Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a plaidé, vendredi 4 juin, pour une Alliance plus politique, en présentant ses objectifs pour le sommet prévu le 14 juin à Bruxelles. Ces objectifs s'inscrivent dans le projet de réforme de l'Alliance à l'horizon 2030.
Selon M. Stoltenberg, les dirigeants vont renforcer l’OTAN « en tant que forum unique et indispensable pour les consultations transatlantiques sur toutes les questions qui touchent à la sécurité transatlantique », y compris, par exemple, la Syrie, l'Iran ou la mer de Chine méridionale.
Comme il aime à le rappeler, l’OTAN n'est pas seulement une alliance militaire, mais une alliance politico-militaire. « Même si nous ne menons pas d'action militaire, notre unité politique compte. Nous devons donc utiliser l'OTAN encore plus pour aborder nos différences, pour forger une compréhension commune et coordonner nos réponses militaires, économiques et diplomatiques », a expliqué le secrétaire général lors d’un évènement organisé par l'OTAN, le Conseil allemand des relations extérieures (DGAP) et The Brookings Institution.
Selon M. Stoltenberg, l’Alliance doit aussi jouer son rôle dans le maintien de l'ordre international fondé sur des règles « en parlant d'une seule voix pour défendre nos valeurs et nos intérêts et en encourageant les autres à respecter les règles ».
Le secrétaire général a également souligné l’importance de renforcer les partenariats existants, notamment avec l’UE, et d'en forger de nouveaux avec des pays partageant les mêmes idées, notamment en Afrique, en Asie et en Amérique latine.
Interrogé sur l’UE, il s’est dit « fier » que, ces dernières années, les deux organisations aient pu porter leur coopération à des niveaux sans précédent, estimant qu’il fallait continuer à étendre et intensifier celle-ci (EUROPE 12734/8). Si M. Stoltenberg a reconnu les efforts de l’UE en matière de défense, il a cependant prévenu que « l'UE ne (pouvait) pas défendre l'Europe ». « L'UE ne peut pas remplacer l'OTAN en tant que pierre angulaire de la sécurité européenne », a-t-il ajouté, prévenant que toute tentative d'affaiblir le lien entre l'Europe et l'Amérique du Nord au sein de l'Alliance « non seulement affaiblira l'OTAN, mais divisera l'Europe ».
L’Alliance souhaite aussi, selon M. Stoltenberg, intensifier son soutien aux partenaires – actuellement l’Irak, la Jordanie, la Géorgie et l’Ukraine - en matière de formation et de renforcement des capacités dans des domaines tels que la lutte contre le terrorisme, contre les cyberattaques, la gestion des crises et la réforme de la défense.
Bien que tous les Alliés ne partagent pas sa motivation pour ce sujet, le secrétaire général a une nouvelle fois plaidé pour un travail renforcé sur le changement climatique (EUROPE 12651/23). « Mon ambition est d'obtenir un engagement politique clair lors du sommet pour réduire de manière significative les émissions militaires, en contribuant à un taux net de zéro », a-t-il expliqué. Selon lui, les Alliés vont procéder à une évaluation de leurs biens et installations à l'échelle de l'Alliance, intégrer le changement climatique dans la planification et les exercices, établir des partenariats avec l'industrie pour fournir des capacités neutres sur le plan climatique et donner la priorité aux technologies durables dans les achats.
Le sommet doit également être l’occasion de renforcer l’engagement des Alliés en faveur de leur défense collective et permettre d’élaborer des objectifs de résilience à l'échelle de l'Alliance.
Il est prévu que les dirigeants donnent leur accord à la création d’un « accélérateur » de technologie, pour favoriser une plus grande coopération entre les Alliés (EUROPE 12732/20).
Enfin, les Alliés devraient convenir d’élaborer le prochain concept stratégique de l'OTAN, notamment pour l’adapter à l’évolution de l’environnement de sécurité. Selon M. Stoltenberg, lorsque les Alliés approuveront le nouveau concept, dont la rédaction débutera après le sommet, la Chine, qui n’est pas mentionnée dans le concept de 2010, « jouera un rôle plus important que jamais ».
« Pour réaliser (tous ces objectifs), nous devons investir davantage », a rappelé, une nouvelle fois, le secrétaire général. Les Alliés se sont engagés à atteindre l’objectif d’avoir des dépenses de défense représentant 2% de leur PIB d’ici 2024. Si l’Europe et le Canada augmentent leurs dépenses de défense depuis sept ans consécutivement, les différences entre les Alliés sont encore importantes (EUROPE 12679/22).
Pour M. Stoltenberg, il est aussi nécessaire que le budget de l’OTAN financé en commun soit augmenté. Plusieurs Alliés, dont la France, seraient opposés à cette hausse, qui s’élèverait à 20 milliards d’euros sur dix ans, selon des diplomates. (Camille-Cerise Gessant)