La ministre allemande de la Recherche, Anja Karliczek, a présenté aux eurodéputés de la commission de l'industrie, de la recherche et de l'énergie (ITRE), mardi 1er septembre, les dossiers auxquels la Présidence allemande du Conseil de l’UE entend donner la priorité au cours des quatre prochains mois.
Au cœur des discussions : le programme de recherche et d'innovation de l'Union pour 2021-2027, Horizon Europe. Ce dernier, censé prendre effet au 1er janvier, n’a toutefois pas encore été arrêté définitivement, la décision d'engager des négociations interinstitutionnelles n’ayant été annoncée en plénière que dernièrement.
« Nous voulons entamer les trilogues », a insisté le député roumain Dan Nica, coordinateur S&D et rapporteur pour le PE sur ce dossier, soulignant « l’impatience des députés ». La ministre allemande a assuré qu'elle souhaitait voir les négociations aboutir à la fin du mois de septembre, ajoutant que se posait toujours la question de la « répartition » du budget d’Horizon Europe.
Négociation âpre. « Nous sommes tous d’accord pour dire qu’il s’agira de la négociation la plus âpre », a-t-elle assuré, convenant qu’une grande variété de programmes essentiels devra être financée.
Les différents groupes, eux, ont exprimé leurs inquiétudes quant aux coupes budgétaires en matière de recherche et d’innovation (moins 13,5 milliards d’euros) actées par les chefs d’État ou de gouvernement en juillet dernier (EUROPE 12532/6).
Le PPE s’est ainsi dit inquiet de ce que ces coupes doivent être compensées par un Plan de relance dont les modalités demeurent floues. Le S&D, lui, a dénoncé un « mauvais signal », alors même qu’une deuxième vague de l’épidémie de Covid-19 menace et que l’heure est désormais au développement d’un vaccin.
« Nous devons être satisfaits d’avoir obtenu un accord, ainsi nous pourrons lancer les programmes en 2021 », s’est défendue Anja Karliczek, martelant l’importance de mettre en œuvre Horizon Europe à temps.
Échéances. La ministre a par ailleurs indiqué que les négociations sur le réacteur thermonucléaire expérimental international (ITER) progressaient bien et que Berlin espérait clore ce dossier d’ici décembre.
Elle a également confirmé l’adoption, lors du prochain Conseil 'Recherche', de conclusions sur l’Espace européen de la recherche (EUROPE 12533/12).
Domaine spatial. Enfin, Mme Karliczek a été interpellée par Christophe Grudler (Renew Europe, français) sur les récentes propositions de la Présidence concernant le programme spatial de l’UE.
L’eurodéputé a notamment insisté sur l’article 25 relatif à la protection des intérêts essentiels européens et de l’autonomie de l’industrie européenne, tentant de mieux cerner les raisons qui ont poussé la Présidence à détricoter la proposition de la Commission (EUROPE 12548/8).
Mme Karliczek, louvoyant, a expliqué que l’autonomie stratégique de l’UE était de la plus haute importance et qu’il importait pour Berlin de produire et développer des technologies en Europe. Avant d’insister sur la nécessité d’une « bonne interdépendance », en mettant en exergue le principe de spécialisation des États et régions, et donc, en creux, validant le principe d'ouverture du marché du secteur spatial. (Agathe Cherki et Pascal Hansens)