La commissaire européenne aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, s'est dite « prête à envisager une suspension » du régime de facilitation des visas dont dispose la Biélorussie « en réaction aux arrivées de migrants en Lituanie depuis ce pays », lundi 12 juillet, devant les commissions des Affaires intérieures (LIBE) et des Affaires extérieures (AFET) du Parlement européen, réunies en séance commune.
Même si la Commission souhaite « que des contacts soient gardés avec la population biélorusse », a dit la commissaire, cette suspension pourrait être envisagée face aux agissements de Minsk, la situation en Lituanie étant « sérieuse » et se « détériorant de jour en jour ». Les ministres des Affaires étrangères devaient aussi en discuter ce 12 juillet.
La Commission est également prête à mobiliser des instruments financiers et pourrait mettre 10 millions d’euros à disposition de Vilnius en août.
« On condamne » ces actes regrettables de la Biélorussie, a encore dit la commissaire, qui a indiqué que la plupart des migrants franchissant la frontière entre les deux pays sont originaires d’Irak et arrivent en Biélorussie via des vols depuis Istanbul ou Bagdad. « Il y a plusieurs vols par jour », a ajouté la commissaire, qui a aussi mentionné l’exemple récent de migrants étant arrivés en Lituanie « dans un taxi Uber ». Ils y déposent ensuite une demande d’asile. Mme Johansson a également cité des ressortissants venus de République démocratique du Congo ou de la République du Congo.
De son côté, la ministre de l’Intérieur lituanienne, Agnė Bilotaitė, a expliqué aux élus que 1 660 personnes étaient arrivées en 2021, « soit 32 fois plus qu’en 2020 et 45 fois plus qu’en 2019 ». « Juillet a été particulièrement inquiétant, avec des arrivées sur une journée équivalentes à l’ensemble des arrivées de 2020 et 2019 », 81 migrants étant arrivés en 2020.
La ministre, qui a dénoncé l’utilisation par Minsk de la question migratoire, a également détaillé l’aide apportée par l’UE et Frontex, qui met à disposition 30 agents. Le Bureau européen d’appui à l’Asile devrait mettre à disposition jusqu’à 90 experts.
La commissaire a par ailleurs indiqué que 2 hélicoptères et des voitures de patrouille supplémentaires avaient été mobilisés.
Présent également à cette audition, le directeur de Frontex, Fabrice Leggeri, a confirmé « le pic au début juillet », avec 800 personnes arrivées sur la première semaine. « C’est clairement le signe d’une intensification de la situation ». Les nationalités ont également changé, avec des personnes venant aussi de « Gambie, de Guinée et du Sénégal », a-t-il noté. Frontex augmentera encore ses effectifs sur place.
« C’est clairement une opération orchestrée par le pouvoir biélorusse », a réagi l’élue Renew Europe française Fabienne Keller, jugeant « monstrueuse » l’utilisation des migrants par le pouvoir biélorusse.
L’élue Tineke Strik (Verts/ALE, néerlandaise) a également condamné les actions de la Biélorussie et a apporté son soutien à la Lituanie. « Cela confirme toutes les critiques que nous avons émises » contre le régime de Minsk, a-t-elle estimé, en ajoutant : « mais, d’un autre côté, il est extrêmement important que les mesures prises aux frontières extérieures ne mettent pas en péril le droit des personnes qui ont besoin de protection (...) Il faut que l’on assure le respect des droits fondamentaux et il faut tirer les leçons de ce qui s’est passé (en février 2020) à la frontière entre la Grèce et la Turquie, quand nous avions eu des informations de violations des droits de l’Homme ». (Solenn Paulic)