La Commission européenne a initié, mercredi 24 novembre, l'exercice 2022 de coordination européenne des politiques économiques, budgétaires et sociales, dans un contexte marqué par une reprise économique solide, malgré plusieurs incertitudes telles que l'impact de la pandémie de Covid-19.
Basé sur les prévisions économiques d'automne, qui anticipent une croissance de 5% du PIB dans la zone euro et l'Union européenne (EUROPE 12831/17), le paquet budgétaire du 'Semestre européen' énonce les grandes orientations socioéconomiques de la Commission européenne : maintenir une position budgétaire modérément expansionniste en 2022, stimuler l'investissement public en faveur des transitions écologique et numérique en mettant à profit le Plan de relance européen Next Generation EU, mieux se préparer aux chocs macroéconomiques à venir.
L'économie rebondit grâce à la reprise de la consommation, mais « nous ne sommes pas encore sortis du bois », a estimé le vice-président exécutif de l'institution de l'UE, Valdis Dombrovskis, citant comme « risques baissiers » la propagation du virus de la Covid-19. Le commissaire à l'Économie, Paolo Gentiloni, a fait état de « vents contraires » croissants qui appellent à une « vigilance » accrue. Mais, selon lui, toutes nouvelles restrictions sanitaires ne déboucheront pas sur une situation comparable à celle vécue au printemps 2020.
Afin de créer des synergies et d'éviter des doublons, la Facilité de relance et de résilience (RRF), l'instrument budgétaire au cœur de Next Generation EU, a été intégrée au processus du 'Semestre européen'.
Le Plan de relance européen facilite le passage des mesures budgétaires nécessaires pour affronter l'urgence sanitaire et économique vers des mesures stimulant la croissance à long terme. Les subventions publiques qu'il fournit contribuent nettement au maintien de l'investissement public, pour une part supérieure à 1% dans quatre pays de l'UE, sans détériorer leurs finances publiques. À ce titre, la Commission se félicite que, contrairement à la crise financière de 2008, l'investissement public sera, en 2022, supérieur à son niveau d'avant-pandémie.
Voir l'examen annuel de la croissance pour 2022 : https://bit.ly/3DSOWN4
Recommandation pour la zone euro. Au niveau de la zone euro, l'orientation budgétaire doit demeurer expansionniste en 2022 (1,0% du PIB), même si à un niveau modéré par rapport à 2021 (1,75%), préconise l'institution de l'UE dans son projet de recommandations spécifiques aux dix-neuf pays ayant adopté la monnaie unique.
« Modérément expansionniste ne signifie pas un resserrement, cela signifie un ciblage du soutien » à l'économie, a précisé M. Gentiloni. Il a évoqué « le défi » qui consiste à résorber progressivement la dette - anticipée à hauteur de 100% du PIB en 2021 et de 97% en 2022 - pour placer les finances publiques sur une trajectoire soutenable à moyen terme sans casser la croissance.
Voir le projet de recommandation : https://bit.ly/3reFhN0
Projets de budget pour 2022. Au déclenchement de la pandémie, les règles budgétaires européennes ont été de facto gelées afin de faire face à l'urgence. Cette situation, qui perdurera jusqu'à fin 2022, est prise en compte dans l'analyse des projets de budget pour 2022 que les pays de la zone euro (sauf le Portugal) ont transmis à la mi-octobre à la Commission. Celle-ci a ainsi adressé, mercredi, des orientations uniquement qualitatives sur les trajectoires budgétaires nationales.
Au printemps 2022, l'institution de l'UE adressera des recommandations spécifiques par pays en vue de la présentation, à l'automne suivant, des projets de budget pour 2023.
M. Gentiloni a fait part d'observations « positives » sur les dix-huit projets de budget nationaux analysés : - le maintien de l'investissement financé au niveau national ; - l'utilisation de la Facilité RRF par les pays très endettés pour soutenir la croissance ; - le maintien d'une politique expansionniste par les pays à endettement faible ou modéré.
Néanmoins, M. Gentiloni a appelé à une exécution prudente du budget afin de limiter la croissance des dépenses, surtout dans les pays où, comme en Italie, cette situation est combinée avec un haut niveau de dette publique.
Les dépenses budgétaires italiennes devraient être supérieures au niveau requis à hauteur de « 1,5% du PIB » : c'est « un montant plutôt significatif », a estimé un fonctionnaire européen, citant « les retraites » comme un des éléments de dépenses excessives.
« Dans le cas de l'Italie - et dans une moindre mesure de la Lettonie et de la Lituanie -, nous émettons une note de prudence quant à la croissance rapide des dépenses courantes nationales. En outre, compte tenu de leur niveau élevé d'endettement, il est important que la Belgique, la France, la Grèce, l'Italie et l'Espagne maintiennent des finances publiques viables », a renchéri M. Dombrovskis.
Compte tenu du gel du Pacte de stabilité et de croissance, aucun pays de la zone euro ne devra toutefois modifier son projet de budget pour 2022.
Plus d'informations sur les projets de budget nationaux : https://bit.ly/3CQ2MOT
Procédures pour déséquilibres macroéconomiques. Présenté mercredi, un rapport sur les déséquilibres macroéconomiques observés dans l'UE conclut que des bilans approfondis sont justifiés pour douze États membres : la Croatie, Chypre, la France, l'Allemagne, la Grèce, l'Irlande, l'Italie, les Pays-Bas, le Portugal, la Roumanie, l'Espagne et la Suède. Au sein de ce groupe, Chypre, la Grèce et l'Italie présentent des déséquilibres excessifs.
« Nous avons relevé une augmentation des dettes publique et privée, une flambée des prix immobiliers et de nouveaux 'goulets d'étranglement' sur le marché du travail », a observé M. Dombrovskis, pour qui la pandémie a stoppé la résorption des déséquilibres macroéconomiques.
Voir le rapport sur les déséquilibres macroéconomiques : https://bit.ly/3l7WR1v
Appliquer des politiques actives pour l'emploi. Selon le rapport conjoint sur l’emploi (‘Joint Employment Report’) édition 2022, publié le même jour, le marché de l’emploi de l’UE a bien résisté, malgré les tumultes socioéconomiques provoqués par la pandémie.
Ceci a été rendu possible en très grande partie grâce à des politiques actives aux niveaux national et européen et, en particulier, l’instrument SURE (EUROPE 12490/10) et l’initiative REACT-EU (EUROPE 12623/16), qui ont permis de soutenir massivement les régimes de chômage partiel ('short-time work').
La Commission s’inquiète toutefois que la part d’employés et d’entreprises soutenues par ces dispositifs se réduise progressivement.
Or, pour l'institution de l'UE, c’est prématuré. Au contraire, « il est essentiel que les États membres mettent immédiatement en œuvre des politiques actives du marché du travail », a souligné le commissaire européen à l’Emploi et aux Droits sociaux, Nicolas Schmit.
Car les défis sont nombreux, à commencer par la pénurie de main-d'œuvre, notamment dans le secteur de la construction, de la santé, des soins de longue durée, mais aussi dans le secteur informatique. Et malgré la reprise, l'emploi et le nombre total d'heures travaillées ne sont pas encore revenus aux niveaux observés à la fin de 2019, indique l’institution.
L’institution insiste donc sur la mise en œuvre de sa recommandation EASE de soutien actif efficace à l’emploi, présentée en début d'année en marge du plan d'action mettant en œuvre le socle européen des droits sociaux (EUROPE 12671/3).
Après avoir atteint 71,6% au deuxième trimestre 2020, le taux d'emploi s'est redressé pour atteindre 72,8% au deuxième trimestre 2021. Le taux de chômage était de 6,7% en septembre 2021 (un point plus bas qu’il y a un an). Avec 17,4% des jeunes européens au deuxième trimestre 2021, le taux de chômage reste particulièrement élevé.
Pour consulter le résumé (1) et le rapport complet (2) : (1) https://bit.ly/3CSL6C6 ; (2) https://bit.ly/3cLIThm
Grèce. Dans son douzième rapport de surveillance post-plan de sauvetage sur la Grèce, la Commission évalue de manière positive les efforts grecs en matière de réformes (privatisations, concurrence sur le marché de l'électricité).
Elle est d'avis que le rapport pourra servir de base à une décision de l'Eurogroupe d'octroyer un nouvel allègement du service de la dette publique grecque à hauteur de 767 millions d'euros.
Voir le rapport : https://bit.ly/3oXhtKZ
Roumanie. Enfin, la Commission recommande à la Roumanie de prendre de nouvelles mesures pour corriger son déficit excessif qui fait l'objet d'une procédure formelle. Elle n'a toutefois pas pris de nouvelles mesures vis-à-vis de Bucarest (EUROPE 12459/17). (Mathieu Bion et Pascal Hansens)