La vice-présidente de la Commission chargée des Valeurs et de la Transparence, Věra Jourová, a détaillé le contenu de la récente communication sur la désinformation liée à la pandémie de Covid-19, lundi 15 juin, devant la commission des libertés civiles (LIBE) du Parlement européen (EUROPE 12503/1).
Réagissant sur ce sujet, les coordinateurs des groupes politiques se sont notamment montrés préoccupés par la question de l’enseignement.
Au nom du groupe PPE, la Lituanienne Rasa Juknevičienė a souhaité que la Commission prépare un « grand plan d’enseignement de l’Histoire dans les écoles européennes ». Il convient de faire face aux « manipulations de l’Histoire », a-t-elle précisé, évoquant les récentes déclarations du Président russe, Vladimir Poutine, au sujet d’une collusion entre la Pologne d’avant-guerre et l’Allemagne nazie (EUROPE 12483/22).
Birgit Sippel (S&D, allemande), pour sa part, a estimé que « la connaissance des médias » devrait constituer un élément fondamental de l’enseignement dispensé dans tous les établissements scolaires. Elle a déploré que de plus en plus de citoyens aient du mal à faire le tri entre informations fiables et fausses informations.
Mme Jourová a reconnu que l’UE devait « faire des efforts dans le domaine de l’éducation et de l’enseignement », notamment sur l’enseignement de l’Histoire du XXe siècle.
Des voix se sont également élevées pour réclamer plus de transparence. De la part des gouvernements comme de la Commission.
Sophie in't Veld (Renew Europe, néerlandaise) a ainsi insisté sur l'importance de veiller à ce que les citoyens puissent de nouveau avoir confiance en la capacité des autorités à communiquer des informations fiables. « Vous avez parlé de transparence, mais il est très difficile d’avoir accès aux documents de la Commission européenne ! », a-t-elle regretté.
Protéger les journalistes et soutenir l’investigation
Interpellée sur le sujet de la liberté de la presse, la vice-présidente de la Commission a concédé qu'un soutien accru au journalisme indépendant était nécessaire.
Les députés ont abordé plus en détail encore la question de la protection et de l'indépendance des journalistes à l'occasion de la présentation d’un rapport d’initiative sur la liberté de la presse, confié à Magdalena Adamowicz (PPE, polonaise).
Cette dernière s'est inquiétée de l’emprise de certains partis politiques nationaux sur les médias publics, des tentatives d’intimidation exercées à l’encontre de journalistes et de la toute-puissance des plateformes en ligne, exploitées « sans vergogne », selon la députée, à des fins politiques.
Mme Adamowicz a insisté sur la nécessité de défendre la liberté d’expression tout en ayant en tête que « c’est parfois sous couvert de cette liberté que l’on s’exprime pour manipuler ».
Elle a notamment plaidé pour une meilleure protection des journalistes ainsi que pour un soutien financier accru du journalisme d’enquête, puis elle a invité la Commission à présenter une proposition en matière de poursuite stratégique contre la mobilisation publique (Strategic lawsuit against public participation – SLAPP).
Les rapporteurs fictifs, ainsi que les représentants de la commission de la culture et de l'éducation associée à ces travaux, ont salué le travail mené par Magdalena Adamowicz. Elena Yoncheva (S&D, bulgare) a qualifié le projet de rapport d’« excellente base », mais a estimé que plus d’ambition en matière de liberté de la presse était nécessaire.
Plusieurs groupes ont insisté sur la question des financements. « Il nous faut un fonds permanent pour les journalistes, un mécanisme qui permettra de financer leurs projets », a insisté Ramona Strugariu (Renew Europe, roumaine), rejointe sur ce point par la gauche.
Alice Kuhnke (Verts/ALE, suédoise), quant à elle, a rappelé que les formes de violences à l’encontre des journalistes variaient selon leur genre, les femmes journalistes étant confrontées à des violences sexistes. Par conséquent, elle a estimé « nécessaire » que le rapport soit enrichi d’« un éclairage genré ». (Agathe Cherki)