Lors d’un sommet virtuel entre l'Inde et l'UE, mercredi 15 juillet, les dirigeants feront le point sur une relation riche, mais qui, d'après l'Union, n'a pas encore livré tout son potentiel.
Pour ce premier sommet depuis 2017, l'UE sera représentée par Charles Michel, président du Conseil européen, par Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et par le Haut Représentant de l'UE pour les Affaires étrangères et la Politique de sécurité, Josep Borrell, alors que le Premier ministre Shri Narendra Modi représentera l'Inde.
Au programme de cet entretien, la réponse à la pandémie de Covid-19. Fin mai, M. Borrell et le ministre indien des Relations extérieures, Subrahmanyam Jaishankar, étaient convenus que la pandémie de Covid-19 rendait le Partenariat stratégique UE-Inde encore plus pertinent (EUROPE 12495/36).
Les dirigeants aborderont les modalités pour renforcer la coopération afin de mieux contrôler l'impact du virus tant au niveau humain que socioéconomique. L'Inde est un des pays les plus touchés par la pandémie, avec plus de 900 000 personnes contaminées dans le pays.
Les dirigeants rappelleront la nécessité d'adopter une stratégie universelle sur les vaccins, d'assurer la circulation de fournitures médicales essentielles et de maintenir le commerce mondial et les chaînes de valeur ouverts.
Nouvelle stratégie, état des lieux
Les parties s’entretiendront aussi des pistes pour renforcer leur Partenariat stratégique et approuveront, entre autres, l'Agenda 2025, lequel identifie les domaines prioritaires communs, avec des objectifs à court et à moyen termes. Selon une source européenne, l'action climatique devrait être au centre de cet agenda.
Si le cadre de la relation bilatérale est toujours régi par l'accord de coopération UE-Inde de 1994, le Partenariat a été enrichi en 2018 d’une nouvelle stratégie (EUROPE 12141/23). Celle-ci met notamment l'accent sur la politique étrangère, telle l’identification de réponses communes aux défis mondiaux et régionaux. Elle développe également la coopération en matière de défense (EUROPE 12407/28) et promeut un multilatéralisme efficace qui s'appuie sur des valeurs et des objectifs communs.
Des sujets qui seront abordés lors du sommet : les dirigeants devraient réaffirmer leur détermination à promouvoir un multilatéralisme efficace et un ordre multilatéral fondé sur des règles, avec les Nations Unies (ONU) et l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en son centre. L'Inde est en effet un acteur mondial clef, a souligné une source européenne, notamment de par son rôle au Conseil de sécurité de l'ONU où, depuis juin 2020, elle a été élue membre non permanente pour la huitième fois.
Les dirigeants discuteront également de leur coopération en matière de sécurité, de climat, d'environnement, de commerce et d'investissement, d'économie numérique et de connectivité. Ils pourraient aussi discuter de politique étrangère, notamment des tensions entre l'Inde et la Chine (EUROPE 12509/22).
Les deux parties pourraient aussi réaffirmer leur engagement en matière des droits de l'homme. Un haut fonctionnaire a d'ailleurs espéré que le dialogue sur les droits de l'homme pourra reprendre dès que la pandémie de Covid-19 le permettra.
Synergies économiques
La croissance économique rapide du sous-continent au cours de la dernière décennie en fait une destination alléchante pour les opérateurs économiques européens. Avec une population croissante de plus de 1,3 milliard d'habitants, l’Inde a attiré deux fois plus d’investissements européens au cours de la dernière décennie. L'UE a renforcé sa présence comme investisseur, avec 22% des entrées totales d’investissements directs étrangers (IDE) en Inde en 2019-2020. L’UE était le troisième récipiendaire des IDE indiens sur la même période.
Quelque 6 000 entreprises européennes sont présentes en Inde, mais les opérateurs économiques européens butent souvent sur des discriminations, paperasseries et autres barrières commerciales favorisées par un environnement réglementaire toujours relativement restrictif. Par ailleurs, l’UE pointe de gros manquements dans la protection des droits de propriété intellectuelle.
Potentiel inexploité
En 2019, la valeur totale des échanges de marchandises entre l'UE et l'Inde s'élevait à 80 milliards d'euros. L’UE absorbe également plus de 14% du total des exportations indiennes.
Télécommunications, services informatiques et d'information... le commerce des services a également connu une augmentation régulière, atteignant 30 milliards d'euros en 2018. Les échanges demeurent relativement équilibrés, les exportations de l’UE vers son partenaire asiatique totalisent 14 milliards d'euros, contre 15 milliards pour ses importations originaires d’Inde.
Bien que le bloc des Vingt-sept soit le plus grand partenaire commercial de l'Inde, avec un commerce bilatéral pour les biens et services de plus de 100 milliards d'euros, cette relation est loin de livrer son potentiel.
Ces relations commerciales sont d'ailleurs toujours régies par l'accord de coopération et de partenariat de 1994, les deux parties ayant échoué à sceller entre elles un accord de libre-échange. En effet, les pourparlers lancés en 2007 ont débouché dès 2013 sur un cul-de-sac pour « inadéquation du niveau des ambitions », d’après la Commission, et les tentatives de relance ont échoué (EUROPE 11989/7).
Mais l'UE, qui veut renforcer la sécurité juridique de ses IDE, tente depuis plusieurs années de convaincre New Delhi d'accepter de négocier un accord autonome de protection des investissements, l'Inde ayant dénoncé tous ses accords bilatéraux d'investissements avec les États membres.
Un nouveau dialogue sur le commerce et l'investissement, qui aura lieu au niveau ministériel, devrait d'ailleurs être annoncé lors du sommet. Il permettrait le suivi de ces questions au niveau politique. (Hermine Donceel avec Camille-Cerise Gessant)