L’Organisation internationale des migrations (OIM) et le Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies (UNHCR) ont appelé les États membres de l'Union européenne, lundi 15 juin, à ne pas tourner le dos aux migrants sous le prétexte des risques sanitaires liés à la Covid-19. Cela, alors que de nouveaux naufrages ont été rapportés ces derniers jours au large de la Libye ou de la Tunisie.
Lors d’un débat en commission des libertés civiles du Parlement européen sur la situation migratoire en mer Méditerranée, ils ont demandé aux États membres de continuer à porter assistance aux migrants en mer et à aider des pays comme Malte et l’Italie à gérer les arrivées de migrants.
La pandémie « ne doit pas être une excuse pour laisser les migrants en mer » et, parfois, durant de longues journées sur des bateaux, a dit Ola Henrikson de l’OIM, ajoutant que les Vingt-sept membres doivent cesser leurs négociations permanentes « avec les vies humaines ».
Vincent Cochetel, du UNHCR, lui a fait écho, rappelant la situation encore plus précaire des migrants en Libye et en Afrique du Nord, qui, « pour la moitié, ont perdu leur emploi » avec la Covid-19 et ne savent pas s’ils le retrouveront, ce qui pourrait avoir des conséquences sur leur situation et les envies de départ.
Il a appelé les Vingt-sept à relativiser le nombre des arrivées dans l’UE alors que, sur les 3 derniers mois, 350 000 personnes ont été déplacées en Afrique. Et, contrairement à ce que certains gouvernements européens ont affirmé, à savoir qu’il n’y avait plus besoin des ONG en mer pour sauver les migrants, « les traversées en mer ont continué pendant la pandémie ».
Il faut donc que les États membres de l'UE apportent davantage de solidarité aux pays de première ligne et les aident à prendre en charge les arrivées, même si toutes les personnes débarquées ne pourront être relocalisées, car ne pouvant pas démontrer qu’elles ont droit à l’asile.
Les États membres doivent aussi éviter de se reposer sur l’Afrique du Nord en « externalisant leurs responsabilités ».
L’ONG Sea Eye, pour sa part, a appelé les Vingt-sept à ne plus coopérer avec les garde-côtes libyens et a critiqué le mandat de l’opération Irini, qui sert, selon elle, à ramener les migrants en Libye.
Selon les derniers chiffres de Frontex, le nombre de migrants irréguliers ayant traversé la Méditerranée centrale en mai a augmenté de 40% par rapport à avril, pour atteindre environ 1 000 personnes. Le total pour les cinq premiers mois a dépassé les 5 500, soit un nombre près de trois fois supérieur à celui enregistré au cours de la même période en 2019. Les trois principales nationalités sont les Bangladais, les Soudanais et les Ivoiriens.
Le Pacte dans les « prochaines semaines »
Une représentante de la Commission a indiqué que le Pacte sur la migration et l’asile serait « présenté dans les prochaines semaines, avec un peu de retard ».
Il devrait inclure des procédures pour le débarquement des migrants, pour éviter qu’ils ne « restent trop longtemps dans les limbes ». (Solenn Paulic)