La Commission européenne dessine peu à peu les contours de la constellation pour la connectivité sécurisée (‘secure connectivity constellation’), selon un document interne consulté par EUROPE, mercredi 16 juin.
Ce document, qui fait un état des lieux des réflexions sur le projet spatial européen (EUROPE 12634/9), repose entre autres sur la première partie de la première étude remise à la Commission européenne par des acteurs importants du secteur spatial (Airbus, Arianespace, Eutelsat, Hispasat, OHB, Orange, SES, Telespazio et Thales Alenia Space), mais aussi sur d’autres études ainsi que sur des échanges avec les États membres.
Parmi les grands principes envisagés, la constellation serait multiorbitale (orbite basse, orbite moyenne et orbite géostationnaire) et couvrirait l’Europe ainsi que les zones stratégiques comme l’Arctique. La constellation serait évolutive et reposerait sur des structures déjà existantes. Elle intègrerait GovSatCom et EuroQCI (réseau européen de communication quantique). Ce serait un partenariat public-privé.
La constellation couvrirait les communications sécurisées institutionnelles et gouvernementales, la gestion des infrastructures (aériennes, ferroviaires, routières, etc.), renforcerait le réseau Galileo. Elle pourrait aussi jouer un rôle dans la gestion de crise et la surveillance (frontières, surveillance maritime ou de la région arctique et, bien sûr, la surveillance de l’espace).
Concernant le volet commercial, la constellation intègrerait la 5G et la 6G et pourrait avoir des applications pour la mobilité autonome, la santé numérique, la connectivité durant les vols et dans les zones maritimes et l’internet des objets.
Quatre scénarios
Ainsi, quatre scénarios sont sur la table, tous combinant une solution multiorbitale, les ajustements se faisant sur le réseau de satellites en orbite basse. Un premier scénario prévoit une constellation de 80 satellites de 700kg (Small LEO scenario). Un deuxième scénario (‘Pivot’ Large LEO scenario) repose sur une constellation de 200 satellites de 700kg.
Un troisième scénario (‘Pivot’ very large LEO scenario) comprend 200 satellites de 700kg en orbite basse et plus 1 000 satellites de plus petite dimension, de 350 kg. Enfin, le quatrième scénario (‘Pivot’ 5G mobile scenario) comprend 200 satellites de 700kg et 440 satellites dédiés à la 5G.
Tous les scénarios répondraient à 100% aux demandes gouvernementales pour la période allant de 2025 à 2040. En revanche, les demandes commerciales ne seraient que partiellement couvertes.
Ainsi, le premier scénario couvrirait 28% de la demande commerciale sur la période 2025 à 2030 et seulement 4% pour la période entre 2030 et 2040. Les deux scénarios les plus adaptés à la demande commerciale sont le troisième et le quatrième, le troisième étant le plus couvrant, étant donné qu'il répondrait à 67% des besoins commerciaux pour la période 2030-2040.
Le déploiement de la constellation se ferait en trois étapes. Une première étape, en 2022, reposerait sur les structures existantes. Puis, en 2024, serait lancée la deuxième étape, qui serait centrée sur les communications gouvernementales. Enfin, la troisième étape serait consacrée aux besoins du marché.
L'étude a amorcé sa deuxième phase et visera à préciser le fonctionnement de la constellation et son articulation avec le programme spatial de l’UE et, surtout, cherchera à faire une première estimation du coût du projet.
Le budget initial envisagé était de 6 milliards d’euros (EUROPE 12640/22). Mais les scénarios les plus ambitieux seraient d’un budget certainement très supérieur. Une deuxième étude, centrée sur de plus petits acteurs (notamment les start-up), d'une durée de 6 mois, devrait être lancée dans les jours à venir. (Pascal Hansens)