Les dirigeants européens se sont mis d'accord, jeudi 21 janvier, pour soumettre les voyageurs issus d'une nouvelle catégorie, la zone géographique « rouge foncé » sur la carte du Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) liée à la propagation du virus SARS-CoV-2, à de nouvelles restrictions en matière de circulation des personnes.
« Il y a eu, ce soir, une totale mobilisation des Vingt-sept contre la Covid-19 et ce, sur deux fronts », a déclaré, à l'issue de la visioconférence, le président du Conseil européen, Charles Michel. « D'un côté, il faut réussir le processus d'accélération de la vaccination et de l'autre, on doit être mobilisé pour continuer à limiter la propagation du virus, spécialement le nouveau variant », a-t-il poursuivi.
Quelques heures avant la réunion, l'ECDC avait publié une nouvelle analyse des risques soulignant en effet que la probabilité que de nouveaux variants préoccupants entrent et se propagent dans l'UE et l'Espace économique européen était « très élevée » en raison de leur transmissibilité accrue. L'organe scientifique de l'UE semble tout particulièrement préoccupé par le variant anglais, qui a déjà été identifié dans 20 États membres (tous sauf l'Estonie, la Lituanie, la Pologne, la Tchéquie, la Croatie, la Slovénie et la Bulgarie).
Limiter la propagation
Dans ce contexte, les dirigeants européens ont décidé de durcir les restrictions pour les voyages non essentiels en particulier pour les zones où le virus circule plus qu’ailleurs. Ces zones spécifiques à haut risque pourraient faire l’objet d’une nouvelle catégorie « rouge foncé », a indiqué la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.
Les personnes provenant de ces zones devront se faire tester avant le départ et se mettre en quarantaine à l’arrivée dans un autre pays membre. Tous les voyages non essentiels, sans être interdits, devraient « être très fortement découragés », a ajouté Mme von der Leyen.
Une proposition en ce sens sera mise sur la table lundi 25 janvier dans le cadre d’une réunion de l’IPCR, l’enceinte de gestion de crise de l’UE.
Les frontières extérieures de l’UE sont aussi concernées. Les personnes provenant de pays tiers pour des voyages essentiels devront également se faire tester avant le départ.
Mais les travailleurs frontaliers dans l'UE devront eux pouvoir continuer à circuler, a assuré Mme von der Leyen et ces durcissements « ciblés » doivent justement permettre de préserver la bonne marche du marché intérieur.
Les travailleurs frontaliers devraient donc être exemptés de toute nouvelle restriction. Mais il reviendra à chaque État membre d’évaluer la situation épidémiologique de ses voisins et de prendre les mesures adéquates, a ajouté la présidente de la Commission. Une fermeture de frontières n’aurait, selon elle, aucun sens et « ébranlerait » le marché unique.
Mais « dans le même temps, nous sommes convaincus que des restrictions peuvent être envisagées pour les voyages non essentiels et les recommandations (du Conseil de l’UE adoptées en octobre 2020, NDLR) peuvent être adaptées », a estimé M. Michel (EUROPE 12580/6).
Alors que la Belgique avait appelé le 20 janvier à interdire purement et simplement les voyages non essentiels et que l’Allemagne avait fait planer la menace de nouveaux contrôles aux frontières intérieures, les Vingt-sept ont donc opté pour une approche progressive et se sont engagés à se coordonner alors que tous n’ont pas opté pour les mêmes mesures. Certains pays ont d’ailleurs annoncé jeudi soir de nouvelles dispositions.
Le président français, Emmanuel Macron, a ainsi annoncé à ses homologues l’introduction, à compter de dimanche 24 janvier, d’une obligation de présenter un test PCR négatif réalisé 72h avant le départ pour les Européens se rendant en France lors d'un voyage non essentiel. « Les travailleurs frontaliers et le transport terrestre seront en particulier exemptés de cette obligation », a indiqué une source de l'Élysée.
La France rejoint ainsi un groupe de pays membres comme la Belgique, l'Italie ou les Pays-Bas qui exigent déjà des tests et des quarantaines auprès des autres ressortissants européens quand ils rentrent sur leur territoire.
Accélérer la vaccination
Tous les dirigeants européens ont, par ailleurs, soutenu les objectifs de vaccination - 80% des personnes âgées et du personnel de santé d'ici mars et 70% des adultes d'ici l'été - proposés en début de semaine par la Commission (EUROPE 12639/1). Certains États membres ont même annoncé leur attention d'aller plus loin, à l'instar de l'Allemagne qui avait déclaré plus tôt son ambition de vacciner l'ensemble de sa population d'ici l'été.
« La vaccination est essentielle pour sortir de cette crise. Nous avons besoin de certitude sur les livraisons et d'efforts collaboratifs pour garantir une distribution rapide et réussie », a déclaré le Premier ministre estonien sortant, Jüri Ratas, en référence aux retards dans les livraisons du vaccin de Pfizer/BioNTech.
À l'origine d'une lettre appelant l'Agence européenne des médicaments à hâter ses travaux d'homologation, l'Autriche a indiqué attendre l'approbation du vaccin d'AstraZeneca « la semaine prochaine au plus tard ».
Les dirigeants européens ont aussi évoqué la question d'un certificat de vaccination, l'idée étant de travailler avec l'Organisation mondiale de la santé sur une forme standardisée. L'usage qui sera fait de ce certificat devra être discuté plus tard de façon rigoureuse, a souligné Mme von der Leyen, soulignant que trop de questions étaient encore en suspens.
Les Vingt-sept ont, en outre, réaffirmé le besoin de faire preuve de solidarité, en ce qui concerne la fourniture de doses de vaccins aux pays voisins et aux pays en développement, notamment via la facilité Covax. Pour la présidente de la Commission, l'UE peut et doit mettre en place un mécanisme européen permettant de rendre disponibles des vaccins que les États membres n'utiliseront pas. Aider ces pays est aussi « dans notre intérêt » car cela permettrait de freiner les mutations du virus, a-t-elle estimé.
Enfin, les dirigeants européens ont salué l'accord intervenu au Conseil de l'UE visant à faciliter l'utilisation et la reconnaissance des tests de dépistage (EUROPE 12640/2).
Lien vers les conclusions orales: http://bit.ly/2Mauxgj (Sophie Petitjean, Solenn Paulic, avec Mathieu Bion, Léa Marchal et Camille-Cerise Gessant)