Le porte-parole du Service européen pour l’action extérieure (SEAE), Peter Stano, a salué, mardi 1er septembre, la nomination, la veille au soir, d’un nouveau Premier ministre au Liban.
Il s’agit de Moustapha Adib, 48 ans, ancien ambassadeur du pays en Allemagne.
« La désignation du nouveau Premier ministre, Mustapha Adib, est un pas important pour former un nouveau gouvernement », a-t-il souligné devant les médias. Selon lui, le gouvernement devra être compétent, responsable et représentatif afin de refléter les besoins et les aspirations du peuple libanais. « Il faut qu’il puisse mettre en œuvre des réformes indispensables pour l’aide internationale, mais aussi indispensables simplement pour que le Liban récupère, se reprenne et sorte de cette situation économique difficile dans laquelle il se trouve en répondant aux aspirations et aux besoins de ses citoyens », a insisté M. Stano.
« Nous ferons de notre mieux pour aider le pays à surmonter les défis multiples auquel il fait face, il en est de notre devoir », a promis, pour sa part, le directeur général adjoint du SEAE pour la région MENA, Carl Hallergard, lors d’une audition sur le Liban à la commission des Affaires étrangères du Parlement européen.
Pour ce qui est des réformes, « on voudrait que les choses évoluent rapidement. Dans quel sens ? C'est aux Libanais de décider », a-t-il précisé. Toujours devant cette commission, le directeur général adjoint de la Commission européenne à la DG NEAR, Maciej Popowski, a ajouté que, si le Liban le lui demandait, l’UE était prête à l'aider dans son processus de réformes.
Un pays aux multiples crises
Au-delà de l’explosion meurtrière et destructrice dans la capitale libanaise le 4 août dernier (EUROPE 12543/2), le pays fait face à une importante crise économique, à la crise syrienne et à la pandémie de Covid-19, avec de 500 à 600 nouveaux cas déclarés chaque jour.
Le pays a besoin de toute urgence d’une aide du FMI, une aide de 10 milliards de dollars qui était en discussion avant l’explosion. « Il faut un accord le plus vite possible pour que le pays sorte de la crise économique. (…) Il faut prendre des mesures de confiance, le PM l’a bien compris, ce dont on se félicite », a expliqué M. Hallergard, alors que M. Adib a fait d’un tel accord une priorité. Si un accord est trouvé avec l’organisation internationale, l’UE pourrait ensuite se pencher sur une aide macrofinancière à destination du pays.
Et une aide serait plus que la bienvenue. Sans parler de la crise économique, selon M. Popowski, les dommages physiques de l’explosion représentent entre 4 et 5 milliards de dollars et un impact de 3 à 3,5 milliards de dollars sur les flux économiques, car les infrastructures de transports ont été touchées. « Il faudra entre 1,8 et 2,2 milliards de dollars pour rebâtir les infrastructures pour 2020 et 2021 », a-t-il ajouté.
Le directeur adjoint a ajouté que la Commission envisageait plusieurs projets portant sur l’économie, l’éducation et la santé et qu’elle voulait utiliser toutes les possibilités du fonds fiduciaire pour la Syrie, soit le déblocage de 259 millions d’euros d’ici la fin de l’année.
Mais l’argent doit faire l’objet d’un contrôle strict, ont souligné les députés européens, inquiets du problème de corruption au Liban. M. Popowski a voulu se montrer rassurant à ce sujet. Selon lui, l’UE est particulièrement stricte et travaille avec des organisations internationales. « On mène des contrôles et les audits nécessaires et on continuera à le faire », a-t-il ajouté.
Le soutien financier international sera aussi soumis à l'avancée des réformes. En visite à Beyrouth, le président français, Emmanuel Macron, a prévenu qu’il ne débloquerait pas les fonds promis au Liban lors de la conférence de Paris de 2018 si les réformes n’étaient pas mises en œuvre. (Camille-Cerise Gessant)