L’Agence spatiale européenne (ESA) a annoncé, vendredi 13 novembre, la signature de trois gros contrats industriels pour lancer de nouvelles missions Sentinel dans le cadre du programme européen d’observation terrestre Copernicus. Mais les craintes se font jour face au budget restreint de l’enveloppe dédiée à la politique spatiale au sein de l’UE.
Ainsi, l’Agence a annoncé un contrat d’un montant global de 455 millions d’euros pour la mission CHIME (pour Copernicus Hyperspectral Imaging Mission), principalement dédiée à la gestion de l’exploitation agricole et de la biodiversité, 495 millions d’euros pour la mission CIMR (Copernicus Imaging Microwave Radiometer), pour le suivi des paramètres des océans et des glaces, et enfin 389 millions d’euros pour LSTM (Land Surface Temperature Monitoring Mission), dédié à la mesure des températures du sol. Seules de premières tranches ont été versées (respectivement 90, 93 et 95 milliards d’euros).
La question budgétaire se pose en raison de l’enveloppe budgétaire agréée provisoirement entre les colégislateurs (EUROPE 12599/2), qui reste en deçà des attentes de l’ESA, comme le rappelle le directeur des programmes d’observation de la terre de l’ESA, Josef Aschbacher.
« Il nous manque 2,3 milliards d'euros pour Copernicus par rapport au scénario nominal et la question est maintenant de savoir ce que nous allons faire » a-t-il confié à EUROPE, qui rappelle qu’il y a 6 missions prévues en tout dans le cadre du programme Copernicus 2.0. M.Aschbacher a expliqué qu’à la fin de 2021, il y aura un état des lieux réalisé pour déterminer la suite des missions.
« Nous avons commencé maintenant avec la Commission européenne et nos États membres un exercice : nous passons en revue les différents postes budgétaires ligne par ligne et voyons lesquels pourraient être réduits afin de faire face à moins d'argent » a-t-il poursuivi. « En parallèle, bien sûr, nous examinons les options que nous pourrions trouver, peut-être en dehors de la règlementation spatiale, peut-être dans Horizon Europe ou ailleurs, afin de compenser certaines de ces pertes ».
L’intérêt de la Norvège récemment exprimé pour rejoindre Galileo et Copernicus pourrait apporter un surplus d’argent : « cela aidera, mais ne couvrira pas toute la différence…Et la situation du Royaume-Uni et de la Suisse n'est pas connue », indique le directeur.
Car pour M. Aschbacher, la position dominante de l’UE pourrait être remise en question par la Chine, qui est en train d'élaborer une copie du programme Copernicus avec plus de satellites, et les États-Unis, notamment avec l’arrivée du nouveau président Joe Biden, qui pourrait renforcer le programme d’observation terrestre dans le cadre de la lutte contre le changement climatique (peu prioritaire sous le mandat de Donald Trump).
Après avoir eu une réunion ministérielle couronnée de succès en 2019, Copernicus ayant 400 millions d’euros de plus que souhaité par l’Agence, l’ESA tire la sonnette d’alarme depuis de nombreux mois face aux coupes budgétaires dans la politique spatiale de l’UE dans le prochain cycle budgétaire (EUROPE 12409/8). (Pascal Hansens)