L'Union européenne a décidément bien des difficultés à parler d'une seule voix pendant la pandémie de Covid-19. Malgré l'approche rassurante de l'Agence européenne des médicaments (EMA), à ce jour, une petite dizaine de pays - dont la France, l'Allemagne et l'Italie ce lundi 15 mars - ont interrompu l'inoculation du vaccin produit par AstraZeneca et l'université d'Oxford. Les voix sont également discordantes sur les leçons à tirer de cette crise.
« Des erreurs ont été commises »
« Il est vrai que des erreurs ont été commises lors des commandes de vaccins, tant à Bruxelles qu'au sein des États membres », a affirmé le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans, appelant à tirer des leçons de la pandémie.
Mais cette approche n'est pas partagée par l'ensemble de ses collègues : si le porte-parole de l'institution, Eric Mamer, a bel et bien reconnu des erreurs dans la mise en œuvre des accords d'achat anticipé conclus avec les fabricants, en particulier avec AstraZeneca, il n'a pas remis en questions lesdits accords.
« Cette stratégie d’achat en commun était non seulement indispensable, mais aussi tout à fait bienvenue. Et c'est manifestement un succès », a déclaré Eric Mamer. « Là où nous sommes tous d’accord pour dire qu’il y certainement une marge de progression et où nous avons été en partie surpris par les développements, ça a été dans la capacité des entreprises pharmaceutiques ensuite à organiser leurs chaînes de production de telle sorte qu’elles puissent livrer les vaccins en fonction des calendriers que nous avions fixés », a-t-il poursuivi.
AstraZeneca à nouveau sur la sellette
En cause, le vaccin d'AstraZeneca qui accumule les retards, en plus d'être de plus en plus suspecté de provoquer des effets secondaires.
La semaine dernière, la société anglo-suédoise a laissé entendre qu'elle tenterait de livrer 30 millions de doses à l'UE d'ici la fin du mois de mars, nonobstant une obligation contractuelle de 90 millions et un engagement pris le mois dernier de livrer 40 millions de doses.
À ces retards, s'ajoute la décision de l'Autriche, du Danemark, de l'Irlande, de l'Italie, de la Bulgarie, des Pays-Bas, de la France, de l'Espagne et de l'Allemagne d'interrompre partiellement ou totalement l'administration du vaccin d'AstraZeneca après le signalement d'effets secondaires possibles, mais sans lien avéré à ce stade.
L'Agence européenne des médicaments, qui avait déjà remis un avis préliminaire le 10 mars, continue d'affirmer que les bénéfices du vaccin d'AstraZeneca dépassent les risques, comme l'a encore rappelé Marco Cavaleri lundi 15 mars devant la commission parlementaire de la santé publique. Dans un communiqué de presse publié dans la foulée, l'agence indique néanmoins qu'elle réévaluera les informations disponibles le 16 mars et qu'elle prendra une décision le 18 mars lors d'une réunion extraordinaire.
Les eurodéputés s'inquiètent des nouveaux variants
Les eurodéputés, eux, ont exprimé de vives inquiétudes face à la mutation du virus, aux faibles capacités de séquençage des États membres et à l'efficacité des vaccins actuels pour lutter contre ces nouvelles formes.
La Commission européenne travaille actuellement à un acte délégué destiné à accélérer l'adaptation des vaccins aux variants. « Les fabricants ne devront pas redémarrer un dossier à zéro. Il s'agira d'une variation du dossier initial, ce qui permettra de gagner un temps précieux », a déclaré Marco Cavaleri, au nom de l'EMA, soulignant que cette base juridique s'inspirait de ce qui était fait pour la grippe saisonnière. Selon lui, à l'avenir, une autorisation de mise sur le marché pourra valoir pour différents variants.
De son côté, Katherine O’Brien, représentant l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), a souligné le « besoin urgent d’une approche coordonnée de la surveillance et de l’évaluation des variants et de leur impact potentiel sur la réponse du vaccin aux contre-mesures ». (Sophie Petitjean)