Le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a annoncé, lundi 12 juillet, à l’issue du Conseil 'Affaires étrangères', un consensus politique entre les ministres sur la création d’un régime de sanctions à l’encontre de dirigeants libanais accusés d’attentisme.
« Les Libanais ont besoin d'un gouvernement (…) qui mette en œuvre des réformes et qui garantisse les intérêts de la population. Les ministres sont parvenus à un accord politique sur la nécessité d'établir un régime de sanctions contre les responsables » de l’immobilisme actuel, a expliqué le Haut Représentant, s'étonnant que les Européens soient plus inquiets concernant la situation politique libanaise que les dirigeants libanais eux-mêmes.
Selon M. Borrell, l’objectif est d’adopter ce régime d’ici la fin du mois de juillet, soit moins d’un an après la terrible explosion du port de Beyrouth, le 4 août dernier. Il a promis que le régime de sanctions serait « équilibré » et qu’il ne ciblerait « aucune communauté, mais des attitudes ».
Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a estimé que ce cadre juridique serait « un outil de pression sur les autorités libanaises pour qu’elles avancent dans la composition du gouvernement, qui est une impérieuse nécessité et dans la mise en œuvre des reformes qu’attend ce pays ». « Le Liban est un pays qui est en train de s’autodétruire depuis plusieurs mois, mais là, maintenant, il y a une situation d’urgence majeure pour une population qui est dans la détresse », a-t-il prévenu.
De son côté, le Luxembourgeois Jean Asselborn, s’il s’est refusé à « être le professeur de ce que le Liban doit faire », a souligné qu’il était impossible que le pays continue ainsi. « L’UE est là pour aider et encourager ceux qui veulent mettre le Liban sur un autre rail », a-t-il ajouté.
En parallèle du Conseil, devant la sous-commission des Droits de l’homme du Parlement européen, le chercheur et professeur à l’université Saint-Joseph de Beyrouth, Karim Émile Bitar, a expliqué que « la majorité des citoyens (libanais) estime qu’il est temps de changer d’attitude vis-à-vis de cette classe politique », qu’il a qualifiée de « banquocratie » et de corrompue. « Le temps est venu de changer de paradigme, de se montrer beaucoup plus sévère », a-t-il ajouté, estimant que le seul moyen de sortir de la crise était de faire davantage pression sur la classe politique.
« Ces sanctions, pour être crédibles, doivent viser les deux camps de l’échiquier politique », a-t-il prévenu, sous-entendant les politiciens alignés sur la Syrie et l’Iran et ceux proches de l’Arabie saoudite et des États-Unis.
M. Bitar a rappelé que 30% des enfants libanais allaient se coucher sans avoir pu manger. « Plus de 55% de la population libanaise vit en dessous du seuil de pauvreté, chiffre qui a doublé depuis 2019 », selon la Banque mondiale et l’ONU, a-t-il ajouté, rappelant que l’extrême pauvreté avait triplé. (Camille-Cerise Gessant)