Les ministres des Affaires étrangères se retrouveront lundi 22 février à Bruxelles pour un Conseil qui aura une nouvelle fois un agenda chargé.
Birmanie. Les ministres feront tout d’abord un rapide point sur la Birmanie, après le coup d’État de l’armée du 1er février (EUROPE 12586/24). Les ministres devraient discuter des actions à entreprendre après ce coup d’État. « On a une série d’options qui existent, des sanctions aux préférences commerciales… C’est un travail qui doit être élaboré et la décision appartient aux ministres », a précisé un diplomate européen. Selon une source européenne, les conclusions que les ministres pourraient adopter contiennent des propositions de mesures restrictives à l’encontre de responsables militaires. Elle a ajouté que le texte avait fait consensus au niveau technique.
Voisinage. Le Conseil devrait aussi faire un point sur le voisinage méridional de l’UE, à la suite de la présentation par la Commission européenne et le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, d’une stratégie sur 'Un partenariat renouvelé avec le voisinage sud, un nouvel agenda pour la Méditerranée' (EUROPE 12654/8). Initialement prévues à l'ordre du jour du Conseil européen de décembre, mais repoussées par manque de temps, les relations avec le voisinage sud seront également abordées lors du sommet extraordinaire des chefs d'État ou de gouvernement du 26 février. La communication commune sur le multilatéralisme, présentée le 17 février, sera également mentionnée (EUROPE 12660/6).
Biélorussie. La situation en Biélorussie, où la répression à l’encontre de la société civile se poursuit (EUROPE 12660/15), sera aussi l’objet d’un rapide débat. Deux journalistes biélorusses ont été condamnées, jeudi 18 février, à deux ans de prison en raison de leur couverture du mouvement de contestation. Une condamnation dénoncée par le porte-parole du Service européen pour l’action extérieure, le 19 février.
Les ministres pourraient revenir sur les mesures déjà en place à l’encontre du régime et sur les mesures supplémentaires qui pourraient être prises, selon un diplomate européen. Le Conseil devrait également prolonger, dans les prochains jours, l’embargo sur les armes, l'interdiction des exportations des équipements qui pourraient servir à la répression interne et les sanctions ciblées à l’encontre du pays, pour un an, soit jusqu’au 28 février 2021 (EUROPE 12427/24). Au total, 88 personnes et 7 entités font l’objet de sanctions.
Iran. Les ministres devraient aussi revenir rapidement sur l’accord nucléaire iranien, alors que Téhéran s’éloigne de plus en plus de ses engagements dans le cadre du Plan d’action global commun (JCPOA) (voir autre nouvelle).
Afrique. Enfin, le Haut Représentant fera le compte rendu du sommet de N’Djamena du G5 Sahel du 16 février (EUROPE 12659/21) et le ministre finlandais Pekka Haavisto, qui s’est rendu en Éthiopie et au Soudan au nom de l’UE début février (EUROPE 12654/23), fera un rapport avec une série de recommandations au Conseil pour défendre les objectifs de l’UE, notamment concernant l’accès humanitaire. Les ministres devraient évaluer la situation sur place.
Les ministres discuteront ensuite en profondeur de la Russie, de la boussole stratégique et de Hong Kong.
Russie. Les relations avec la Russie, quelques semaines après le voyage difficile du Haut Représentant à Moscou (EUROPE 12653/12) seront à l'ordre du jour. Le Conseil devra tirer les conséquences du manque de volonté affiché par Moscou quant au renforcement des liens avec l’Union tout en approfondissant ses relations avec certains États membres.
Selon une source européenne, l’UE est unie sur les cinq principes directeurs qui régissent les relations avec la Russie et sur le besoin d’un message ferme à l'encontre de Moscou. Elle a ajouté que l’atmosphère avait changé depuis la visite de M. Borrell en Russie.
Les ministres devraient réfléchir aux moyens de garder ouverts les canaux de communication avec la Russie afin de coopérer sur des sujets d’intérêt commun. « Il faut qu’on trouve le moyen d’avoir un dialogue, des contacts avec la Russie sur certains sujets et on veut les avoir de manière unie », a expliqué un diplomate.
En réponse à l’arrestation et la condamnation de l’opposant politique Alexeï Navalny, les ministres pourraient donner leur accord à la préparation de sanctions ciblées. « La discussion en elle-même est ouverte », a précisé une source européenne.
Si certains États voulaient des sanctions élargies, portant également sur des oligarques, d’autres souhaiteraient assurer la base juridique des mesures, et donc mettre l’accent sur ceux directement impliqués dans l’arrestation et la condamnation de M. Navalny. Ces mesures, si elles étaient décidées, pourraient être adoptées sous le nouveau régime de sanctions de l’UE sur les violations des droits de l’homme. L’arrêt du projet de gazoduc Nord Stream II, demandé par le Parlement européen, mais rejeté par l’Allemagne, n’est, lui, pas a l’ordre du jour.
Le Conseil discutera également des moyens de renforcer le soutien de l’UE à la société civile russe.
Les relations UE-Russie feront l’objet d’un débat stratégique lors du sommet des 25 et 26 mars.
Boussole stratégique. Le Conseil débattra ensuite de la boussole stratégique. Après une analyse de menace conclue fin 2020, le document de cadrage a circulé entre les délégations (EUROPE 12655/17). L’objectif est l’adoption de cette boussole stratégique au premier semestre 2022, mais les discussions avancent lentement en raison d’un désaccord des États membres sur son contenu. Si certains États membres – notamment la France – veulent mettre l’accent sur l’autonomie stratégique de l’UE, d’autres, en particulier en Europe centrale et orientale, sont attachés à des relations transatlantiques et avec l’OTAN plus importantes. Enfin, des États membres tels que l’Autriche, Malte ou la Finlande sont des pays neutres et ne sont pas membres de l’OTAN. Le processus pour la création de la boussole stratégique est mené par les États membres et le Service européen pour l’action extérieure ne fait que tenir le stylo, a résumé un haut fonctionnaire. Selon lui, cette discussion est importante en vue du sommet du 26 février, au cours duquel les dirigeants européens discuteront de sécurité et de défense.
Hong Kong. Alors que la situation continue de se détériorer à Hong Kong, les ministres reviendront sur la mise en œuvre des mesures prises par l’UE en juillet (EUROPE 12538/10), évalueront leur impact et verront si la réponse apportée par l’Union est suffisamment en adéquation avec la situation. Sur la base de leur évaluation, « les ministres dessineront le travail susceptible d’être poursuivi », a précisé un diplomate européen, alors que, selon un haut fonctionnaire, le Service européen pour l’action extérieure devrait présenter aux ministres de « possibles mesures, de différentes sortes, pour le court et le long terme », qui pourraient être adoptées. Certaines délégations pourraient aussi insister sur le soutien à la société civile, selon une source. Ce sera le troisième Conseil de suite au cours duquel la situation à Hong Kong sera discutée.
Enfin, les ministres s’entretiendront par visioconférence, pendant deux heures, avec le nouveau secrétaire d’État américain Antony Blinken. Les discussions pourraient porter sur la Chine, la Russie, l’Iran, la situation au Moyen-Orient, le changement climatique, la Covid-19 ou encore le multilatéralisme.
Sans discussion, le Conseil devrait adopter des sanctions à l’encontre de 19 Vénézuéliens, à la suite des élections législatives du 6 décembre que l’UE a qualifiées d'illégitimes et de sérieuses violations des droits de l’homme rapportées par les Nations Unies (EUROPE 12661/2). (Camille-Cerise Gessant)