Quelques jours après le président du Conseil européen, Charles Michel (EUROPE 12613/40, 12612/1), le Haut Représentant de l’UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, a présenté, mercredi 2 décembre, sa vision du futur partenariat entre l’UE et les États-Unis.
« Lorsque le partenariat transatlantique est solide, l'UE et les États-Unis le sont tous les deux », souligne la communication commune du Haut Représentant et de la Commission.
Leur nouvel agenda recoupe les thèmes mis en avant par M. Michel. Il s’agit de « travailler ensemble » : - pour un monde plus sain, en lien avec la Covid-19 et au-delà ; - pour protéger notre planète et notre prospérité ; - sur la technologie, le commerce et les normes ; - pour un monde plus sûr, plus prospère et plus démocratique.
Estimant que la lutte contre la Covid-19 était le sujet nécessitant le plus de coopération mondiale à court terme, la Commission souligne que les États-Unis et l’UE devraient assurer le financement du développement et de la distribution de vaccins, de tests et de traitements et invite Washington à rejoindre et à contribuer à la Facilité COVAX et à l’Accélérateur ACT (ACT-A).
Afin d'être prêts pour de potentielles futures pandémies, l’UE et les États-Unis devraient élaborer un « manuel de préparation et d'intervention » et renforcer la coopération et le partage des données entre leurs agences sanitaires. Dans le cadre multilatéral, les deux parties devraient collaborer sur le renforcement et la réforme de l’OMS et sur la facilitation du commerce des produits médicaux essentiels, en commençant par l’adhésion des États-Unis à l'Initiative sur le commerce et la santé dans le cadre de l'OMC.
Alors que le président élu américain, Joe Biden, a annoncé que son pays rejoindrait l’accord de Paris, la Commission entend faire de la lutte contre le changement climatique et la perte de la biodiversité un axe fort de la coopération transatlantique. Elle appelle donc les États-Unis à devenir un pays neutre sur le plan climatique d’ici 2050.
La Commission compte lancer, mi-2021, un nouveau programme de commerce vert (Green Trade Agenda) transatlantique, « qui comprendrait une initiative sur le commerce et le climat au sein de l'OMC et des mesures visant à éviter les fuites de carbone ».
Les deux partenaires pourraient aussi former une alliance des technologies vertes, pour « assurer une plus grande coopération sur le développement de technologies propres et circulaires et la création de marchés pilotes ». Les deux parties devraient également concevoir ensemble un cadre réglementaire mondial pour le financement durable « en tirant parti de l'expérience de la taxonomie de l'UE ».
Enfin, Américains et Européens devraient coordonner leurs positions et mener les efforts afin d'obtenir la conclusion d'accords mondiaux « ambitieux » lors des sommets des Nations unies sur le climat et la biodiversité en 2021 et joindre leurs efforts dans la lutte contre la déforestation et la protection des océans.
En ce qui concerne le commerce, l'UE a fait le choix de communiquer de manière très ambitieuse sur les relations futures avec les États-Unis. L'objectif est d'imposer le duo comme moteur des échanges mondiaux. L'Union propose, par exemple, de joindre les efforts des deux blocs pour établir des normes pour les produits de haute technologie, mais aussi concernant tout ce qui relève du commerce équitable.
Se considérant comme les deux régulateurs les plus influents au monde, l'UE estime dans sa communication commune que : « là où les deux parties sont d'accord, le reste du monde suit ». Elle cherche à s'imposer comme acteur incontournable aux côtés des États-Unis dans le domaine de la haute technologie. C'est pourquoi elle propose de créer un Conseil UE-États-Unis pour le Commerce et les Technologies chargé de travailler sur la réduction des barrières commerciales, le développement de standards et la promotion d'une concurrence loyale.
Alors que le plus grand accord de libre-échange a été signé le 15 novembre entre 15 pays de l'Asie-Pacifique, l'UE riposte en s'affichant comme le partenaire stratégique naturel des États-Unis. La politique commerciale agressive jusqu'ici menée envers l'Union européenne par les différentes administrations outre-Atlantique jette toutefois le doute sur la possibilité d'atteindre un tel niveau de relations.
Enfin, l’UE compte retrouver son partenaire en termes de sécurité internationale. La Commission propose de renforcer leur engagement commun en faveur de la sécurité transatlantique et internationale. Cela devrait passer, selon elle, par l’établissement d’un nouveau dialogue bilatéral sur la sécurité et la défense alors que les Américains s'inquiètent de la volonté de l’UE de développer son autonomie stratégique. Pour l’UE, les deux parties devraient coordonner leurs réponses aux défis communs afin de promouvoir la stabilité régionale et mondiale, en commençant par le voisinage de l’UE.
L’UE se dit prête à participer au sommet pour la démocratie, proposé par M. Biden « en prenant des engagements communs pour lutter contre la montée de l'autoritarisme, les violations des droits de l'homme et la corruption ».
Elle souhaite aussi une meilleure coordination concernant l’adoption de sanctions, ce qui aiderait l'UE à éviter les conséquences de l’extraterritorialité des mesures américaines. Enfin, l’UE et les États-Unis devraient s’unir pour renforcer le système multilatéral sur la base de leurs valeurs communes.
La communication sera discutée par les ministres des Affaires étrangères européens lundi 7 décembre. Le Conseil européen, qui doit déjà plancher sur les propositions de Charles Michel, est invité à approuver cette communication, lors de son sommet des 10 et 11 décembre. L’objectif est de lancer le nouvel agenda transatlantique lors d’un sommet UE-États-Unis au premier semestre 2021.
Voir la communication conjointe : https://bit.ly/3ompRSx (Camille-Cerise Gessant et Léa Marchal)