La chef de l’opposition biélorusse, Svetlana Tikhanovskaïa, a appelé l’Union européenne à faire plus pour aider le peuple biélorusse, mercredi 24 novembre, lors d’un discours solennel au Parlement européen.
« Il est déjà tard. L’UE aura-t-elle le courage d’agir maintenant ou devrons-nous attendre un an ? », s’est interrogé le Prix Sakharov 2020, tout en ajoutant que ni la Biélorussie ni l’Europe n'avaient un an devant elles. « On peut faire davantage qu’attendre et réagir », a-t-elle ajouté, soulignant que « les tyrans sont toujours encouragés par la passivité ».
« Pendant que l'Europe hésite, le temps passe pour ceux qui sont injustement emprisonnés, tués ou exilés. Le temps se mesure différemment pour les Biélorusses », a rappelé celle dont le mari est en prison.
L’opposante a comparé la dictature biélorusse à la pandémie de Covid-19. « Nous avons besoin de votre aide, on doit être plus proactif quand on fait face à un régime autocratique », a-t-elle estimé, mettant en avant trois mots clés : l’isolement, le traitement et l’immunité. Mme Tikhanovskaïa a donc appelé à l’isolement et à la non-reconnaissance du régime. « Européens, réveillez-vous et agissez conformément à vos paroles. Parlez haut et fort ! (...) Il faut entretenir la politique de non-reconnaissance, qui devrait être cohérente », a-t-elle lancé.
En termes de traitement, Mme Tikhanovskaïa prescrit « de contrer le régime et de limiter l’accès aux ressources ». Selon elle, « les sanctions fonctionnent bel et bien ; maintenir une politique cohérente de sanctions est essentiel ». Elle a expliqué que ces mesures divisaient l’entourage de Loukachenko. L'opposante a souhaité que l’UE prenne des initiatives pour que la justice internationale se penche sur la situation biélorusse.
Enfin, Mme Tikhanovskaïa a appelé à renforcer la résistance naturelle de la société biélorusse. Pour cela, elle a demandé à l’UE d’avoir une approche « non conventionnelle » pour atteindre la société civile biélorusse sur le terrain. « Les gens doivent sentir qu’on ne les abandonne pas », a plaidé l'opposante. Mme Tikhanovskaïa a rappelé que 882 Biélorusses étaient en prison « pour avoir exprimé leurs droits fondamentaux », soit plus que le nombre de députés européens. Elle a aussi appelé à ce que les Biélorusses ayant dû fuir leur pays soient également aidés.
L'opposante a également plaidé pour qu'une voix soit donnée aux Biélorusses, souhaitant que les forces démocratiques soit invitées à tous les forums internationaux, « notamment le sommet du Partenariat oriental », prévu le 15 décembre.
« La démocratie, ce sont de belles paroles, mais aussi de petits gestes », a-t-elle rappelé. Et de souligner que : « Notre lutte pour la liberté est aussi votre lutte pour la liberté. Ce n’est qu’en nous tenant debouts les uns avec les autres que l’on donnera une chance de survie à la démocratie dans ce monde ». (Camille-Cerise Gessant)