Répondre au déclin démographique européen doit devenir l’une des grandes priorités de l’Union, a insisté la vice-présidente de la Commission chargée de la Démocratie et de la Démographie, Dubravka Šuica, devant la commission ‘Emploi et affaires sociales’ du Parlement européen, rappelant notamment que, d’ici 2070, l’Union devrait perdre 18% de personnes en âge de travailler.
« (Le défi démographique), on doit en faire une priorité de la Commission européenne », a martelé la vice-présidente, en insistant sur le fait que toutes les autres priorités de l'institution, à commencer par le Pacte vert, devaient être combinées avec une composante liée aux enjeux démographiques (une demande des ONG, par ailleurs – EUROPE 12477/34). En effet, « sans les gens, sans la vie, tout est inutile » a-t-elle lancé.
La vice-présidente a rappelé la complexité du problème. Tout d’abord, l’évolution défavorable du ratio travailleur/personne de plus de 65 ans, qui était de 2,9 en 2019 et qui devrait chuter à 1,7 en 2070. Une tendance qui posera nécessairement des problèmes de financement et nécessitera de repenser les modèles actuels, selon elle. Dans le même temps, « l’économie des seniors » (silver economy) représente une « opportunité » : la consommation des plus de 50 ans irait croissant, de 5% par an, pour représenter un marché de 5 700 milliards d’euros en 2025.
Le phénomène provoque de fortes disparités territoriales : 31 millions d’ Européens vivent dans des régions confrontées à la fois au déclin démographique et à un PIB par habitant faible, Mme Šuica citant notamment les pays baltes, la Bulgarie, la Roumanie, la Croatie ou le Portugal. Pour la vice-présidente, la solution viendra du déploiement de l’Internet à haut débit, qui rendra les régions rurales plus attrayantes pour les travailleurs. L’immigration « gérée » représente également une solution « pour recharger » (to refill) le marché de l’emploi.
La question de la solitude gagne également en acuité dans la réflexion de son institution, a-t-elle fait savoir, rappelant qu’un tiers des foyers dans l’UE était constitué d’une seule personne.
Pour elle, il faudra prévoir des fonds européens pour répondre au défi démographique, citant la politique de cohésion et appelant à un usage judicieux des programmations, mais aussi du Plan de relance.
Les eurodéputés ont salué les propos de la vice-présidente, non sans lui rappeler, comme l'a fait Marc Botenga (GUE/NGL, belge), que les politiques d’austérité que son institution a promues ces deux dernières décennies ont eu pour conséquence de provoquer l’atonie de la fertilité européenne. Mme Agnes Jongerius (S&D, néerlandaise), pour sa part, a évoqué le fait que la précarité croissante de l’emploi, empêchant les jeunes de se projeter dans l’avenir, avait pour conséquence directe une fertilité en berne.
La Commission devrait présenter un livre vert sur la vieillesse en janvier 2021. Suivra une vision sur le long terme pour les régions rurales dans le courant du premier trimestre. Fin mars 2021, l’institution présentera une stratégie européenne sur les droits des enfants. (Pascal Hansens)