Le rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des Droits de l’homme en Birmanie, Tom Andrews, a appelé la communauté internationale, mercredi 16 juin, à adopter des sanctions supplémentaires à l’encontre de la junte militaire birmane, dénonçant la situation des droits de l’homme dans le pays.
En plus de se mettre d'accord sur un embargo sur les armes et les technologies à double usage, « nous devons avoir un régime de sanctions coordonné sur le pétrole et le gaz », a-t-il estimé lors d’une audition au Parlement européen.
« 70% des revenus de la Birmanie proviennent du pétrole et du gaz, c’est là que se trouve le nerf de la guerre et qu’il faut être présent et réagir », a confirmé Ben Hardman, de EarthRights International.
Rappelant qu’il y aurait des oppositions au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies, ce qui pourrait empêcher l’adoption d’un régime de sanctions au niveau mondial, le rapporteur de l’ONU a estimé qu’il était d’autant plus nécessaire que ceux qui sont en faveur de sanctions se mettent d’accord.
Si le sort de la Birmanie est entre les mains de la population birmane, celle-ci ne peut réussir sans le soutien de la communauté internationale, a expliqué M. Andrews. Selon lui, l'adoption de mesures par la communauté internationale montrerait à la population qu’elle n’est pas seule, lui donnerait de l’espoir et éviterait qu’elle se radicalise et qu’une guerre civile éclate.
La population boycotte tout ce qui soutient la junte et la communauté internationale doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour couper les sources de revenus et l’approvisionnement en armes de la junte, a expliqué le rapporteur. Selon lui, « la junte identifie le militaire comme sa principale force, nous y voyons une vulnérabilité, car il faut des sommes colossales pour approvisionner cette armée ».
Stefano Fontaroni, du bureau ‘Birmanie’ du Service européen pour l’action extérieure, a souligné que le Conseil travaillait actuellement à des sanctions économiques sectorielles. L'UE a déjà des mesures à l'encontre de 35 personnes et deux conglomérats contrôlés par l’armée birmane (EUROPE 12701/4).
Le rapporteur de l’ONU a aussi encouragé l’UE à coopérer avec le gouvernement d’unité nationale birman, qui est, selon lui, une excellente source d’information, notamment pour la fourniture d’aide humanitaire. Et si l’UE n’est pas prête à reconnaître formellement ce gouvernement, il pourrait faire une reconnaissance fonctionnelle, a ajouté M. Andrews.
Selon Maung Moe, journaliste birman, l’intervention d’une autre armée est la « seule façon de mettre un terme aux atrocités de la junte ».
« Plus la junte se maintient au pouvoir, plus les perspectives du pays deviennent sombres », a prévenu M. Andrews. Selon lui, depuis le coup d'État, plus de 856 personnes ont été tuées, plus de 6 000 arrêtées, dont plus de 5 000 sont toujours en prison et plus de 100 journalistes ont été arrêtés, dont 56 toujours détenus. 3,4 millions de personnes supplémentaires devraient être touchées par la famine au cours des prochains mois et, d’ici l’an prochain, la moitié de la population pourrait être touchée par la pauvreté. (Camille-Cerise Gessant)