La Confédération européenne des syndicats (CES) et l'Institut syndical européen (ETUI) ont organisé, mercredi 3 février, une vaste conférence pour réfléchir aux bonnes pratiques permettant de concilier au mieux croissance économique, questions sociales et enjeux environnementaux et climatiques.
Lors de son intervention, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a ainsi insisté sur la nécessité de doter l’Union d’un nouveau corpus social ('a new social rulebook') pour dépoussiérer les règles qui régissent les marchés du travail dans l'Union européenne.
« Nos règles actuelles sont basées sur de vieilles réalités et ne reflètent plus tout à fait la vitesse et l'ampleur de la transformation que nous entreprenons », a lancé Mme von der Leyen, souhaitant « une économie qui croît sans empoisonner l'air que nous respirons, une économie davantage axée sur le bien-être des personnes ».
La présidente de la Commission a souligné l’importance, à moyen et long termes, du plan d’action du socle européen des droits sociaux qui sera présenté en mars (EUROPE 12649/26), de la modernisation du processus budgétaire européen pour mieux prendre en compte les objectifs de développement durable et, bien sûr, du sommet social de Porto, qui se tiendra en mai (EUROPE 12616/19).
Elle n’a toutefois pas répondu à la demande du secrétaire général de la CES, Luca Visentini, en faveur d'une extension des mesures d’aide décidées au niveau européen pour soutenir les États membres durant la première vague de Covid-19, comme l’instrument SURE d'aide aux régimes nationaux de chômage partiel (EUROPE 12649/3). Par ailleurs, le syndicaliste a insisté pour que ledit socle européen des droits sociaux soit, à terme, intégré aux traités européens.
Croissance et écologie
La volonté syndicale de marier enjeux climatiques et sociaux a été saluée par le coprésident du groupe Verts/ALE au Parlement européen, le Belge Philippe Lamberts. Il y a encore quelques années, l’urgence écologique ne faisait pas partie du logiciel réflexif des syndicats, a-t-il relevé.
L’écologiste a salué les efforts de la nouvelle Commission européenne, notamment dans le cadre du Pacte vert européen. Mais celui-ci a questionné la compatibilité d’un paradigme socioéconomique qui s'enracinerait dans un notion de croissance perpétuelle. Répondant à M. Lamberts, M. Visentini a confié ne pas se « passionner » pour savoir si la croissance économique doit être un objectif à poursuivre, ou pas. À ses yeux, il convient surtout d'amorcer une transition - certes verte et numérique -, mais toujours sociale.
Souvent, la question du PIB a été critiquée pour ne prendre en compte que la seule dimension économique.
La conférence, qui se déroule jusqu’à vendredi 5 février, abordera de nombreux thèmes. Jeudi, les intervenants discuteront notamment de la manière d’atteindre la durabilité socio-environnementale, en présence du commissaire à l’Emploi et aux Droits sociaux, Nicolas Schmit. Vendredi, seront analysés les leviers disponibles pour construire un nouveau contrat social, économique et environnemental européen, en présence du vice-président de la Commission, Frans Timmermans. (Pascal Hansens)