La Commission européenne s'engage dans la lutte contre le cancer. Plus de 30 ans après avoir publié son dernier plan d'action, l'institution a présenté, mercredi 3 février, sa stratégie pour endiguer ce fléau. Son action s'articule autour de la prévention, la détection précoce, le diagnostic et le traitement ainsi que la qualité de vie des survivants (EUROPE 12646/4).
En conférence de presse, le vice-président Margarítis Schinás a reconnu que la crise de la Covid-19 qui frappe actuellement le monde avait peut-être eu une influence sur la « préparation » de la communication, mais qu'elle n'avait pas entaché la « volonté politique » de l'UE d'agir (EUROPE 12475/21).
Et la Commission européenne veut faire preuve d'ambition dans la lutte contre le cancer en s'engageant dans des matières hautement sensibles comme les règles encadrant la consommation de tabac ou d'alcool. Elle promet aussi un budget de 4 milliards d'euros provenant des programmes EU4Health (1,25 milliard d'euros), Horizon Europe, Digital Europe et Erasmus.
Une appétence accueillie avec satisfaction par la Coalition européenne des patients atteints du cancer, à la veille de la journée mondiale de lutte contre cette maladie.
Le tabac en ligne de mire
Comme nous l'annoncions la semaine dernière, la Commission se fixe l'objectif ambitieux d'atteindre une génération sans tabac en 2040, où moins de 5% de la population fumerait. Pour cela, elle suggère de revoir plusieurs législations européennes, comme la directive sur les produits du tabac (2014/40/UE, TPD), la directive sur la fiscalité du tabac (2011/64/UE) ou encore la recommandation sur des environnements sans fumée.
Selon un Eurobaromètre publié ce jour, une « majorité relative » de répondants serait en effet favorable à l’interdiction des arômes dans les cigarettes électroniques et l’introduction du paquet neutre, deux sujets qui avaient fait couler beaucoup d'encre lors des discussions sur la TPD.
Sur la taxation, Margarítis Schinás a souligné que la future proposition répondait à un appel du Conseil de juin 2020. « Les trois questions à traiter lors de la révision concernent l'augmentation des taux a minima pour tous les produits du tabac traditionnels, l'harmonisation de la fiscalité pour les nouveaux produits (comme les cigarettes électroniques ou le tabac chauffé) ainsi que la lutte contre la fraude, notamment l'harmonisation des mesures de contrôle de la circulation du tabac brut », a-t-il déclaré aux journalistes. Ces questions font d'ailleurs l'objet d'une toute nouvelle consultation publique (EUROPE 12648/25).
L'alcool et la consommation de viande également dans le viseur
La Commission envisage également de revoir la fiscalité sur les boissons alcoolisées et les achats transfrontaliers de telles boissons. Elle planifie également de présenter en 2022 une proposition législative sur un étiquetage obligatoire de la liste des ingrédients et de la déclaration nutritionnelle sur les boissons alcoolisées. Et l'année suivante, une proposition sur l'apposition d'avertissements sanitaires.
Des annonces auxquelles a réagi sobrement l'organisation européenne des producteurs de spiritueux, SpiritsEurope, en insistant sur le fait qu'il convenait de s'attaquer à la consommation nocive d'alcool sans pour autant bannir la consommation légère ou modérée.
La veille de la présentation, l'organisation italienne des agriculteurs Coldiretti avait pourtant tiré à boulets rouges sur la Commission, l'accusant de vouloir supprimer les fonds destinés à la promotion de la viande, de la charcuterie et du vin et apposer sur les bouteilles des étiquettes encore plus alarmistes que celles figurant sur les paquets de cigarettes (EUROPE 12649/30). « L'UE n'interdira pas le vin ni ne l'étiquettera comme toxique. Cela fait partie de qui nous sommes depuis l'antiquité », a répondu M. Schinás.
Sur la viande, les intentions de la Commission ne sont pas très claires à ce stade. Si un projet de texte fuité dans la presse évoque l'idée de mettre fin au financement de l'UE pour les campagnes de promotion de la viande rouge et de la viande transformée, cette dernière mouture évoque seulement l'actuelle révision de la politique de promotion des produits agricoles qui devra contribuer à soutenir la transition vers une alimentation plus végétale, avec moins de viande rouge et transformée et plus de fruits et légumes. Une inflexion qui a d'ailleurs déçu Greenpeace.
Les fortes attentes des eurodéputés
Les groupes politiques au Parlement européen ont également réagi positivement à la communication, certains, comme les groupes S&D et Renew Europe, appelant à aller encore plus loin.
Pour Véronique Trillet-Lenoir (Renew Europe, française), rapporteur de la commission spéciale sur la lutte contre le cancer au Parlement européen, il faudrait également « des mesures plus fortes et des objectifs clairs pour lutter contre la pollution de l'environnement, garantir la santé et la sécurité au travail, limiter l'exposition des travailleurs aux substances cancérigènes et mutagènes et prendre en compte l'effet cumulatif des substances chimiques dangereuses ». Le S&D, pour sa part, a évoqué des normes minimales pour des soins de qualité et une mise en œuvre complète de la directive sur les soins de santé transfrontaliers.
Le nouveau Plan de l'UE pour vaincre le cancer sera débattu en commission spéciale homonyme (BECA) le 4 février, avec la commissaire à la Santé, Stella Kyriakides.
Lien vers le plan : https://bit.ly/2YHGHjW et vers l'Eurobaromètre : http://bit.ly/3oFWom1 (Sophie Petitjean)