Les ministres des Affaires étrangères européens s’entretiendront lundi 19 avril, par visioconférence, à propos de l’Éthiopie et de l’Ukraine.
Ukraine. Si, traditionnellement, les ministres se penchent au printemps sur la situation en Ukraine, la discussion de lundi sera bien différente d’une simple mise au point annuelle en raison des mouvements de troupes russes aux frontières ukrainiennes (EUROPE 12699/4).
Le Conseil discutera, d’abord à Vingt-sept, de la situation sécuritaire du pays, notamment l’état d’avancement de la mise en œuvre des accords de Minsk, mais aussi des derniers développements aux frontières ukrainiennes. Selon un haut fonctionnaire européen, l’Ukraine n’a rien fait qui justifie les mouvements de troupes russes et il estime qu'il s'agit d’une « manœuvre du régime de Poutine ».
Le ministère de la Défense russe a également annoncé la limitation, à partir du 24 avril et jusqu’au 31 octobre, de la navigation de navires militaires et officiels étrangers dans trois zones maritimes de Crimée. « C’est un autre geste du gouvernement russe dans la mauvaise direction. Nous devons le voir comme un développement très inquiétant, nous le condamnons et nous devons voir comment évolue la situation afin de prendre une décision », a expliqué un haut fonctionnaire européen.
Les ministres discuteront également des relations bilatérales UE-Ukraine et de l’état des réformes en Ukraine. Ils pourraient réfléchir à la manière dont l'UE peut renforcer sa coopération sectorielle avec l'Ukraine et sur ce que l’Union et ses États membres pourraient faire de plus afin de mieux soutenir les réformes essentielles.
Les ministres échangeront ensuite, pendant une heure, avec leur homologue ukrainien, Dmytro Kuleba.
Éthiopie. Les ministres débattront une nouvelle fois de la situation extrêmement préoccupante en Éthiopie découlant du conflit au Tigré et aborderont aussi les tensions dans la Corne de l’Afrique qui menacent de déstabiliser toute la région. L’objectif est de décider des prochaines étapes dans la réponse européenne et de réfléchir à une stratégie future de l’UE à l'égard de l'Éthiopie qui aille au-delà de la crise du Tigré, notamment en vue des prochaines élections.
« La situation est mauvaise et se détériore, malgré quelques progrès minimes comme l'enquête conjointe de la commission des droits de l'homme éthiopienne et du Haut Commissariat aux réfugiés. On attend des actes. Il est important de maintenir la pression », déclarait vendredi 16 avril une source diplomatique. En mars, l'UE avait brandi la menace de sanctions contre les auteurs de violations graves des droits humains (EUROPE 12683/4).
« Après le cadre déjà posé par les conclusions du Conseil, les ministres discuteront des moyens d’aller plus loin pour inciter les autorités éthiopiennes à progresser davantage pour renforcer l’accès humanitaire, améliorer les investigations sur les allégations de violations graves des droits humains et obtenir le retrait des troupes érythréennes », selon une autre source européenne.
Le ministre finlandais des Affaires étrangères, Pekka Haavisto - qui s’est rendu pour la deuxième fois dans la région début avril sur mandat du Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell - fera rapport de sa mission de contacts en Éthiopie et dans la Corne de l'Afrique (EUROPE 12692/3).
Le risque de guerre avec le Soudan - après l’échec, début avril, de la dernière série de pourparlers (en RDC) entre l’Égypte, l’Éthiopie et le Soudan sur le barrage éthiopien de la Grande renaissance sur le Nil - sera également abordé. Le temps presse. « C'est une question de sécurité, pour l'UE aussi », a estimé un haut fonctionnaire européen. Et d'ajouter : « ce n'est pas à nous de proposer une solution. Le problème doit être réglé par toutes les parties impliquées. Nous continuons de préconiser le dialogue ».
Birmanie. Alors que la situation en Birmanie continue de se détériorer, le Conseil adoptera des sanctions à l’encontre de dix individus et deux entités birmanes « qui sont essentielles pour la junte militaire », selon un haut fonctionnaire européen. Le 22 mars, l’UE avait déjà adopté des mesures à l’encontre de onze responsables militaires birmans (EUROPE 12683/3). En parallèle, la Commission européenne a annoncé, vendredi 16 avril, une aide humanitaire d’urgence supplémentaire de 9 millions d’euros pour soutenir la population birmane la plus vulnérable. Cette somme vient s’ajouter au financement de 11,5 millions d’euros déjà annoncé fin février (EUROPE 12664/25).
Affaires courantes. Les ministres discuteront aussi rapidement de la crise politique géorgienne. « La crise n’est pas résolue et la médiation continue », a rappelé un haut fonctionnaire, tout en précisant que les États membres se donnaient un moment de réflexion concernant la suite (EUROPE 12699/4).
Le Conseil pourrait discuter rapidement du sommet avec l’Inde prévu à Porto le 8 mai, des discussions en cours à Vienne sur l’accord nucléaire iranien et des dernières évolutions en Iran (EUROPE 12698/23), de la situation en Biélorussie, en Libye ou encore du Liban, alors que l’UE travaille sur différentes options politiques pour aider le pays.
Les ministres échangeront sur la crise au Mozambique après l'attentat djihadiste de Palma, en vue de contribuer à une solution au conflit dans la province de Cabo Delgado. La Présidence portugaise du Conseil, très impliquée, fera le point, après sa visite récente (EUROPE 12624/15).
Une nouvelle stratégie pour le Sahel. Le Conseil adoptera par procédure écrite des conclusions sur une nouvelle stratégie holistique de l'UE pour la région qui révisera celle adoptée en 2011. Elle couvrira les volets développement, aide humanitaire et sécurité à la lumière du budget 2021-2027 de l'UE, de l'instrument financier NDICI, des derniers développements au Sahel et des actions de l'UE, en particulier dans le cadre de la Coalition pour le Sahel lancée l'an dernier.
Région indopacifique. Des conclusions seront également adoptées sur la stratégie de l’UE pour la coopération dans la région indopacifique. Cette stratégie globale, avec une perspective à long terme, a notamment pour objectif de contribuer à la stabilité et la sécurité de cette grande région. Elle devrait porter sur différents axes d’actions, tels que la coopération, la promotion de l’agenda global, les chaînes de valeurs, la sécurité, le développement, la connectivité, le numérique ou encore la recherche.
Voisinage sud. Enfin, le Conseil adoptera des conclusions sur la stratégie sur le voisinage sud.
Dans un projet de conclusions de 11 pages sur cette stratégie, obtenu par EUROPE, le Conseil « réaffirme sa détermination à renouveler et à renforcer encore le partenariat stratégique de l'UE avec ses partenaires du voisinage Sud pour relever les défis communs, tirer parti des possibilités partagées et libérer le potentiel de notre région commune », appelant à la mise en œuvre rapide et efficace du nouvel agenda proposé par la Commission et le Haut Représentant de l’UE. Le Conseil estime qu’il est notamment nécessaire de renforcer de « manière significative le dialogue politique » à travers la Méditerranée, proposant que les ministres des Affaires étrangères de l'UE et des partenaires du Sud se réunissent chaque année pour examiner les progrès réalisés dans la mise en œuvre du nouvel agenda pour la Méditerranée.
Les conclusions mettent en avant de la coopération dans plusieurs domaines, que ce soit en termes d’économie, y compris l'économie bleue, de bonne gouvernance et les droits de l’homme, de climat et d’énergie, de mobilité et de migration et de lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée. Il appelle aussi à redoubler d'efforts en vue de la prévention et du règlement des conflits.
Le Conseil sera informé par la commissaire européenne aux Partenariats internationaux, Jutta Urpilainen, de la conclusion du partenariat post-Cotonou entre l’UE et les 79 pays membres de l’Organisation des États d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (OACPS), qui a été paraphé la veille (EUROPE 12699/2). Cet accord devrait être signé d'ici la fin de l'année sur la base d'une proposition de la Commission attendue dans les prochaines semaines. (Camille-Cerise Gessant et Aminata Niang)