Europol, l'agence de l'UE pour la coopération policière, est censée soutenir les États membres dans la lutte contre le trafic de migrants, mais ne peut pourtant toujours pas accéder aux bases de données criminelles pertinentes ni utiliser pleinement les sources d'information externes pour faire ce travail, a conclu, jeudi 30 septembre, la Cour des comptes européenne (ECA) dans un rapport publié au lendemain de la présentation par la Commission d’une nouvelle stratégie contre les passeurs (EUROPE 12801/1).
« En tant que centre d'échange d'informations, Europol doit pouvoir accéder à toutes les sources de données pertinentes et être à même de les utiliser systématiquement. Or, ce n'est pas le cas pour l'instant. Nous espérons que notre audit sera pris en considération dans le cadre du réexamen en cours du règlement Europol », a indiqué la Cour dans un communiqué.
Selon les estimations d'Europol, environ 90% des personnes traversant illégalement les frontières de l'UE ont recours à des passeurs, généralement des groupes criminels pratiquant d'autres formes de criminalité, comme la fraude aux documents d'identité ou la traite des êtres humains.
Europol fait office depuis 2016 de centre de coordination et d'échange d'informations à travers un centre européen chargé de lutter contre le trafic de migrants, qui dépend du Centre européen de lutte contre la grande criminalité organisée et reçoit un budget de 10 millions d’euros par an.
Et « la valeur du service fourni est largement tributaire de l'intensité avec laquelle ses partenaires échangent des informations avec elle. À cet égard, les auditeurs relèvent un degré d'engagement variable des États membres et constatent que les données communiquées sont parfois incomplètes », note la Cour. Les États membres ont par ailleurs parfois des difficultés à rentrer les données dans les canaux dédiés d’Europol comme le SIENA ('application de réseau d'échange sécurisé d'informations') et se découragent devant le « fardeau administratif ».
Par ailleurs, Europol a eu des difficultés à négocier des accords internationaux avec des pays tiers prioritaires pour obtenir l'accès aux données opérationnelles des enquêtes criminelles menées dans les pays d'origine et de transit et n'a pas été en mesure de rassembler et d'analyser directement les informations provenant de parties privées pour s'acquitter de ses tâches, ajoute la Cour.
Europol est également confrontée à des difficultés dans l'échange de données avec d'autres agences de l'UE, comme Frontex.
La Cour espère donc que la réforme en cours d’Europol (le Conseil de l'UE a déjà le mandat et le PE pourrait adopter le sien à la mi-octobre) permettra de remédier à ces lacunes.
Lien vers le rapport : https://bit.ly/2ZPwOVf (Solenn Paulic)