Si l'aide humanitaire à l'éducation des enfants, mobilisée par l'UE dans les situations d'urgence et les crises prolongées, a atteint la plupart de ses objectifs ces dernières années, elle gagnerait en efficacité si elle s'inscrivait davantage dans la durée, si elle ciblait davantage les filles et si elle faisait l'objet d'une meilleure analyse des coûts, souligne la Cour des comptes européenne dans un rapport publié jeudi 21 janvier.
Ce rapport est le fruit d'un audit de projets en Jordanie et en Ouganda, où les engagements de l'UE de 2017 à 2019 s'élevaient respectivement à 18 et 16 millions d'euros.
L'objectif était d'évaluer si l'aide humanitaire de l'UE en faveur de l'éducation était efficace pour aider les enfants et si elle était fournie de manière efficiente, sachant que le budget pour ce poste a été porté à 10% des dépenses humanitaires de l'UE, soit à 169 millions € en 2019.
L'UE finance notamment la construction ou la réhabilitation de salles de classe, la fourniture de supports d'enseignement et de mobilier, la formation des professeurs ainsi qu'un enseignement accéléré pour aider les enfants à retourner à l'école.
Les auditeurs ont constaté que l'aide de l'UE contribuait à rétablir et à maintenir l'accès des enfants à une éducation sûre et de bonne qualité pendant les crises humanitaires. Les projets étaient pertinents et bien coordonnés et la Commission européenne a traité les problèmes qu'elle avait identifiés lors des visites de contrôle.
Toutefois, la plupart des projets sont trop courts (10 à 12 mois) pour couvrir les besoins éducatifs pluriannuels des enfants dans les crises de longue durée. L'aide de l'UE a donc été moins efficiente et moins à même de fournir des solutions durables. Sans compter qu'une durée courte augmente les coûts administratifs pour les organisations humanitaires partenaires d'ECHO (le service d'aide humanitaire de la Commission), selon les auditeurs.
La proportion de filles ciblées et/ou atteintes par les projets d'éducation ne reflète pas les désavantages plus importants auxquels elles sont confrontées. Alors qu'elles sont plus susceptibles de participer aux travaux ménagers, de subir des violences et de se marier tôt, les projets sont, dans l'ensemble, ciblés sur les garçons.
Enfin, les projets de l'UE 'argent contre éducation' ne contribuent guère à réduire la dépendance des bénéficiaires aux aides en espèces.
Recommandations. La Cour recommande donc à la Commission : - d'utiliser davantage les résultats des projets de capacité de réaction renforcée ; - de fournir davantage de soutien aux filles ; - de fournir un financement à plus long terme pour l'éducation dans les crises prolongées ; - d'améliorer l'analyse des coûts lors de la sélection et du suivi des projets d'éducation ; - de rendre durables les résultats des projets 'argent contre éducation', une fois son aide humanitaire terminée, par exemple en favorisant l'autonomie et en orientant davantage de familles bénéficiaires vers des solutions de subsistance. (Aminata Niang)