Que ce soit au niveau du G7 et de la zone euro, les dirigeants politiques ont à nouveau affiché, lundi 16 mars, leur volonté de mobiliser tous les moyens à leur disposition pour amortir l'onde de choc que la pandémie de coronavirus fait subir à l'économie mondiale.
Le président du Conseil européen, Charles Michel, a tenu un discours de « vérité » à l'issue de la réunion des leaders des pays du G7 (Allemagne, Canada, États-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) : la crise est « sérieuse, elle va être longue et difficile ». Il a rappelé que les vingt-sept dirigeants de l'Union européenne se réuniront à nouveau par visioconférence, mardi 17 mars, pour faire le point sur la réponse européenne au coronavirus tant d'un point économique que sanitaire et sécuritaire.
M. Michel, qui s'était déjà entretenu le matin même avec les dirigeants allemand, français et la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a assuré la détermination totale des échelons politiques européen et national pour protéger les citoyens et réduire les dommages négatifs infligés aux entreprises. « Nous espérons aussi pouvoir étendre cette mobilisation à d’autres pays du G20 », a-t-il ajouté.
À ses côtés, Mme von der Leyen a promis que l'institution européenne « n'hésitera pas à prendre de nouvelles mesures » après celles présentées vendredi dernier (EUROPE 12446/1). « Nous devons restaurer la confiance dans l'économie mondiale » en utilisant « tous les instruments à notre disposition », a-t-elle estimé, soulignant l'importance du soutien aux investissements.
Dans leur communiqué, les dirigeants des pays du G7 s'engagent à faire « tout ce qui s'avère nécessaire » pour garantir « une réponse globale robuste » à cette « tragédie humaine » que représente le coronavirus.
Outre le soutien sans faille aux systèmes nationaux de santé, les sept principales économies de la planète appellent à la mobilisation de tous les instruments budgétaires et monétaires permettant de soutenir « immédiatement » les travailleurs, les entreprises, surtout les PME. Les banques centrales sont invitées à agir pour préserver la stabilité financière, alors que les marchés financiers ont continué de dévisser, lundi.
À noter également que le G7, actuellement présidé par les États-Unis, se dit prêt à « affronter les perturbations touchant les chaînes internationales d'approvisionnement et à œuvrer pour faciliter le commerce international ».
Chaque semaine, les ministres des Finances des pays membres feront le point sur la situation et identifieront, si nécessaire, de nouvelles mesures.
Voir le communiqué du G7 : http://bit.ly/2WiNfoU
L'Eurogroupe liste les mesures anti-crise disponibles
S'appuyant sur une précédente déclaration, dans laquelle il s'est dit prêt à dégainer l'arme budgétaire (EUROPE 12439/16), l'Eurogroupe, qui s'est finalement tenu par visioconférence, s'est penché sur les mesures idoines à prendre de la manière la plus coordonnée possible pour affronter la pandémie de coronavirus.
Reprenant à son compte la célèbre citation de l'ancien président de la BCE Mario Draghi lors de la crise de la dette souveraine, l'Eurogroupe promet de faire « tout ce qui s'avère nécessaire » ('what ever it takes') pour restaurer la confiance et soutenir la reprise économique.
Sur la bases d'évaluations de la Commission européenne, il a évalué qu'outre les stabilisateurs économiques habituelles, les mesures économiques déjà prises aux niveaux national et européen s'élèvent, en matière budgétaire, à 1% du PIB en 2020. Les pays de la zone euro ont aussi annoncé des mesures d'octroi de liquidité équivalant au moins 10% du PIB par le bais de régimes de garanties publiques et de prorogation d'échéances fiscales. « Ces chiffres pourraient être bien plus importants à l'avenir », souligne l'Eurogroupe dans sa déclaration.
L'Eurogroupe, qui se réunira désormais toutes les semaines par visioconférence, a demandé aux institutions européennes et au Mécanisme européen de stabilité (MES) d'évaluer toutes les mesures possibles pour aider les pays à affronter le coronavirus.
Notamment, le président du MES, Klaus Regling, a indiqué que le fonds de sauvetage permanent de la zone euro dispose d'une capacité de prêt de 410 milliards d'euros et de compétences encore inutilisées à ce stade, telles que la possibilité d'octroyer des lignes de crédit. La situation est très différente de la crise d'il y a dix ans dans la mesure où « tous les pays conservent un accès au marché à des taux historiquement bas », a-t-il noté.
À l'entame de la réunion ministérielle, le président de l'Eurogroupe, Mário Centeno, avait listé les actions suivantes: - les initiatives visant à contenir et à traiter la maladie ; - la fourniture de liquidités aux entreprises ; - le soutien aux travailleurs et aux familles ; - d'autres mesures permettant aux acteurs économiques de faire la jonction avec le redémarrage économique.
« Nous nous assurerons que les règles budgétaires et régissant les aides d'État ne fassent pas barrage au soutien à l'économie. La flexibilité existe et sera pleinement activée », avait promis M. Centeno. « La propagation du virus n'a pas atteint son pic. Il ne faut pas se faire d'illusions. Il s'agit là des premières étapes d'un combat, certes temporaire, mais long », avait-il ajouté, comparant la situation en cours à une économie en temps de guerre ('war-like times').
Voir la déclaration de l'Eurogroupe: http://bit.ly/3d7inh4
Retour probable de la récession économique en 2020
Alors qu'elle envisageait encore fin février un ralentissement de la croissance du PIB à 1,2% dans la zone euro et 1,4% pour l'Union européenne en 2020, la Commission ne cache plus que la récession fera son retour sur le continent.
« Nous nous attendons à un impact négatif situé entre 2% et 2,5% », a indiqué le commissaire européen au Marché intérieur, Thierry Breton, sur les antennes de BFM Business. De nouvelles prévisions économiques sont attendues début mai.
Malgré les mesures économiques d'urgence déjà annoncées en fin de semaine dernière par de nombreux États membres, plusieurs banques centrales, dont la Banque centrale européenne (BCE) (EUROPE 12445/1) et la Commission européenne, les marchés financiers ont continué de dévisser lundi 16 mars, les mesures de confinement - déjà prises ou attendues - paralysant l'économie mondiale.
Dimanche, la BCE et la Réserve fédérale, la Banque d'Angleterre, la Banque du Canada et la Banque Nationale de Suisse avaient lancé une action coordonnée destinée à assurer la fourniture de liquidités via des accords d'échange ('swap lines') de dollars US. L'objectif est d'alléger in fine les tensions en matière d'octroi de crédits aux entreprises et aux particuliers.
Fortement critiquée pour n'avoir pas promis clairement d'agir sur les marchés des titres souverains au cas où un pays affaibli - comme l'Italie - serait visé, la présidente de la BCE a depuis rectifié le tir et promis que l'institut monétaire combattra toute « fragmentation » au sein de la zone euro.
Afin de soutenir la capacité des banques à maintenir l'octroi de crédit aux opérateurs économiques, la BCE en tant que superviseur bancaire unique et l'Autorité bancaire européenne ont incité les superviseurs nationaux à utiliser les marges de flexibilité déjà inscrites dans les règles prudentielles européennes. L'exercice annuel des tests de résistance bancaire a été reporté à 2021. (Mathieu Bion avec Marion Fontana)