La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a annoncé, lundi 16 mars, que tous les voyages non essentiels, à savoir les voyages d’agrément réalisés par les ressortissants de pays tiers vers les pays membres de l’UE, de l’espace Schengen ou des pays associés à Schengen, seront interdits pour une période de 30 jours en réponse à la crise du Covid-19.
Cette annonce, qui fait écho à celle prise pour les Européens la semaine dernière par le président des États-Unis, Donald Trump, a été faite dans le cadre de la conférence avec les membres du G7 et sera soumise aux chefs d’État et de gouvernement des Vingt-sept qui se réuniront en téléconférence ce 17 mars en fin de journée.
Cette proposition sera aussi soumise au Royaume-Uni et à l’Irlande (liées par leur zone de voyage commune) ainsi qu’aux pays de l’AELE.
Motivée par la crainte d’une surchauffe des systèmes hospitaliers des Vingt-sept, si ces touristes devaient avoir des problèmes de santé, la proposition ne concernera pas en revanche les docteurs, infirmiers/ères, diplomates ou résidents de long terme dans l’UE qui pourront venir, a indiqué Mme von der Leyen. Les avions-cargos ou autres transports de marchandises nécessaires vers l’UE pourront eux aussi opérer.
Cette annonce est intervenue dans la foulée des lignes directrices publiées le même jour à l'adresse des États membres pour qu’ils appliquent intelligemment leur droit à rétablir des contrôles aux frontières intérieures de Schengen. Objectif : que ces contrôles temporaires intérieurs n’aggravent pas davantage la situation interne dans l’UE en bloquant des camions de marchandises ou d’équipement médical à destination d’autres États membres.
Alors que 10 pays membres de Schengen, dont 8 de l’UE (Autriche, Pologne, Allemagne, République tchèque, Slovaquie, Hongrie, Estonie et Danemark) et deux pays associés, en l’occurrence la Suisse et la Norvège, avaient notifié le 16 mars en début d’après-midi des contrôles sur la base de l’article 28 du Code Schengen, la Commission a émis des conseils à l’adresse des douaniers et policiers aux frontières. Elle a rappelé par ailleurs qu’aucune restriction de circulation ne devait être opposée au transport de marchandises ou d’équipements/produits de santé.
Des files spéciales et des assouplissements le week-end
Elle a notamment recommandé que des files spéciales prioritaires soient établies pour les camions de transport de marchandises ou de produits de santé ; les États membres pourraient aussi songer à assouplir leurs interdictions de trafic de camions le week-end.
Des nœuds de transport spécifiques (par exemple, les ports, les aéroports, les plateformes logistiques) devraient aussi être renforcés pour garantir la circulation sans entraves de ces marchandises et autres types de denrées nécessaires.
Les ministres des Transports de l'UE discuteront mercredi après-midi, par vidéoconférence, de la mise en œuvre de ces lignes directrices. « Notre objectif est désormais de maintenir la disponibilité et la circulation des biens et des services essentiels entre États membres », a indiqué lundi sur son compte Twitter la commissaire européenne aux Transports, Adina Vălean.
Des contrôles proportionnés sur les personnes
La Commission recommande par ailleurs que les interdictions de laisser passer d’un État membre à l'autre les personnes soient fondées sur des risques réels pour la santé et formulées de manière transparente. Ces éventuels refus de laisser traverser la frontière doivent toujours rester des décisions proportionnées.
Ces contrôles de santé menés aux frontières intérieures devraient d'ailleurs ne prendre place que d'un côté, les autorités pouvant ensuite se coordonner.
Pour les gens arrivant aux frontières extérieures, la commissaire Ylva Johansson, chargée des Affaires intérieures, avait déjà expliqué le 13 mars que les États membres pourraient interdire l’entrée sur le territoire européen de ressortissants des pays tiers présentant des risques potentiels pour la santé ou les placer directement en quarantaine. Tous les résidents européens devront, eux, pouvoir rentrer chez eux.
La présidente de la Commission est allée plus loin lundi avec l'interdiction de voyages vers l’UE.
Lien vers la proposition d'interdiction de voyages dans l'UE pour 30 jours : https://bit.ly/38Y6abo
Lien vers les lignes directrices 'Schengen' : https://bit.ly/3d6mPg4 (Solenn Paulic avec Agathe Cherki et Marion Fontana)