars.
Le 25 février, dès le lendemain de la guerre lancée par Vladimir Poutine, il avait décidé de suspendre la Russie de ses droits de représentation avec effet immédiat. En clair, il l’a interdite de séjour au sein de tous ses organes statutaires, mais sans aller jusqu’à la prier purement et simplement de sortir.
C’est cette ultime étape qui est en question cette semaine et il est important que tous les organes du Conseil de l’Europe soient unanimes sur une décision d’exclusion qui serait une première dans l’histoire de la plus ancienne et la plus vaste des organisations paneuropéennes, créée à Strasbourg en 1949.
S’exprimant après le Premier ministre ukrainien, l’Italien Benedetto Della Vedova, sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères, a souligné, au nom du Comité des ministres, combien cette coordination étroite était essentielle. « Il faut que le Conseil de l’Europe s’exprime d’une seule voix devant l’abomination de cette guerre », en gardant en tête que « l’objectif ultime doit être la sauvegarde des idéaux de paix et de justice, qui sont les fondements de notre organisation ».
« Si nous sortons unis, elle en sera renforcée », a déclaré pour sa part Marija Pejčinović Burić, Secrétaire générale du Conseil de l'Europe.
« Un message clair sera un message fort pour le multilatéralisme et pour une meilleure Europe », a-t-elle ajouté.
Quant à Tiny Kox, il a déclaré ce lundi matin, en ouverture de cette session extraordinaire, qu’en « franchissant illégalement la frontière avec l’Ukraine, la Fédération de Russie avait également franchi la ligne rouge du Conseil de l’Europe. Le rapport et les recommandations qui seront débattus et votés demain sont en préparation au sein de la commission des affaires politiques de l’assemblée et la liste des orateurs n'a jamais été aussi longue ». Il s’agira d’une journée « d’une importance cruciale », dédiée à « une décision jamais demandée à l’assemblée ».
Les heures de la Russie au sein de la « maison commune européenne » prônée par Mikhaïl Gorbatchev en juillet 1989 devant l’hémicycle du Conseil de l’Europe semblent définitivement comptées. (Véronique Leblanc)