Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a estimé, vendredi 11 juin, que le sommet des dirigeants des pays alliés, lundi 14 juin à Bruxelles, arriverait à un « moment charnière » pour l’Alliance et pour la sécurité collective des Alliés.
Ce sommet, le premier du président américain, Joe Biden, devrait être l’occasion de prendre de nombreuses décisions.
« Nous sommes à l'ère de la concurrence mondiale et nous devons répondre à de nombreuses menaces et à de nombreux défis en même temps », a expliqué M. Stoltenberg lors d’une conférence de presse présentant ses ambitions pour le sommet.
Première grande attente de la rencontre : l’approbation de l’initiative OTAN 2030, « un programme ambitieux pour la sécurité et la défense », selon M. Stoltenberg qui planche dessus depuis un an (EUROPE 12501/20).
Les dirigeants devraient aussi accepter de procéder à davantage de consultations politiques (EUROPE 12735/22).
L'impact du changement climatique sur la sécurité devrait devenir une tache importante pour l’Alliance. M. Stoltenberg pousse depuis plusieurs mois pour que ce sujet soit mis à l’ordre du jour de l’OTAN (EUROPE 12651/23), malgré la réticence de certains dirigeants. « Mon ambition est que les Alliés s'engagent clairement à réduire de manière significative les émissions militaires et que l'OTAN contribue à l'objectif du ‘Net zero’ », a-t-il expliqué.
Le sommet devrait être l’occasion de renforcer la défense collective « avec un dispositif militaire renforcé, un meilleur état de préparation et un réengagement à l'égard de la promesse d'investissement dans la défense », et la résilience pour les infrastructures critiques, les chaînes d'approvisionnement et les communications.
M. Stoltenberg a également espéré que les dirigeants accepteront de créer un accélérateur d'innovation en matière de défense (EUROPE 12732/20) et s’accorderont sur la création d'un fonds d'innovation de l'OTAN pour soutenir les jeunes entreprises liées à la défense et à la sécurité.
« Nous allons intensifier la sauvegarde de l'ordre international fondé sur des règles », a ajouté le secrétaire général. Selon lui, l’OTAN va approfondir sa coopération avec les pays et organisations – dont l’UE (EUROPE 12734/8) – partageant les mêmes idées, et renforcer sa capacité à former les armées des partenaires et à développer leurs capacités.
Les dirigeants devraient aussi prendre des décisions relatives aux deux domaines opérationnels les plus récents que sont le cyberespace et l'espace (EUROPE 12372/23). Les Alliés devraient ainsi adopter une nouvelle politique de cyberdéfense pour l’OTAN qui garantira qu’elle dispose de solides capacités techniques, de consultations politiques et de planification militaire pour assurer la sécurité des systèmes. De plus, « nous ferons passer un message clair au sommet : l'OTAN est déterminée à se défendre dans l'espace aussi efficacement que dans tous les autres domaines : terre, mer, air et cybernétique », a promis M. Soltenberg.
Les dirigeants approuveront également la nouvelle politique de l'OTAN sur les violences sexuelles liées aux conflits.
Enfin, ils devraient s’accorder pour élaborer le prochain concept stratégique de l'OTAN, qui viendra remplacer le concept de 2010.
Les implications sécuritaires de la montée de la Chine, la politique de l’OTAN envers le comportement agressif de la Russie, son soutien à l’Ukraine et à la Géorgie et l’Afghanistan devraient aussi être à la table des Alliés.
Nouvelle hausse des dépenses de défense
Pour atteindre les objectifs fixés, les Alliés doivent poursuivre leurs investissements dans la défense, a souligné M. Stoltenberg. Selon des chiffres publiés le 11 juin, en 2021, les Alliés européens et le Canada vont une nouvelle fois augmenter leurs dépenses. « D'ici la fin de l'année, ils auront ajouté 260 milliards de dollars américains à leurs budgets de défense depuis 2014 », s’est félicité M. Stoltenberg. En 2021, les dépenses de défense de 10 Alliés devraient dépasser les 2% du PIB : Grèce, États-Unis, Croatie, Royaume-Uni, Estonie, Lettonie, Pologne, Lituanie, Roumanie et France. Au total, l’ensemble des dépenses de défense des 30 alliés devraient atteindre 1 049 milliards de dollars pour 2021 (dont 726 milliards rien que pour les États-Unis).
Et si le secrétaire général a plaidé à plusieurs reprises pour le renforcement du budget commun de l’UE, cette mesure ne faisait pas partie de ses annonces. Interrogé à ce sujet, il s’est dit confiant que les Alliés seraient d’accord sur l’importance de financer les ambitions de l’Alliance également avec un budget commun.
Voir les derniers chiffres sur les dépenses de défense : https://bit.ly/3gu2BiP (Camille-Cerise Gessant)