login
login
Image header Agence Europe
Bulletin Quotidien Europe N° 12448
RÉPONSE EUROPÉENNE AU COVID-19 / Économie

L'Eurogroupe fera tout ce qui s'avère nécessaire pour éviter la paralysie de l'économie de la zone euro

Reprenant à leur compte la célèbre déclaration de l'ex-président de la BCE Mario Draghi prononcée en 2012 pour calmer les marchés financiers, les ministres des Finances de la zone euro ont promis de prendre « toutes les mesures nécessaires » ('whatever it takes'), « et même plus », pour épauler les acteurs économiques paralysés par la pandémie de coronavirus et les aider à faire repartir au plus vite leur activité une fois la crise passée, lundi 16 mars, à l'issue de leur visioconférence (EUROPE 12447/4).

« Nous protégerons nos citoyens et notre monnaie. Quels que soient les événements à venir et avec tous les moyens dont nous disposons. Notre engagement à venir en aide en cette période est sans limites », a déclaré le président de l'Eurogroupe, Mário Centeno, à l'issue de la réunion ministérielle.

« Notre devoir est de remplacer la peur par la confiance », a enchaîné le commissaire à l'Économie, Paolo Gentiloni. D'abord, a-t-il ajouté, il faut « sauver le plus de vies possible », ensuite nous devons nous coordonner de façon inédite pour empêcher l'effondrement économique. Il a listé les objectifs à atteindre : - apporter aux systèmes nationaux de santé toute l'assistance dont ils ont besoin ; - fournir la liquidité nécessaire aux entreprises touchées et protéger les emplois et les revenus des travailleurs ; - défendre le marché intérieur, « une tâche difficile » ; - mobiliser le budget de l'UE ; - appliquer de façon intelligente les règles en matière d'aides d'État et de façon très flexible les règles budgétaires européennes.

Additionnant les mesures d'urgence prises aux niveaux national et européen, qui s'ajoutent au fonctionnement normal de stabilisateurs économiques, l'Eurogroupe évalue les mesures budgétaires à hauteur de 1% du PIB en moyenne et les mesures visant à garantir la liquidité financière à hauteur de 10% du PIB. Ces dernières prennent surtout la forme de régimes de garantie publique et de report d'échéances fiscales.

Anticipant à ce stade une récession de « 1% du PIB » national pour 2020, le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, a indiqué mardi que les garanties publiques allaient s'élever à 300 milliards d'euros dans son pays et en Italie, et à 500 milliards d'euros en Allemagne.

En France, les mesures budgétaires d'urgence s'élèvent à 45 milliards d'euros, notamment via 32 milliards de reports de charges fiscales et sociales sur les deux prochains mois et la création d'un fonds de solidarité de 2 milliards d'euros pour les entreprises sur un mois. Il a assuré qu'il n'hésiterait pas à utiliser tous les moyens pour défendre un groupe français qui serait chahuté sur les marchés, en montant au capital de l'entreprise, voire en le nationalisant.

L'Eurogroupe, qui a décidé de se réunir désormais à un rythme hebdomadaire, accueille également favorablement les mesures de soutien à l'économie annoncées par la Commission européenne (EUROPE 12445/1, 12448/4), la Banque européenne d'investissement (voir autre nouvelle) et la Banque centrale européenne (EUROPE 12446/1).

Utiliser toute la flexibilité du Pacte de stabilité. Les ministres promettent d'utiliser toute la flexibilité qu'autorise le Pacte de stabilité et de croissance actuellement en vigueur.

Notamment, nous sommes d'accord avec l'approche de la Commission européenne visant à activer « la clause des événements exceptionnels » ('unusual events'), a indiqué M. Centeno, répétant que les règles budgétaires européennes ne feront pas barrage à la lutte contre la pandémie de coronavirus.

Cette clause, potentiellement activable, par exemple, en cas d'attentat terroriste, autorise l'engagement de dépenses ponctuelles ('one-off') exceptionnelles qui seront exclues du calcul de l'effort budgétaire structurel.

Mais il ne s'agit pas, à ce stade, de recourir à la clause dérogatoire générale ('general escape clause') qui permet d'affronter toute menace pour la zone euro ou pour l'UE dans son ensemble en suspendant l'ajustement budgétaire agréé au niveau européen. M. Gentiloni a toutefois noté que l'Eurogroupe avait accueilli favorablement le fait que la Commission est disposée à proposer aux ministres d'activer cette clause.

Le MES invité à innover. Par ailleurs, l'Eurogroupe a demandé à la Commission et au Mécanisme européen de stabilité (MES) d'explorer, en accord avec leur mandat, de nouvelles méthodes d'intervention pour venir en soutien aux pays de la zone euro.

Le directeur du MES, Klaus Regling, a indiqué à ce titre que le fonds de sauvetage permanent de la zone euro dispose d'une capacité de prêt de « 410 milliards d'euros, soit près de 3,4% du PIB de la zone euro ». Il a rappelé que certaines compétences du MES n'avaient jamais été mises en pratique, sans toutefois évoquer explicitement la possibilité pour un pays de la zone euro en difficulté de demander une ligne de crédit.

« Nous verrons comment ces modalités peuvent être utilisées et si et comment elles peuvent être utiles dans les circonstances actuelles », a-t-il ajouté, précisant qu'il ne s'agissait pas d'étendre les compétences du MES. Et de souligner que la situation actuelle était très différente de celle affrontée il y a 10 ans, lors de la crise de la dette souveraine, notamment parce que « tous les pays de la zone euro continuent d'avoir un accès au marché à des taux d'intérêt historiquement bas ».

« Il n'y a pas de problème lié à l'aléa moral », a renchéri M. Centeno. Mardi, le ministre allemand des Finances, Olaf Scholz, a toutefois estimé, dans les colonnes du Handelsblatt, qu'il était « prématuré » d'envisager l'intervention du MES pour venir en aide à un pays de la zone euro en difficulté.

Voir la déclaration de l'Eurogroupe : http://bit.ly/3d7inh4  (Mathieu Bion)

Sommaire

RÉPONSE EUROPÉENNE AU COVID-19
INSTITUTIONNEL
ACTION EXTÉRIEURE
POLITIQUES SECTORIELLES
ÉCONOMIE - FINANCES - ENTREPRISES
SOCIAL
CONSEIL DE L'EUROPE
BRÈVES