La commissaire européenne aux Affaires européennes, Ylva Johansson, s'est dite prête, vendredi 12 mars, à utiliser « dès cet été » le levier de la politique des visas contre des pays tiers qui ne coopèrent pas suffisamment avec l’Union européenne en matière de retours et de réadmissions de migrants en situation irrégulière. Et elle a appelé les États membres à travailler en « urgence » à une liste de pays tiers spécifiques pouvant être ciblés par ces mesures, telles que des visas plus chers pour se rendre dans l’UE.
La commissaire s’exprimait à l’issue d’une vidéoconférence des ministres de l’Intérieur de l’UE consacrée à la dimension extérieure du Pacte sur l’asile et la migration, et notamment à la coopération avec les pays tiers sur les retours et la réadmission.
Si elle a souhaité que ce levier des visas serve surtout à faire pression pour améliorer la coopération avec l'UE, Mme Johansson a plaidé pour qu’un calendrier de négociations soit fixé avec ces pays spécifiques. La Commission, dans un rapport publié en février, a étudié 39 pays, mais n’a pas dévoilé lesquels d'entre eux étaient considérés comme 'bons' ou 'moins bons' élèves, cette classification restant « confidentielle », a-t-elle dit.
Elle a cependant jugé que le « temps de l’action » était venu, comme le permet le code révisé des visas entré en vigueur en 2020. « Si les pays ne coopèrent pas, il faut des conséquences. Ne pas recourir (aux outils du Code des visas, NdlR) enverrait un message très étrange », a-t-elle considéré.
À l’inverse, la commissaire s'est dite prête à proposer des mesures plus favorables en matière de visas aux pays tiers qui coopèrent efficacement avec l’UE, le Code révisé des visas permettant aussi des incitations positives.
La commissaire a en effet souligné que l’UE ne devait pas utiliser seulement « le batôn » dans ses relations avec les pays tiers, mais travailler à bâtir une coopération plus large, couvrant toute une série de domaines.
Ce volet de la coopération et de la politique des visas sera d’ailleurs à nouveau discuté lundi 15 mars, lors du Conseil conjoint entre les ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères de l'UE.
Pacte : définir la solidarité ‘flexible’
Le ministre de l’Intérieur portugais, Eduardo Cabrita, a par ailleurs expliqué la façon dont il compte faire avancer les dossiers législatifs découlant du Pacte 'Asile et migration'. « Nous allons éliminer les doutes des États membres dans les trois prochains mois » et nous « retrousser les manches », a-t-il promis.
L’objectif de la Présidence portugaise du Conseil de l'UE, avait-il dit plus tôt dans la journée, lors d’une brève discussion publique entre les ministres, est de réussir à définir les termes de la solidarité 'flexible' dont les États membres devraient faire preuve vis-à-vis des pays en première ligne pour les arrivées de migrants, et notamment l’équilibre entre responsabilité et solidarité.
« Ces pays qui veulent recourir à la flexibilité offerte par le Pacte devront nous dire d’ici juin » quelle aide ils sont disposés à apporter en cas de crise migratoire, qu’il s’agisse des retours, de la relocalisation, de l'aide en termes de surveillance aux frontières, de création de centres d'accueil, a dit M. Cabrita.
Le ministre a aussi estimé, devant la presse, que les positions des États se rapprochaient sur cette notion de solidarité obligatoire ainsi que sur le partage du fardeau dans les contrôles aux frontières extérieures de l'UE.
Des simulations envoyées aux États membres
De son côté, Mme Johansson a exhorté les États membres à agir et à gérer le défi migratoire, alors que l’impact économique de la pandémie de Covid-19 va accroître les déplacements de population vers l’UE.
Dans deux semaines, la Commission enverra aux États membres des « simulations » pour évaluer les différents scénarii de crise et la faisabilité des réponses envisagées par le Pacte, entre relocalisations, aides aux retours et nouvelles procédures de contrôles.
« Mais les chiffres ne font pas tout », a ajouté la commissaire, qui a demandé à ce que puissent être explorés des compromis sur les points les plus sensibles du Pacte. (Solenn Paulic)