Le Parlement européen a adopté par 571 voix contre 61 et 59 abstentions, mercredi 10 février, le rapport d'initiative commun défendu par les Espagnols Juan Fernando López Aguilar (S&D) et María Soraya Rodríguez Ramos (Renew Europe) sur la traite des êtres humains et la pénalisation de l’usage de services sexuels des victimes de la traite.
Les députés ont plus précisément évalué la directive de 2011 relative à la traite des êtres humains et appelé à des mesures plus strictes pour pénaliser ces activités partout dans l’UE.
Lundi soir, la commissaire aux Affaires intérieures, Ylva Johansson, avait indiqué, lors d’un débat, qu'elle réfléchissait à l'éventualité de revoir et durcir cette directive.
Elle avait aussi souligné à quel point ce crime est « genré » : plus de 92% des victimes de traite sont des femmes et des jeunes filles et 60% de ces victimes le sont à des fins d’exploitation sexuelle. Les 3/4 des auteurs, par contre, sont des hommes.
Pour le PE, il faut s’appuyer sur un article de la directive et le réviser pour s’assurer que les États membres fournissent la même réponse pénale à ce genre de crimes, avait expliqué le rapporteur S&D.
Il faut aussi s’attaquer à toute la criminalité liée à cette traite, comme les ramifications avec le blanchiment d’argent. Il faut encore renforcer le soutien aux victimes et aux personnes qui sortent de ces réseaux.
Le rapport du PE invite précisément la Commission à modifier la directive relative à la prévention de la traite des êtres humains « afin de garantir que les États membres criminalisent explicitement 'l’utilisation en toute connaissance de cause' des services fournis par les victimes de la traite ».
Les demandeurs d’asile, les réfugiés et les migrants, notamment les femmes et les mineurs non accompagnés, sont particulièrement vulnérables à la traite, soulignent aussi les députés.
Ils appellent les États membres à garantir que les procédures de lutte contre la traite et d’asile soient interconnectées.
Le PE observe aussi que la pandémie a aggravé la situation des victimes de la traite en plus d’avoir fait augmenter la demande de pédopornographie.
Lundi, la commissaire avait évalué à 30 milliards d’euros par an les profits générés par ce crime dans le monde entier.
La réflexion qui pourrait être lancée sur cette directive pourrait cibler des secteurs économiques dans lesquels le phénomène est le plus étendu, comme « l’agriculture » ou la construction, avait-elle par ailleurs suggéré, la traite concernant en partie les migrants saisonniers. Le rôle d’Europol dans la traque des réseaux en ligne pourrait aussi être renforcé.
Lien vers le rapport : http://bit.ly/3q7bW40 (Solenn Paulic)