Les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) « ne peuvent soutenir l’accord de libre-échange UE/Mercosur en l’état », a rappelé la présidente du Copa, Christiane Lambert, vendredi 19 février lors d’une conférence de presse sur la situation de l’agriculture en 2021.
Elle a par ailleurs critiqué le projet d’inclure dans la politique agricole commune (PAC) une ‘conditionnalité sociale’.
S’agissant de l’accord commercial avec le Mercosur, Mme Lambert a répété les arguments selon lesquels « trop de signaux négatifs » existent « sur les modes de production et de transformation » dans ces pays d'Amérique du Sud. Pour les producteurs européens de viande bovine, de volailles, de sucre et d’éthanol, il existe « un risque important de distorsion de concurrence », a-t-elle souligné.
Elle a rappelé le lancement de la campagne de communication sur les effets négatifs de cet accord (EUROPE 12656/12). Le projet d’accord prévoit notamment l’importation possible de 90 000 tonnes de viande bovine supplémentaire, ce qui pose problème aux producteurs de l’UE.
S’agissant des accords de libre-échange avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande, ils doivent couvrir toute la chaîne alimentaire pour éviter des perturbations, a indiqué la présidente du Copa. Cette organisation a des inquiétudes, notamment au sujet du secteur de l’agneau.
Politique commerciale. Le Copa-Cogeca a salué les initiatives de la Commission sur la politique commerciale de l’UE (EUROPE 12661/1). Le commerce doit être juste et équilibré, a commenté Christiane Lambert. Selon elle, les exportations doivent permettre à tous les acteurs d’en tirer bénéfice et de générer de la valeur ajoutée. « Or, pour certains agriculteurs, il n’y a pas toujours de retour positif rapide, car les exigences qualitatives et les charges augmentent », a-t-elle relevé.
Brexit. Agnieszka Maliszewska, la vice-présidente de la Cogeca, s’est dite « très prudente » sur les effets de la sortie du Royaume-Uni de l’UE sur les échanges agricoles. « Nous n’avons pas observé de perturbations commerciales énormes, mais il faut surveiller les procédures ». Elle a souligné le besoin de supprimer les barrières sur le commerce, en évoquant les sujets de l’étiquetage, des normes phytosanitaires et des certificats. « Il faut faciliter les échanges et réduire la bureaucratie », a-t-elle indiqué.
PAC et conditionnalité sociale. Le Copa-Cogeca a discuté avec les rapporteurs du PE, jeudi 18 février, de la politique agricole commune (PAC) post-2020. Mme Lambert a demandé que les trilogues aboutissent en mai prochain pour que les agriculteurs puissent connaître très rapidement « les règles du jeu et s’adapter ».
« La Commission doit jouer un rôle de facilitateur et n’a pas le même rôle que les deux colégislateurs », a-t-elle glissé. Le vice-président de la Commission européenne responsable du 'Pacte vert', Frans Timmermans, a déjà menacé de retirer la proposition de la Commission si le compromis final venait à affaiblir les exigences environnementales de la nouvelle PAC. « Les ambitions environnementales doivent être compatibles avec les économies des exploitations », a dit Mme Lambert.
Enfin, elle a critiqué le souhait du Parlement européen d'inclure une 'conditionnalité sociale' dans la PAC. « Ces questions se règlent dans les États membres plutôt qu’à l’échelle européenne et nous ne souhaitons pas d’interférences dans ce domaine », a justifié la présidente du Copa. (Lionel Changeur)