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Bulletin Quotidien Europe N° 12760
POLITIQUES SECTORIELLES / Espace

L’espace devient « un territoire », selon André-Hubert Roussel, président exécutif d’ArianeGroup

L’espace passe peu à peu d'une logique de « trajectoire » à une logique de « territoire » dans laquelle l'Union européenne doit se positionner, selon André-Hubert Roussel, président exécutif d'ArianeGroup, lors d’un échange avec un groupe de journalistes, vendredi 9 juillet, dans les locaux d'ArianeGroup près de Paris, aux côtés de Stéphane Israël, président-directeur général d’Arianespace.

Face à une concurrence internationale de plus en plus agressive dans le domaine des lanceurs spatiaux, issue notamment d'outre-Atlantique avec l'emblématique SpaceX, les deux hommes ont martelé un même message : l’Union doit se doter d’une réelle ambition politique pour soutenir le secteur spatial européen, faute de quoi elle risquerait d’hypothéquer sa souveraineté à terme.

« Je crois fermement que SpaceX est un instrument de la domination spatiale américaine contre la Chine, en particulier », a confié M. Roussel aux journalistes. Il a insisté sur le rôle clé des États dans le jeu diplomatique multilatéral pour contrebalancer la domination d’un acteur. Et d'ajouter : « Nous ne voulons pas être dépendants des États-Unis ou de la Chine pour accéder à l'espace ».

La concurrence est déloyale, rappellent les deux hommes. Le gouvernement américain mène une politique de soutien en faveur de son secteur par le biais du ‘Buy American Act’, qui impose l’achat de biens produits sur le territoire américain pour les achats directs réalisés par le gouvernement fédéral américain.

Une concurrence déloyale

« On n’a pas de Buy European Act », a ainsi regretté M. Roussel. Il note toutefois certaines dispositions prévues dans le nouveau règlement du programme spatial, entrée en vigueur récemment (EUROPE 12726/10).

« La grande différence est que la NASA et le Dod (le ministère de la Défense américaine – NDLR) achètent des contrats de 10 ou de 7 ans. L'année dernière, le ministère américain de la Défense a attribué des contrats pour 34 lanceurs », a-t-il ainsi illustré.

Stéphane Israël, pour sa part, a expliqué que le gouvernement américain a limté l'attribution des lancements à deux fournisseurs afin de les rendre plus robustes, notamment à l'exportation. En outre, il a rappelé que le prix moyen estimé d’un lanceur de SpaceX dans cette commande publique est de 160 millions de dollars. Or, « ce prix n'a absolument rien à voir avec le prix proposé aux clients commerciaux (les prix commerciaux restent secrets, mais sont bien en-deçà de 160 millions de dollars - NDLR). Le lancement d'un Falcon Heavy en 2022 a même été attribué pour 316 millions de dollars », a-t-il souligné.

« Il y a donc une nette divergence sur le marché international, que la Commission, en tant que premier client institutionnel, veut rééquilibrer », a indiqué le président exécutif d’ArianeGroup. Il s'est référé notamment aux engagements d'agrégation des commandes du commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton, en lien avec la future constellation européenne pour une connectivité sécurisée (EUROPE 12743/5).

Réduction des coûts 

L’autre objectif est de réduire drastiquement les coûts des lanceurs en rationalisant leur construction et en les rendant modulables (les boosters d’Ariane 6 étant le premier étage du petit lanceur Vega C).

Le futur lanceur Ariane 6 devrait ainsi coûter 40% moins cher qu’Ariane 5. Sa production et son assemblage seront rationalisés : l’assemblage à Kourou (le centre spatial guyanais) devrait être réduit à moins de 10 jours, contre 30 actuellement.

L’objectif est de pouvoir rapidement atteindre une production de 12 lanceurs européens par an. Toutefois, l'exploitation précise des deux lanceurs doit être discutée lors d’une réunion de l’Agence spatiale européenne, mardi 13 juillet.

Sur le moyen terme, ArianeGroup est en train de développer un moteur Prometheus, pour partie imprimé en 3D, qui devrait être sur le banc d’essai fin 2021. Ce moteur devrait équiper le futur démonstrateur européen d’étage réutilisable Themis. La mise en service est prévue pour la fin de cette décennie.

Alliance des lanceurs européens

Interrogé par EUROPE sur les résultats de la première réunion entre les industriels du secteur spatial et le commissaire au Marché intérieur (EUROPE 12756/21), Stephane Israël a estimé qu’il s’agissait d’une « première étape » positive, mais qui en nécessiterait d'autres.

Pour ce dernier, la constellation 'connectivité sécurisée' a un rôle à jouer pour étoffer le carnet de commandes publiques. Sondé sur la manière d’obtenir de nouveaux financements, M. Israël a fondé ses espoirs, notamment, sur la réunion ministérielle de l’Agence spatiale européenne (ESA) en 2022 (EUROPE 12735/9) et sur un élargissement progressif de la demande du marché.

Le besoin de règles internationales

 « Nous sommes au tout début d'une nouvelle ère spatiale », a renchéri de son côté André-Hubert Roussel, qui s’attend à voir une expansion de l’activité économique et de défense dans le secteur.

Avant d’ajouter : « En fait, l'espace est en train de devenir un territoire, comme les océans ou l'Amérique, qui est devenue à un moment donné un nouveau territoire, où il faut avoir des transporteurs. Nous sommes des transporteurs dans l'espace ».

Alors que l’activité spatiale est en train d’exploser avec le déploiement de vastes constellations en orbite basse (42 000 satellites pour l’Américain Starlink, 600 satellites pour l’anglo-indien OneWeb, plus de 3 200 satellites pour Amazon…), le besoin d’avoir un suivi des objets en orbite et d’organiser le trafic sur les orbites devient de plus en plus impérieux.

« Si vous avez des milliers de véhicules (en orbite), vous devez les organiser ! », a souligné M. Roussel. Il a expliqué que le secteur spatial était confronté à la même évolution qu’avait connue le secteur automobile. « Au début, il n’y avait pas de panneaux 'stop' ni de feux rouges ».

ArianeGroup s’est ainsi doté d’un système de surveillance de l’espace, couplé au catalogue public d’objets américain. Le groupe est, à ce titre, en train d’étoffer son réseau pour faire un suivi plus détaillé des objets en orbite.

Il a été désigné pour coordonner un consortium de 24 partenaires dans le cadre du projet SAURON, qui vise à développer des capteurs pour caractériser et identifier les satellites en orbite (EUROPE 12752/26). (Pascal Hansens)

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