L'Union européenne est à pied d'œuvre pour lutter contre la propagation du Covid-19. Tandis que l'Europe est désormais considérée comme « l'épicentre de la pandémie », les gouvernements tentent de répondre au mieux à la dernière évaluation des risques du Centre européen de prévention des maladies (ECDC) et la Commission européenne de coordonner ces travaux.
« Nous savons que la crise sera difficile, que cela prendra du temps. Et ce sera essentiel de rester unis », a déclaré le président du Conseil européen, Charles Michel, à la suite de la visioconférence du G7, lundi 16 mars. Le président de l'Eurogroupe, Mário Centeno, a affirmé de son côté : « Le virus n'a pas atteint son apogée. Nous ne devons pas nous leurrer. Ce sont les premières étapes d'un combat temporaire, mais long ».
Des mesures nationales pour réduire les contacts sociaux
Quelques jours plus tôt, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait qualifié l'Europe d'épicentre de la pandémie, avec plus de cas d'infection et de décès signalés que le reste du monde combiné, à l'exception de la Chine. « Il y a maintenant plus de cas notifiés chaque jour qu'il n'y en a eu en Chine au plus fort de son épidémie », déclarait alors le secrétaire général de l'Organisation des Nations unies, Tedros Adhanom Ghebreyesus.
Au matin du 16 mars, 51 771 cas d'infection étaient répertoriés dans l'UE/Espace économique européen et 2 316 morts. De quoi convaincre un peu plus les États membres d'écouter le Centre européen de prévention des maladies, qui, dans sa dernière évaluation des risques, recommandait de suspendre les rassemblements de foule et de faciliter le 'social distancing' (EUROPE 12445/2).
Durant le week-end, qui a vu le nombre de décès liés au virus exploser en Italie, le Portugal a interdit les rassemblements de plus de 100 personnes, l'Autriche, de plus de 5 personnes. La République tchèque a interdit aux gens de se déplacer (sauf pour le travail, les achats essentiels et d'autres activités nécessaires) jusqu'au 24 mars. Les Pays-Bas et le Luxembourg ont également ordonné dimanche la fermeture des lieux et commerces accueillant du public et l'Irlande celle des pubs. L'Italie, l'Espagne, l'Autriche et la République tchèque ont en outre opté pour des mesures strictes de confinement.
Masques : la Commission appelle à la solidarité européenne
Du côté des institutions européennes, la volonté de coordonner les mesures nationales suit son cours : le président du Conseil européen, Charles Michel, ayant même annoncé une nouvelle visioconférence des Chefs d'État ou de gouvernement mardi 17 mars en vue d'assurer le suivi de la réunion du 10 mars (EUROPE 12443/1).
Dimanche 15 mars, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, quant à elle, a publié un message vidéo dans lequel elle soulignait l'importance de la solidarité européenne pour les équipements de protection individuelle. Elle y critiquait les interdictions nationales concernant la vente à d’autres États membres de l’UE, qu'elle qualifiait de « néfastes », et y annonçait la création d'un système d'autorisation des exportations hors de l'UE (voir article séparé). « En produisant plus, en maintenant ces produits en Europe et en les partageant entre nous, nous pouvons protéger le personnel de santé et nos patients et contenir la diffusion du virus », affirmait-elle, soulignant l'importance de veiller au bon fonctionnement du marché intérieur.
C'est d'ailleurs dans cette optique qu'elle a exhorté, dimanche 15 mars, les États membres à veiller à ce que les mesures restrictives prises en vertu de l'article 36 du TFUE pour protéger la santé et la vie des personnes soient « justifiées » et « notifiées » à la Commission (EUROPE 12446/1). C'est aussi pour cela qu'elle a présenté, lundi 16 mars, des lignes directrices sur les mesures aux frontières visant à empêcher que les contrôles destinés à endiguer la propagation du coronavirus ne bloquent l'approvisionnement en biens essentiels et en personnel médical (voir article séparé).
Conformément à ces lignes directrices, l'Allemagne a adapté ses restrictions afin de permettre aux entreprises allemandes de participer aux appels d’offres d'achat en commun de la Commission. La France a également adapté ses mesures de réquisition du matériel et celles-ci font actuellement l'objet d'une analyse. Pour les autres États membres qui appliquent des restrictions, comme la République tchèque, le dialogue est toujours en cours, nous confirme un porte-parole de la Commission.
À propos de la polémique selon laquelle la Chine vient en aide à l’Italie, mais pas l’UE, une porte-parole de la Commission a rappelé que l’UE, par le biais de son mécanisme de protection civile, était venue en aide à la Chine au début de l’épidémie. Plus de 56 tonnes d’équipement de protection individuelle en provenance de 9 États membres (Allemagne, Autriche, France, Estonie, Hongrie, Italie, Lettonie, République tchèque et Slovénie) ont en effet été livrées à la Chine.
Procédures d'achat en commun
Parallèlement, l'Union européenne poursuit son action pour des marchés publics d'achat en commun. La Commission européenne analyse actuellement les offres reçues à sa demande portant sur des équipements de protection individuelle, alors que 20 États membres se sont montrés intéressés (tous sauf la Bulgarie, le Danemark, la France, la Lituanie et le Portugal, ainsi que la Finlande, qui n'a pas signé l'accord de 2014 permettant une telle procédure).
La Commission européenne a en outre lancé un nouveau marché public pour acquérir des respirateurs et des kits de test. « Nous avons demandé aux États membres qui sont intéressés de le faire savoir pour lancer rapidement la procédure », a déclaré un porte-parole de la Commission, qui fonctionne elle aussi en équipe réduite. Le vice-président de l'institution, Frans Timmermans, s'est d'ailleurs mis en quarantaine jusqu'au 20 mars à la suite de son échange avec la secrétaire d'État française à la Transition écologique, Brune Poirson, testée positive (voir autre nouvelle).
Plusieurs pays dépendent beaucoup de ces achats en commun, comme la Belgique, qui, bien qu'elle se soit vue promettre un demi-million de masques de protection par le biais du géant chinois de la vente en ligne Alibaba, ne recevra pas les 5 millions de masques commandés auprès d'un producteur en Turquie, en raison d'une fraude.
Vaccin : l'UE protège ses entreprises
Mais une autre bataille se joue également : celle relative au développement d'un vaccin ou d'un traitement. Durant le week-end, la presse allemande a révélé la volonté du président américain, Donald Trump, de mettre la main sur un projet de vaccin en cours contre le coronavirus actuellement développé par un laboratoire allemand, la société CureVac.
Après sa discussion avec l'entreprise allemande, lundi 16 mars, Ursula von der Leyen a indiqué que l'UE soutient « depuis le début » la recherche de cette entreprise et qu'elle allait lui octroyer un financement de 80 millions d'euros sous la forme d'une garantie de l'UE sur un prêt de la BEI de ce montant dans le cadre du mécanisme de financement de lutte contre les maladies infectieuses InnovFin prévu sous le programme Horizon 2020.
De son côté, le président du Conseil européen, Charles Michel, a répondu à une question de la presse sur l'échange de vues qu'il avait eu avec Donald Trump dans le cadre du G7 de la manière suivante : « Il est important d'agir ensemble pour développer un vaccin ».
Vendredi 13 mars, l'Agence européenne des médicaments a rappelé que les premiers essais cliniques pour un potentiel vaccin ne devraient pas commencer avant avril/mai 2020. Elle a toutefois réitéré sa proposition d'offrir des conseils scientifiques gratuits pour des thérapies potentielles (pour traiter la maladie) ou des vaccins (pour prévenir la maladie). De l'autre côté de l'Atlantique, les autorités sanitaires américaines ont indiqué que le premier essai clinique pour tester un vaccin candidat contre le nouveau coronavirus a débuté à Seattle.
Thierry Breton en discussion avec l'industrie
Le commissaire au Marché intérieur, Thierry Breton, s’est félicité, dimanche 15 mars, des décisions française et allemande de permettre l’exportation d’équipements de protection, signe de « coopération et de solidarité européennes », selon lui.
Jeudi 12 mars, lors d’une réunion avec les ministres de la Santé, aux côtés des commissaires Stella Kyriakides (Santé) et Janez Lenarčič (Gestion de crise), le commissaire Breton a insisté sur la nécessité d’obtenir de la part des États membres, « au moins sur une base hebdomadaire », l’état des stocks et de la production d'équipements médicaux.
Pour le commissaire, il est en outre nécessaire d’augmenter la production au plus vite et de canaliser le matériel là où il est le plus nécessaire, en suivant l’évolution de l’épidémie dans l’Union. Son appel aurait déjà été partiellement entendu : des PME italiennes du prêt-à-porter ont annoncé la fabrication massive de masques réutilisables et le groupe de luxe LVMH a annoncé vouloir fabriquer « en grande quantité » du gel hydroalcoolique pour les donner aux hôpitaux, en réorientant trois sites de production en France.
Depuis mardi 10 mars, M. Breton se charge du suivi de la coordination de l’ensemble des approvisionnements du matériel médical pour protéger le personnel hospitalier et soignant principalement (EUROPE 12444/8). (Sophie Petitjean, avec Aminata Niang et Pascal Hansens)