La hausse observée de l'inflation demeure « largement temporaire », de telle sorte que notre scénario de base, selon lequel la hausse des prix restera inférieure à notre objectif de 2%, continue d'être valide, a déclaré la présidente de la BCE, Christine Lagarde, lundi 27 septembre, lors d'un dialogue monétaire au Parlement européen.
Mme Lagarde a attribué la hausse actuelle à plusieurs facteurs tels que l'augmentation des prix énergétiques ou les problèmes de pénuries d'équipement et de matières premières. Elle n'a pas écarté la possibilité que ces pénuries se prolongent courant 2022 et que l'inflation élevée déclenche des revendications salariales. « Mais, jusqu'à présent, nous voyons peu de signes de matérialisation de ce risque », a-t-elle indiqué.
Début septembre, l'Institut de Francfort a revu à la hausse ses projections d'inflation par rapport à juin, prévoyant désormais une trajectoire de 2,2% en 2021, de 1,7% en 2022 et de 1,5% en 2023 (contre 1,9%, 1,5% et 1,4%) (EUROPE 12787/1). Elle affinera en décembre sa stratégie de sortie, après mars 2022, pour l'opération 'PEPP' de rachat massif de titres, après avoir ralenti modérément le rythme d'achats.
À Michiel Hoogeven (CRE, néerlandais) qui l'interrogeait sur la hausse des prix de l'immobilier, l'ancienne directrice du FMI a reconnu le besoin de mieux intégrer à long terme cette dimension dans le calcul de la trajectoire d'inflation. « Disposer de coûts d'emprunt accessibles grâce à la BCE a clairement un impact positif », a-t-elle considéré.
Par ailleurs, Mme Lagarde a exposé aux eurodéputés la stratégie révisée de politique monétaire de la BCE agréée en juillet et notamment les trois conditions cumulatives qui mèneront à une hausse des taux directeurs de l'institut monétaire (EUROPE 12767/16). Contrairement à la FED américaine, « nous ne nous référons pas à une moyenne » en matière d'inflation, mais à « trois conditions », a-t-elle admis, en réponse à une question de Jonás Fernández (S&D, espagnol).
Ernest Urtasun (Verts/ALE, espagnol) s'est inquiété d'un décalage entre les mesures déjà prises par la BCE en faveur du climat et l'urgence que décrivent les résultats de son récent stress test climatique (EUROPE 12797/16). Dans combien de temps allez-vous abandonner cette politique de la neutralité dans l'achat de titres d'entreprises privées ? - a-t-il interrogé.
« Nous avons déjà parcouru un long chemin. Nous n'en sommes pas à la fin. Nous respectons notre calendrier. Nous obtiendrons des résultats », a assuré Mme Lagarde.
Bâle III. Interrogée sur la transposition de l'accord 'Bâle III' sur les exigences prudentielles bancaires dans le droit de l'UE, Mme Lagarde a enfin estimé qu'il était temps de finaliser ce chantier. Gagner encore du temps ou essayer de modifier les règles ne constitue « pas un facteur de stabilité », a-t-elle estimé. (Mathieu Bion)