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Bulletin Quotidien Europe N° 12491
POLITIQUES SECTORIELLES / BiodiversitÉ

La restauration obligatoire de 30% des écosystèmes terrestres et marins d'ici 2030 au cœur de la stratégie de l'UE proposée par la Commission

Prévue dans le Green Deal européen, la stratégie de l'UE pour la biodiversité à l'horizon 2030, présentée mercredi 20 mai par la Commission, entend à la fois répondre à la crise de la perte de biodiversité et du changement climatique en Europe et dans le monde, favoriser la résilience de l'UE à de futures crises sanitaires liées à la destruction de la nature et donner les moyens à l'UE d'être une force motrice au niveau international.

Par les actions et les engagements qu’elle propose, elle s'attaque aux principaux facteurs de perte de la biodiversité - l'utilisation non durable des terres et des mers, la surexploitation des ressources naturelles, la pollution et les espèces exotiques envahissantes - et sera un élément central du plan de relance économique post-Covid-19 en préservant les services écosystémiques précieux que livre la nature (EUROPE 12485/8).

Ses implications pour l'agriculture en font une stratégie étroitement liée à la stratégie de l'UE pour une alimentation durable 'de la ferme à la table', présentée le même jour (voir autre nouvelle).

« Les bénéfices du réseau paneuropéen de protection de la nature Natura 2000 sont évalués à 200-300 milliards d'euros par an. Si Natura 2000 était mis en œuvre, il créerait 1 million d'emplois », a déclaré à la presse le vice-président au Green Deal, Frans Timmermans. La bonne mise en œuvre et l'extension de ce réseau sont en effet un pilier de la stratégie.

« La biodiversité est une question qu’on a jusqu’ici considérée uniquement comme une question environnementale, mais qui, en réalité, est étroitement liée à la santé mondiale et à l’économie mondiale », a renchéri le commissaire à l'Environnement, aux Océans et à la Pêche, Virginijus Sinkevičius.

Des actions prévues en matière de protection, d'utilisation durable et de restauration de la nature, la Commission escompte qu'elles apporteront des avantages économiques aux communautés locales, en créant des emplois et une croissance durables.

Un financement de 20 milliards € par an sera débloqué pour la biodiversité par le biais de diverses sources, notamment des fonds de l'UE, des financements nationaux et privés.

La Commission propose comme objectif à l'UE de protéger et de restaurer au moins 30% des zones marines et terrestres d'ici 2030 par une gestion efficace et d’assurer une protection stricte à un tiers au moins de l'ensemble du réseau de zones protégées - représentant 10% du territoire de l'UE et 10% des mers de l'UE - y compris les forêts primaires, qui devront faire l'objet d'une cartographie et d'une surveillance vigilante

Objectif contraignant après évaluation d'impact. Cet objectif sera contraignant. La Commission présentera pour cela une législation en 2021, à l'issue d'une étude d'impact, qui explorera une méthodologie à l'échelle de l'UE.

« L'objectif contraignant fera la différence, parce que, sans cadre spécifiquement dédié et juridiquement contraignant, le risque est grand que l'objectif de l'UE ne soit pas mis en œuvre. Jusqu’ici, il y a eu des progrès dans la cartographie des zones, mais il n'y avait pas de critères de bon statut de la biodiversité. C’est très important », a expliqué M. Sinkevičius à un petit groupe de journalistes.

Figurent parmi les actions et objectifs non contraignants : - planter 3 milliards d’arbres. « Cet exercice devra se fonder sur des données scientifiques étayées », a précisé Frans Timmermans ; - consacrer 25% des terres cultivées à l'agriculture biologique (contre 8% actuellement). La Commission compte suivre de près ce que feront les États membres pour y parvenir, dans l'évaluation de leurs plans stratégiques prévus dans la réforme de la politique agricole commune.

La Commission propose aussi une réduction de 50% de l'utilisation et des risques des pesticides chimiques d'ici 2030 et une réduction de 50% du risque que comportent les pesticides à haut risque.

La stratégie prévoit l'élimination de la pollution due aux flux d'azote et de phosphore provenant des engrais d'ici 2030. L'utilisation d'engrais devrait être réduite d'au moins 20% d'ici à 2030 en évitant, en agriculture, les pertes de nutriments non absorbés par les plantes. Pour y parvenir, la Commission présentera un plan d'action 'zéro pollution' pour l'air, l'eau et le sol en 2021.

Quelle raison y a-t-il de croire que cette stratégie réussira quand celle pour 2020 (qui traduisait les engagements pris par l'UE en 2010) a totalement échoué ? 

M. Sinkevičius est optimiste « parce qu’elle tombe à point nommé au moment où nous cherchons des solutions à construire pour faire face à de futures pandémies. La stratégie précédente a été bien analysée. Cette fois-ci, elle contient des objectifs contraignants en 2021, mais aussi des objectifs mesurables qui peuvent être vérifiés ». Il cite aussi une volonté accrue de mise en œuvre, un nouveau contexte politique dû au Covid-19, le Green Deal, qui dessine une perspective jusqu’en 2050, l’engagement de la société civile. Selon lui, « cette combinaison de facteurs peut faire la réussite ».

Le président de la commission de l'environnement du PE, Pascal Canfin (Renew Europe), se réjouit que, « pour la première fois, l’Europe se dote d’un objectif de réduction des risques et de l'usage des pesticides ». Toutefois, il regrette que la Commission ne réponde pas « aux demandes répétées du Parlement pour diminuer la présence sur le marché des pesticides tueurs d’abeilles » et à celles en faveur d’un devoir de vigilance pour les entreprises et d’un étiquetage « 0 déforestation » obligatoire.

Peter Liese (PPE, allemand), porte-parole 'environnement' pour son groupe, salue la proposition tout en mettant en garde contre « une charge inutile pour les agriculteurs » en cette période de crise.

Le groupe S&D, dont est membre le rapporteur pour la Stratégie pour la biodiversité César Luena (espagnol), plaide pour des objectifs contraignants au niveau européen, comme au niveau mondial.

Les ONG sont satisfaites. « Il est bon de voir que la Commission européenne a écouté la science en proposant ces engagements importants. Il appartient maintenant aux États membres de les approuver », commente Sergiy Moroz, du Bureau européen de l'Environnement (BEE). (Aminata Niang)

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